La crise éprouve les valeurs de la société européenne

Bruxelles: Assemblée de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne

Bruxelles, 14 novembre 2008 (Apic) La crise financière révèle plus profondément une crise spirituelle et un ordre erroné des valeurs. Le sens et la valeur du travail humain sont passés à l’arrière-plan dans la recherche générale du profit, ont regretté les évêques de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE) à l’occasion de leur Assemblée plénière d’automne.

Cette réunion, qui s’est tenue du 12 au 14 novembre à Bruxelles dans les nouveaux locaux de la COMECE au 19 Square de Meeûs, a par ailleurs été marquée par la présence du nouveau secrétaire général, le Père Piotr Mazurkiewicz.

Avec pour thème «les défis actuels de l’Union européenne», l’assemblée plénière a donné l’occasion aux évêques membres de la COMECE d’analyser la triple crise à laquelle est confrontée l’Union européenne ces derniers mois: le résultat du referendum en Irlande qui a mis en suspens le Traité de Lisbonne et donc la réforme institutionnelle de l’UE; la crise géopolitique avec la guerre entre la Russie et la Géorgie; la crise économique et financière enfin.

Mgr Adrianus Van Luyn, président de la COMECE, a appelé à ne pas sous estimer la portée de cette crise: «Celui qui voit la cause de la crise financière uniquement dans un manque de transparence et d’imputabilité juridique, ne voit sans doute pas que c’est bien plus notre modèle de société lui-même qui est en question. Un modèle économique qui se base sur la consommation continue et sans limites de ressources limitées, va dans la mauvaise direction.» Il a estimé que la cause plus profonde de la crise financière se situait dans «un ordre erroné des valeurs».

Une consommation énergétique disproportionnée

Les évêques de la COMECE ont reçu le rapport «Une réflexion chrétienne sur le changement climatique» rédigé par le groupe d’experts qu’ils avaient mis en place en novembre 2007. Ils ont pris note de ses conclusions: le changement climatique est une question de survie pour une grande partie de l’humanité; un leadership politique fort ainsi que, plus profondément, une réflexion et un débat éthique sont nécessaires pour convaincre les esprits mais aussi les coeurs des citoyens à se distancer du mode de vie prédominant, trop centré sur la consommation et notamment sur une consommation énergétique disproportionnée.

«La modération» comme une vertu centrale, devrait constituer le pivot dans ce changement de styles de vie», estime la COMECE. «Il appartient aux chrétiens de faire comprendre à leurs concitoyens que la modération peut être synonyme de qualité de vie et de bonheur, car elle permet de distinguer l’essentiel du superflu».

Dans ce même esprit, les évêques ont appelé au respect du repos dominical comme base du modèle social européen et facteur de réconciliation entre travail et vie familiale. Ces dernières années, le dimanche a été mis à mal dans les législations de nombreux états membres, à la faveur d’une vision politique libérale et consumériste. Dans le contexte de la crise économique actuelle, les évêques de la COMECE appellent les députés européens à prendre leurs responsabilités et à inscrire le dimanche comme jour de repos dans la Directive Temps de travail qui sera votée à la mi-décembre au Parlement européen.

Concernant la situation des réfugiés chrétiens d’Irak, les évêques appellent l’UE à reconnaître le rôle essentiel qu’a joué le christianisme dans la tradition et l’histoire de la nation irakienne et à constamment soulever la question de la communauté chrétienne, aujourd’hui menacée de disparition, et des autres minorités religieuses dans ses contacts avec le gouvernement irakien. D’une façon générale, ils regrettent que l’UE ne consacre pas encore d’efforts suffisants dans ses relations avec les pays tiers, à lutter de façon déterminée contre les atteintes à la liberté religieuse qui continuent à être perpétrées de part le monde contre les minorités.

Pour leur part, les évêques ont confié au Secrétariat de la COMECE le soin de constituer un groupe d’experts pour mener une réflexion sur le principe de réciprocité en matière de liberté religieuse. Un rapport leur sera soumis lors de la prochaine Assemblée plénière, en mars 2009. (apic/com/bb)

14 novembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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