Brésil: Un cacique indien assassiné dans l’Etat de Pernambouco
Depuis longtemps menacé de mort par des «fazendeiros»
Recife, 21 mai 1998 (APIC) L’Indien Francisco de Assis Araujo, surnommé «Chicao», a été assassiné mercredi dans la commune de Pesqueira, à 200 km de Recife au Brésil. Cacique du peuple «Xucuru» et président des peuples indiens de la région, âgé de 46 ans, Chicao a reçu six tirs de revolver à la tête et dans les côtes. La police n’a pour l’instant aucun indice pour retrouver le ou les assassins.
Francisco de Assis Araujo avait reçu depuis 1986 plusieurs menaces de mort de la part de grands propriétaires terriens (»fazendeiros») qui s’étaient approprié la terre réservée aux Indiens.
Le peuple «»Xucuru» qui compte 7’500 personnes n’occupait que 2’000 hectares sur les 27’555 hectares auxquels ils avaient droit selon la loi. Les 25’555 hectares sont actuellement occupés par 181 fermes et habitations de propriétaires terriens.
En 1995, à l’occasion du commencement de la démarcation des terres, l’avocat de la Fondation nationale d’appui aux Indiens (FUNAI), Geraldo Rolim da Mota Filho, qui donnait son appui juridique au peuple «Xucuru», avait déjà été assassiné par les hommes de main des propriétaires terriens. En 1996, les conflits dans la région se sont aggravés à l’occasion de la publication du décret édité par le gouvernement fédéral qui permet à tous ceux qui ont envahi les terres des Indiens de contester les limites officiellement admises auparavant. Les grands propriétaires de l’endroit et les autorités de la commune de Pesqueira avaient alors produit 272 oppositions administratives.
Les envahisseurs comptent sur l’appui des politiciens et des maires de la région. «Il faut savoir qu’ Evandro Maciel Chacon, ancien maire de Pesqueira, est parent proche du vice-président de la République Marco Marciel», a déclaré peu de temps après le crime Joao Batista de Oliveira, qui fait partie du comité du Conseil indigéniste missionnaire (CIMI) de la région.
Il y a longtemps que le peuple «Xurucu» se bat légalement pour revendiquer sa terre. Les esprits se sont échauffés le matin du 16 mai quand, fatigués d’attendre la simple reconnaissance légale de leurs droits, des Indiens ont occupé une terre de 600 hectares acquise illégalement par un commerçant. Des observateurs pensent que cette action pourrait être le motif déterminant pour que soit décidée l’élimination physique de Chicao.
Dans une note publiée dans la presse brésilienne de mercredi, le CIMI national dénonce vigoureusement le brutal assassinat du dirigeant indien et condamne une fois de plus la politique du gouvernement brésilien et du président de la République, Fernando Henrique Cardoso, «qui s’omettent totalement de l’obligation, pourtant inscrite dans la Constitution, de démarquer et de protéger les terres réservées aux Indiens». Le CIMI demande aussi au gouvernement fédéral de rechercher et de punir les mandants de l’assassinat du cacique «Chicao» et de faire évacuer immédiatement les envahisseurs des terres indiennes. (apic/plp/ba)



