Mine d'or clandestine à la frontière entre le Pérou et le Brésil, en Amazonie | © JC Gerez
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Mine d'or clandestine à la frontière entre le Pérou et le Brésil, en Amazonie | © JC Gerez

Brésil: violences record dans les conflits ruraux en Amazonie

14.04.2019 par Jean-Claude Gerez, correspondant de cath.ch en Amérique latine

Le nombre de personnes impliquées dans des conflits dans le monde rural au Brésil a fortement augmenté en 2018, indique le rapport annuel de la Commission pastorale de la terre (CPT). Une aggravation de la situation particulièrement notable dans la région amazonienne.

Près d’un million d´habitants des campagnes brésiliennes ont été impliquées en 2018 dans des conflits liés à la terre. C’est ce que révèle le rapport annuel de la CPT sur les conflits en milieu rural, présenté le 12 avril 2019 au siège de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), à Brasilia, la capitale. D’après le document, 960’630 personnes ont été affectées par ce type de violence, pour une progression de 35,6% par rapport à 2017 (708’520 personnes). En ce qui concerne les conflits spécifiquement liés à la terre, 118’080 familles ont été touchées en 2018, contre 106’180 en 2017, soit 11% de plus.

Depuis 2013, la CPT recense une augmentation inquiétante du nombre de familles rurales impliquées dans des conflits. Cette augmentation est particulièrement notable dans le nord du pays, dans la région amazonienne, où la progression des conflits est en hausse de 119,7% par rapport à 2017.

Des assassinats en baisse… provisoire

En 2018, le nombre d´assassinats dans le monde rural a toutefois nettement diminué, passant de 71, en 2017, à 28 en 2018. Mais la CPT souligne que la baisse de ce type de violences est habituelle dans les années électorales, comme cela a été le cas en 2018. D’ailleurs, l’organisation liée à la CNBB précise que l´année 2019 marque déjà un retour en force des assassinats. Ainsi, au cours des quatre premiers mois de l’année, la CPT a enregistré 10 meurtres dans le cadre de conflits ruraux. Et il se peut que le nombre réel soit encore plus élevé. “Le total enregistré de janvier 2019 à ce jour représente déjà 36% des décès enregistrés en 2018”, précisent les auteurs du rapport.

Explosion du nombre de familles expulsées de leurs terres

Le rapport de la CPT révèle que pour la seule année 2018, 2’307 familles ont été expulsées de terres par des propriétaires privés et que les pouvoirs publics en ont délogé 11’235.

De manière générale, en 2018, les conflits liés à la terre ont augmenté de 3,9% par rapport à 2017, passant de 1’431 à 1’489. Le nombre de conflits spécifiquement liés à la terre a considérablement augmenté depuis 2016. “En dépit du recul des chiffres de 2017 à 2018, il reste que les années 2016, 2017 et 2018 sont celles qui ont connu le plus grand nombre de conflits liés à la terre”, indique le rapport de la CPT.

Record des conflits liés à l’eau

En 2018, la CPT a enregistré 276 conflits liés à l’eau, dans lesquels 73’693 familles ont été impliquées. L´année 2018 bat ainsi le record de 2017 pourtant année record en termes de conflits liés à l’eau depuis 2002 (année où la CPT a commencé à enregistrer séparément ce type de conflit). Parmi les victimes, 85% appartiennent à des communautés traditionnelles. Le nombre de conflits est en augmentation de 40% et celui des familles impliquées de 108%.

Les mines principales responsables

Les compagnies minières ont été impliquées dans 50,4% des conflits (139). 111 d’entre eux ont eu pour acteurs principaux des firmes multinationales et 28 des compagnies nationales. Les auteurs du rapport soulignent que l’activité minière en elle-même n’est pas la seule responsable des conflits. “Une mine exige toute une infrastructure de bureaux, de campements, de hangars, de routes, de voies ferrées, de pipelines, de condominiums (cités minières), qui présupposent différentes formes d’emprise sur l’espace géographique. L´utilisation de ces nouveaux territoires entraîne chevauchements et conflits avec les populations et les communautés qui vivent et travaillent dans ces mêmes espaces”.

Travail esclave en hausse

Le document de la CPT rappelle également qu’en 2017, en zone rurale, 66 cas de travail esclave avaient été enregistrés, impliquant 530 personnes. 386 d´entre elles ont été libérées. En 2018, 86 cas ont été enregistrés, impliquant 1’465 personnes. 945 d´entre elles ont libérées, ce qui correspond à une augmentation de 30% du nombre de cas, de 176% du nombre de travailleurs impliqués, et de 144,8% du nombre de personnes libérées.

Le fléau des pesticides

Dans son rapport, la CPT pointe aussi d´autres problèmes liés au travail rural au Brésil, dont des cas de travailleurs intoxiqués par des produits chimiques utilisés dans l´agriculture. Entre 2000 et 2018, la CPT a ainsi enregistré 363 victimes de conflits impliquant l´usage de pesticides, ainsi qu’un décès et des menaces de mort contre des personnes en contact avec ces produits.

Les chiffres enregistrés par la CPT sont sans doute infimes au regard de la réalité, notent les auteurs du rapport. D’autant que “la plupart des gens qui consultent un médecin à cause d’une intoxication se voient diagnostiquer d’autres problèmes de santé, de sorte que leur problème n’est pas mis en relation avec l´usage de pesticides”. La grande majorité des travailleurs intoxiqués demeurent silencieux par crainte de perdre leur emploi. (cath.ch/jcg/rz)


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