Brésil: Un prêtre charismatique devient «pop star» pour reconquérir les catholiques
Une audience exceptionnelle
Sao Paulo, 30 novembre 1998 (APIC) La rénovation charismatique catholique au Brésil se porte bien. A tel point que la principale figure de ce mouvement est un prêtre de Sao Paulo, le Père Marcello Rossi âgé de 31 ans. Un prêtre reconnu par tous les médias brésiliens comme le plus grand phénomène actuel du catholicisme brésilien.
Tout ce qui entoure le Père Rossi se compte par des chiffres à plusieurs zéros. Les messes qu’il préside au sanctuaire do Terço Bizantino, une halle de 20’000 m2, dans fabrique désaffectée de la zone sud de Sao Paulo, réunit jusqu’à 60’000 catholiques 950 personnes travaillent à l’organisation de ces célébrations gigantesques. La messe, aux dire de certains, ressemble à un show, surtout que beaucoup de participants cherchent une guérison concrète à leurs maux: cancer, dépression, chômage. Quatre fois par semaine, ils arrivent en caravanes d’autobus, à pied ou en voitures de luxe. Ils sortent des cérémonies liturgiques enchantés un peu comme des spectateurs d’un concert de rock. Le succès est surprenant. En un mois 500’000 personnes ont participé à l’une ou l’autre célébration.
Le Père Rossi, ordonné prêtre il y a quatre ans, ne cesse de répéter qu’il veut faire revenir les fidèles catholiques à la pratique religieuse. Il est l’instigateur d’une méthode originale d’évangélisation pratique: Les catholiques qui le suivent et l’admirent doivent coller un adhésif sur leur voiture avec l’inscription «Je suis heureux d’être catholique». Chaque fois qu’ils rencontrent un autre automobiliste avec ce même slogan, ils émettent un léger coup de klaxon tout en faisant une prière au bénéfice du compagnon de foi rencontré sur la route.
Les chaînes de télévision entrent dans la danse
Les chaînes de télévision, toujours attentives aux étoiles montantes, ont immédiatement souhaité reprendre dans leurs programmes les messes du Père Rossi le dimanche matin. La TV Globo a retransmis la moitié d’une messe où 40’000 personnes étaient présentes. Une chaîne de TV concurrente n’a as voulu se laisser distancer. Elle a fait une émission sur le Père Rossi et ses célébrations durant plus de deux heures. Cela s’appelle, a dit un journaliste humoriste: «le miracle de la multiplication de l’audience!»
Une autre trouvaille récente du Père Rossi est sa conquête du marché du disque. Avec «Musiques pour louer le Seigneur», lancé il y a seulement un mois, par «PolyGram», la plus grande productrice de disques du pays, il a vendu déjà près de deux millions de copies…
Des évêques favorables, d’autres un peu moins
Le prêtre charismatique fait partie du diocèèse de Santo Amaro, dans la zone sud de Sao Paulo. Il peut compter sur l’appui et la bénédiction de son évêque, Mgr Fernando Figueiredo. D’autres cependant disent leur hésitation et leurs craintes devant ce style pastoral plein de succès. Mgr Cleso Queiroz, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sao Paulo, y voit un risque que la religion soit assimilée à un produit d’une grande surface commerciale. «Il s’agit d’un phénomène de masse qui exige davantage de réflexions et qui tend un jour à lasser. «Je perçois le bien qui peut en surgir, mais aussi le mal ce que cela peut causer: Nous risquons de montrer un visage d’Eglise unilatéral», avertit, Mgr Queiroz.
Les réflexions de Frei Betto
Frei Betto, un des principaux théologiens de la libération, trouve positif le fait que le Père Mario Rossi est en train de rompre le blocage qu’ont souvent les ecclésiastiques envers les médias. «En cela Rossi est le disciple d’un grand maître, à savoir Jean Paul II». Mais il craint que son confrère devienne un ’cué pop star’. «Peut-être suis-je ’vieux jeu’, déclare encore le théologien dominicain. «Mais je n’accepte pas d’invitation de la télévision. Je préfère me trouver au milieu des exclus, dans les communautés ecclésiales de base, dans la pastorale ouvrière et à la périphérie des banlieues».
Sans vouloir nier la bonne foi et l’enthousiasme d’un frère dans la foi, continue Frei Betto, «je me demande si son action pastorale n’utilise pas une formule de succès facile, avec beaucoup d’émotion. Le mouvement charismatique a certes des intuitions bonnes à nous offrir, mais ne court-il pas le danger, comme un hallucinogène, de nous donner des illusions? Un fois l’effet passé, on perd à nouveau courage. Centrer la spiritualité sur l’Esprit-Saint est une exigence de notre foi. Cependant, ajoute encore frei Betto, quand l’on privilégie seulement l’Esprit, n’est-ce pas tomber parfois dans le subjectivisme? Il nous faut une fois trinitaire, sans oublier les deux autres Personnes. La Trinité nous envoie à l’amour concert du prochain, surtout pour appuyer les pauvres dans leurs revendications. Elle nous pousse à un amour qui instaure la justice sur le monde d’aujourd’hui et qui engendre la paix». (apic/plp/ba)



