Dans les villes, déjà un tiers de non catholiques
Brésil: Selon le dernier recensement, les catholiques sont moins de 74%
Rio de Janeiro, 24 juin 2002 (APIC) Pendant des siècles, être Brésilien et catholique était quasiment synonyme. Cette évidence, déjà mise à mal par la montée inexorable des Eglises pentecôtistes et des nouveaux mouvements religieux ces deux dernières décennies, appartient définitivement au passé: selon le dernier recensement, les catholiques forment moins de 74% de la population brésilienne. Dans les grandes villes, déjà un tiers de la population n’est plus catholique. Le pluralisme religieux est en pleine expansion.
Selon les données fournies par l’IBGE, l’Institut brésilien de Géographie et de Statistique, les catholiques ont reculé en dix ans de 11,9% et ne représentent plus que 73,77% des quelque 170 millions de Brésiliens. Les évangéliques (dont les 2/3 sont des néo-pentecôtistes) ont progressé de plus de 70% en dix ans, et ils sont désormais 15,45% de la population, soit plus de 26 millions de fidèles. La plus grande communauté reste les Assemblées de Dieu, qui se sont multipliées par trois depuis 1991.
L’Eglise Universelle du Règne de Dieu, de «l’évêque» autoproclamé Edir Macedo, est cependant celle qui s’est développée le plus rapidement ces dix dernières années. Avec deux millions d’adhérents, elle a connu, selon le journal «Folha de Sao Paulo», une croissance de. 646%! La secte prêche la réussite sociale et la prospérité matérielle aux habitants marginalisés des favelas, tout en pratiquant exorcismes contre les démons et cultes de guérison. Les Eglises protestantes historiques, issues de l’immigration européenne (Allemands, Suisses, etc.) du XIXe siècle, ne connaissent pas un tel engouement, ni même les Eglises implantées par les missionnaires américains (méthodistes, presbytériens, baptistes). C’est de ces dernières que sont issues, au début du XXe siècle, les Eglises pentecôtistes, aujourd’hui totalement aux mains de leaders brésiliens.
Depuis 1991, on note l’émergence de 1’200 nouvelles dénominations de type néo-pentecôtiste, qui portent des noms aussi évocateurs que «Feu de la Bible», «Jésus est la porte» ou même «Gens de guerre». Parfois, ce sont de très petites communautés de quelques dizaines de personnes qui se rencontrent dans un garage transformé en temple. Nombre de leurs pasteurs n’ont aucune formation théologique ou même de formation supérieure. Ces communautés permettant ainsi l’ascension sociale de gens très modestes, c’est l’une des raisons de leur succès dans un milieu populaire marginalisé qui retrouve dans ces églises les moyens d’une reconnaissance de leur dignité.
Un déclin rapide dans les villes
Le sociologue brésilien Luiz Alberto Gómez de Souza est formel: les données fournies par le recensement 2000, désormais disponibles, ne sont pas surprenantes. Elles ne font que confirmer les tendances apparues dans les recensements antérieurs. Directeur exécutif du CERIS (Centre de statistique religieuse et de recherches sociales) à Rio de Janeiro, Gómez de Souza rappelle que selon le recensement de 1980, 88% des Brésiliens se déclaraient catholiques contre 83% en 1991. L’Institut Gallup indiquait déjà plus que 76,2% de catholiques en 1990.
Une étude du CERIS – «Défis du catholicisme dans la ville» (*) – qui vient de sortir de presse aux éditions Paulus de Sao Paulo, confirme et amplifie les résultats du recensement. Dans l’enquête réalisée sur le profil du catholicisme dans les six plus grandes villes du pays – Sao Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Salvador, Recife et Porto Alegre – 67,3% des personnes interrogées se déclarent catholiques. C’est encore moins que les 73,8% du recensement, mais la tendance est prévisible, étant donné que les processus de changement sont plus rapides dans les zones urbaines, où la tradition et le milieu familial sont moins pesants et les options individuelles plus faciles, note le CERIS. L’Institut de recherche remarque encore que certains de ceux qui se disent catholiques ont des croyances éloignées des dogmes de la foi catholique. Le syncrétisme est une constante de la religiosité brésilienne. Selon l’étude du CERIS, 15% des personnes interrogées ne croient pas à la résurrection, et presque autant disent ne pas savoir. Ils sont par contre 35,8% à croire à la réincarnation et 14,9% aux guides et aux divinités Orixas.
Hiatus historique entre catholiques culturels et catholiques pratiquants
Au Brésil, selon l’Institut de recherche, il y a toujours eu dans l’histoire un hiatus entre les catholiques nominaux ou culturels et les catholiques pratiquants. Le déclin qui touche le nombre de catholiques provient vraisemblablement du premier groupe à l’appartenance formelle. La forte croissance des Eglises évangéliques, que personne ne peut nier, n’est pas aussi spectaculaire que ce qu’annonçaient certaines prospectives.
Parmi ces communautés protestantes, les Pentecôtistes font montre d’un grand dynamisme et d’une capacité d’accueil des secteurs populaires, qui cherchent des réponses immédiates et concrètes, dans un contexte de perte d’identité et de déracinement.
Un fait important et moins perçu, révèle le CERIS, est la croissance de ceux qui se déclarent sans religion. Ils sont passés de 4,7% en 1991 à 7,3% en 2000. Il s’agit d’une augmentation de plus de 50% en dix ans. Les sans religion – qui ne sont pas tous athées – dépassent désormais les douze millions. Nombre d’entre eux, qui n’ont pas de liens avec une institution précise, circulent librement sur le vaste marché des religions présentes au Brésil, et renforcent encore la forte tendance au syncrétisme présente dans le pays. Cette tendance à l’individualisation des croyances souligne la perte d’influence du catholicisme traditionnel.
D’une Eglise populaire traditionnelle à une Eglise confessante
Les spiritistes et kardécistes (disciples du Français Allan Kardec, leur croyance centrale est la réincarnation) sont également en progression: de 3,7% dans un sondage de Gallup en 1988, ils sont passés selon le CERIS à 5%. Il faut encore y ajouter les 3,6% de la population qui déclarent adhérer à d’autres religions non chrétiennes, comme le bouddhisme ou l’islam. Les religions afro-brésiliennes – la croyance dans les Orixas des adeptes du Candomblé et de l’Umbanda – connaissent également un certain développement: de 1,5% en 1988, elles concernent désormais 2% de la population.
Face à ce défi, l’Eglise catholique a des réactions mitigées. Pour Mgr Raymundo Damasceno Assis, secrétaire général de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), la perte quantitative signifie un gain en qualité, car on passe désormais d’une foi traditionnelle et culturelle à une foi plus consciente et plus engagée, d’une Eglise de masse à une Eglise confessante.
(*) Desafios do catolicismo na cidade (ed. Paulus, 2002). (apic/ceris/rna/be)



