Bruxelles: «Human Rights Watch» dénonce le trafic d’armes vers le Burundi
Accablant pour la France, la Belgique, les Etats-Unis et la Russie
Bruxelles, 14 décembre 1997 (APIC) Un rapport détaillé sur le trafic d’armes en direction du Burundi a été présenté à Bruxelles par l’organisation de défense des droits de l’homme, «Human Rights Watch», et par le Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité (GRIP). Le rapport accablant met en cause le rôle de plusieurs pays dans ce trafic d’armes, dont la France, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et la Belgique…
Le rapport de «Human Rights Watch» (HRW) met en cause divers pays pour avoir sciemment fourni des armes ou une assistance militaire aux parties en guerre au Burundi, ou pour avoir permis que leur territoire serve de plaque tournante à la fourniture d’armes. Depuis quatre ans, en effet, un trafic d’armes ininterrompu a profité à tous les acteurs du conflit au Burundi où, souvent à cause de leur origine ethnique, des dizaines de milliers de civils non armés ont été tués et des centaines de milliers d’autres déplacés.
Appelant à un cessez-le-feu de toutes les parties en conflit au Burundi, HRW demande à la communauté internationale d’imposer un embargo international sur les armes destinées aux deux camps. Elle exige aussi des Etats qu’ils mènent des enquêtes et engagent des poursuites contre les personnes qui, par leur trafic meurtrier, violent le droit national ou international.
Fruit d’une vaste enquête menée en Afrique centrale, le rapport décrit les circuits et réseaux d’acheminement des armes vers le Burundi. Il met en cause la Chine, la France, la Corée du Nord, la Russie, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda, les Etats-Unis et le Zaïre d’avant mai 1997 pour avoir offert «un soutien militaire direct aux forces rwandaises responsables d’exactions, alors même que la France et les Etats-Unis affirment avoir cessé toute forme d’assistance en 1996.
L’Angola, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda et le Zaïre ont permis le transit des armes par leur territoire ou y ont laissé les insurgés établir des bases aux frontières. Les marchands d’armes privés n’arrêtent pas de profiter des restrictions assez floues sur ce transit, ainsi que du contrôle limité aux postes frontières, sans parler de la corruption des fonctionnaires.
Mauvaise note pour la Belgique
La Belgique est un des mauvais exemples mis en évidence dans le rapport. Malgré l’embargo de fait imposé au Burundi, le gouvernement belge n’a pas imposé d’interdiction sur le commerce privé des armes destinées aux combattants burundais. La Belgique est ainsi devenue une plaque tournante du trafic international, surtout en provenance d’Europe de l’Est. HWR dispose de documents révélateurs de contrats conclus par des sociétés basées en Belgique avec des trafiquants d’armes, y compris en 1994, à l’époque où la guerre civile s’intensifiait et les violations des droits de l’homme se multipliaient.
Des trafiquants du Turkménistan, d’Azerbaïdjan, d’Ukraine et de Bulgarie, précise Kathi Austin, l’auteur du rapport, se sont assuré en Belgique les services de pilotes et de transporteurs pour expédier leurs marchandises au Burundi via la Belgique, le Zaïre, l’Afrique du Sud ou l’Angola. Un noeud du trafic est depuis six ou sept ans la ville portuaire d’Ostende où sont installés de nombreux pilotes travaillant pour des sociétés de transport qui opèrent à partir de la côte belge, même si les armes ne transitent pas par Ostende.
La France avait des intérêts à défendre au Burundi, où elle a fourni des équipements militaires lourds (hélicoptères équipes de mitraillettes, véhicules blindés) pour des dizaines de millions de dollars. Elle s’est aussi chargée, poursuit HRW, de la formation de l’armée, de la gendarmerie, ainsi que de la police militaire et des services de sécurité. Mais cette participation officielle et directe, relève le rapport, n’a pas empêché les mercenaires français et des réseaux de ventes d’armes privés de s’assurer des activités rentables dans le contexte de guerre burundais.
Jusqu’en juin 1997 au moins, et depuis un an, des avions marchands, pilotés par des hommes parlant russe, ont approvisionné Bujumbura en armes, affirme encore Joost Hiltermann, directeur du projet Armes de HWR et coauteur du rapport. L’organisation a aussi démasqué l’implication de sociétés chinoises dans le trafic d’armes, grâce à des procédés ingénieux de falsification de documents et avec la complicité de militaires tanzaniens et ougandais.
Recommandations
Malgré l’embargo décrété sur la région en août 1996, «Human Rights Watch» estime que «des nations, tout comme des individus, continuent d’y attiser le feu». Elle s’étonne que la communauté internationale n’ait pris que «très peu de mesures» pour mettre fin aux «terribles exactions», dont elle a pris note «comme s’il s’agissait d’une simple routine bureaucratique». Les dénégations catégoriques que les observateurs de HRW ont enregistrées sur le terrain n’ont cessé de contredire les preuves qu’ils récoltaient par ailleurs. C’est pourquoi l’organisation a publié une longue liste de recommandations, à commencer par «l’imposition d’un embargo international sur les armes», couvrant la vente et la fourniture de toute forme d’armement, de matériel et de service militaire aux parties en conflit.
«Human Rights Watch» recommande aussi l’envoi d’observateurs des Nations Unies et de l’Organisation de l’Unité Africaine, la réactivation de la Commission d’enquête internationale créée pour le Rwanda et son extension au Burundi, ainsi que la publication de son rapport final, jamais édité depuis sa clôture le 29 octobre 1996. Outre la tenue d’une conférence régionale sur les trafics d’armes, la sécurité et les droits de l’homme dans la région des Grands Lacs, HRW prône la création d’une agence régionale de contrôle des armes, des dispositifs de contrôle de l’embargo, des législations adéquates pour poursuivre les contrevenants, ainsi que des mesures allant de la création de registres volontaires pour les acquisitions d’armes au financement de diverses mesures de contrôle et d’information. (apic/cip/pr)



