Une situation de précarité politique, administrative et économique

Bruxelles: Caritas Europe lance sa campagne 2005 en faveur du Kosovo

Bruxelles, 6 février 2005 (APIC) Caritas Europe à Bruxelles, dans le cadre de sa campagne 2005 en faveur du Kosovo, réclame un statut politique pour la province de Serbie administrée par l’ONU. Outre un dossier envoyé aux décideurs politiques au sein de l’Union Européenne, des Nations Unies, de l’OTAN, Caritas Europe demande encore à ses organisations membres dans 44 pays de s’impliquer de façon urgente.

Selon Caritas Europe, au Kosovo plus de la moitié de la population est pauvre, 45% environ est au chômage, le système scolaire est inefficace et on vit constamment dans un état de frustration, de tension et de violence, à cause de la précarité politique, administrative et économique. L’oeuvre d’entraide catholique juge que depuis 1999 – fin de la guerre – à aujourd’hui, le Kosovo n’a pas vu un réel changement de sa situation.

Ancienne possession ottomane, le Kosovo appartient juridiquement à la Serbie depuis en 1913, suite à la Guerre des Balkans, même si la province est actuellement sous administration de l’ONU. Le manque de clarté du statut de la province peuplée en grande majorité d’Albanais conduit à la frustration, la tension et la violence, comme cela est apparu clairement lors des émeutes de mars 2004. L’oeuvre d’entraide catholique publie ces jours-ci son «document de position» intitulé «Un avenir pour le Kosovo: La perspective Caritas».

Des chiffres alarmants: la moitié de la population sous le seuil de pauvreté

La province compte 2 millions d’habitants, en grande majorité d’ethnie albanaise, pour un territoire de 10’887 km². 63% de la population a moins de 30 ans, 90% est de religion musulmane, le reste étant des chrétiens orthodoxes. Il existe également une petite communauté catholique. Outre l’importante minorité serbe – dont beaucoup ont dû fuir – on compte notamment des Roms, Ashkalis, Goranais, Bosniaques, Turcs, Croates, etc.

Après la guerre de 98-99, beaucoup de gens se sont transférés de la campagne aux villes: 25% de la population vit maintenant dans la capitale, Pristina. Caritas juge la situation des services publics très insatisfaisante: 27,41% des personnes n’ont pas accès à l’eau potable; 33,24% n’a aucun système d’écoulement des eaux usées; 98,76% de la population a accès à l’électricité, mais tout le monde souffre du manque d’énergie électrique.

Au Kosovo, 44,42% des 1,2 millions de personnes âgées de 18 à 65 ans sont au chômage. 50,35% de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté et 12,71% en dessous du seuil national d’extrême pauvreté. Parmi les problèmes économiques, il faut mentionner la diminution du nombre de jeunes travaillant dans l’agriculture, la question non résolue de la propriété privée et le lent processus de privatisation des entreprises, la diminution de l’aide des donneurs et le retour forcé des réfugiés.

De plus, l’incertitude politique qui décourage les investissements étrangers. L’existence d’enclaves où sont confinées les minorités et de Mitrovica en tant que ville divisée représente une situation intolérable qui conduit à la crainte et à la méfiance.

Environ 100’000 Serbes vivent encore au Kosovo, parmi lesquels ceux de l’enclave de Mitrovica, dans une ville divisée et dans «une situation intolérable». Le système policier et judiciaire actuel n’est pas en mesure de poursuivre les crimes perpétrés à leur encontre, c’est pourquoi on a besoin d’une «action urgente et efficace pour rétablir un Etat de droit et pour poursuivre et punir les criminels», explique Caritas Europe.

Depuis 1999, le Kosovo est sous l’administration de l’ONU (MINUK) conformément à la résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Une des principales préoccupations est la sécurité des minorités, relève Caritas Europe, dont la protection continue d’être exercée par l’administration de l’ONU.

Des expériences qui ont eu lieu dans d’autres endroits des Balkans ont montré que la sécurité ne s’améliore que lorsque les institutions locales obtiennent la responsabilité politique directe ainsi que les moyens pour faire face à cette responsabilité, affirme Caritas Europe. Pour cette raison, la Caritas souhaite qu’on mette rapidement au point un statut politique, «indiquant les étapes et les conditions» à mettre en oeuvre si on veut atteindre cet objectif.

L’attente d’un message transparent et univoque de la communauté internationale

Toute la population du Kosovo attend avec impatience un message transparent, clair et univoque de la communauté internationale sur le futur statut de la province, indiquant les étapes, les conditions à mettre en oeuvre dans ce but, l’encadrement dans le temps et le résultat final. «Repousser cette décision aux calendes grecques est faire preuve d’irresponsabilité», affirme Caritas Europe.

Pour sa part, l’organisme catholique, en collaboration avec l’Université de Sarrebruck, travaille actuellement sur un document complémentaire qui sera présenté courant 2005 et qui analyse les avantages et les inconvénients des modèles de statut proposés. Caritas ne prendra cependant pas position sur le type de statut qui devrait être attribué au Kosovo. Un système scolaire pas à la hauteur des enjeux

La population étant constituée en majorité de jeunes, le système scolaire devrait être à la hauteur. Au contraire, se plaint Caritas Europe, «on manque d’infrastructures adéquates, les établissements du secondaire et les écoles supérieures offrent surtout des enseignements théoriques et ils n’ont pas de laboratoires équipés».

De plus, 70% seulement des filles suivent l’enseignement supérieur; tous les ans, 23’000 jeunes terminent ce niveau d’études, mais seuls 6’000 accèdent à l’université. Parmi les besoins urgents, la Caritas signale un grand besoin d’investissements dans les infrastructures scolaires et la modernisation du système éducatif; priorité à la formation professionnelle; possibilité d’étudier à l’étranger; étude active et réciproque des deux langues, albanais et serbe.

Faire du Kosovo une priorité majeure sur l’agenda politique européen

Depuis juin 1999, le réseau Caritas a mis en oeuvre un vaste programme d’urgence et de reconstruction au Kosovo, programme qui évolue actuellement vers des activités de développement. Le réseau Caritas fait preuve dans son travail d’un engagement fort, notamment envers les jeunes et les minorités. Son travail comprend la planification et la réalisation d’activités de promotion de la paix, de projets d’éducation formelle et non-formelle, et de reconstruction du lien social dans les communautés (»community building»).

Dans son document, Caritas Europe adresse les recommandations suivantes à l’Union Européenne: inscrire le futur du Kosovo comme priorité majeure sur l’agenda politique; jouer un rôle moteur dans l’établissement d’une feuille de route politique pour traiter du statut du Kosovo, avec la participation des autorités locales et des représentants de la société civile; assurer un meilleur soutien du système scolaire et éducatif; promouvoir les investissements et une augmentation du financement européen pour le développement économique du Kosovo.

Caritas Europa est l’une des régions de Caritas Internationalis, une confédération de 162 organisations catholiques d’aide, de développement et de service social, travaillant pour construire un monde meilleur, spécialement en faveur des pauvres et des opprimés, dans plus de 200 pays et territoires. (apic/com/be)

6 février 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!