Brésil: Rapport sévère de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) sur la Réforme Agraire

Goiânia, 9 janvier 2015 (Apic) La Commission Pastorale de la Terre (CPT) a publié le 8 janvier 2015 un rapport sur la situation de la Réforme Agraire au Brésil durant le premier mandat de la présidente Dilma Rousseff. Le document critique la faible redistribution des terres et l’appui massif de la présidente à l’agro business.

«Dilma Rousseff a été la présidente qui a le moins procédé à des expropriations de terres pour les redistribuer dans le cadre de la réforme agraire. C’est aussi celle qui a le moins procédé à la démarcation de terres indigènes, quilombolas (descendants des esclaves) et diverses populations traditionnelles.» C’est ce que révèle le rapport publié le 7 janvier par le Secrétariat national de la Commission Pastoral de la Terre. «Par contre, elle a été la présidente qui a le plus appuyé les grands propriétaires terriens et les entreprises de l’agro business. Dilma Rousseff restera également dans les annales pour avoir été la présidente qui a le moins créé de réserves de protection environnementales dans l’histoire du Brésil», dénonce la CPT.

L’agro business privilégié

Le rapport souligne également que, contrairement aux engagements pris au début de son premier mandat (2011-2014), la politique économique de la présidente a été marquée par des «investissements massifs quasiment exclusivement destinés aux secteurs de l’agro business et de l’exploitation minière, dans le cadre de grands projets de développement et d’expansion capitalistique, alors que dans le même temps des millions de paysans ont continué de dénoncer les contradictions et le manque de viabilité à long terme du modèle de développement agricole imposé.»

Chiffres officiels contestés

L’éventail des critiques formulées par la CPT est large puisqu’il va de la concentration des terres à l’usage massif des transgéniques, en passant par la violence en milieu rural, y compris à travers le travail esclave. Le rapport en profite d’ailleurs pour contester les chiffres officiels concernant le nombre d’installations de paysans au titre de la Réforme Agraire. «D’après les institutions gouvernementales, 103’746 familles ont bénéficié d’une terre entre 2011 et 2014. Or, sur ce chiffre, 73% se réfèrent à des familles dont les dossiers avaient été initiés avant le premier mandat de Dilma Rousseff.»

«Si on prend en considération les actions qui ont été réalisées par son gouvernement, ce chiffre tombe à 28’313 familles», précise le rapport. Pire, ces installations de familles ne seraient pas nécessairement liées à la distribution de nouvelles terres, mais relèveraient parfois de simples régularisations administratives émanant de l’Institut National de la Colonisation et de la réforme Agraire (Incra). «D’après les chiffres officiels, 43,1% des terres attribuées durant ces quatre dernières années représentent en fait des régularisations de parcelles déjà attribuées et occupées par des familles», affirment les auteurs du rapport. La CPT assure d’ailleurs que seulement 6’289 familles ont bénéficié d’une terre lors de la dernière année du premier mandat de Dilma Rousseff (en 2010). Un chiffre «obscène», affirme la CPT.

Moins de travailleurs esclaves libérés

Autre critique: le manque d’efficacité dans la lutte contre le travail esclave. Selon les évaluations préliminaires de la CPT, 1’550 personnes ont été libérées en 2014 de conditions de travail esclave. «Ce chiffre, explique le rapport, est près de moitié inférieur à la moyenne annuelle des libérations -2’632 travailleurs- lors des quatre années précédentes».

Par ailleurs, la CPT dénonce «la responsabilité des grands propriétaires, grandes entreprises, compagnies minières et hydroélectriques dans les conflits liés à la terre.» Selon les chiffres de la Commission Pastorale, la violence n’a pas diminué en milieu rural, puisque 34 travailleurs ruraux et petits propriétaires ont été tuées en 2014. Le même chiffre qu’en 2013.

(Jean-Claude Gerez, correspondant de l’Apic en Amérique latine)

(apic/jcg/bb)

Paysans brésiliens bénéficiant de la Réforme Agraire au Brésil
9 janvier 2015 | 16:32
par Bernard Bovigny
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