Mgr Gaillot souligne le défi d’une situation historique inédite

Bruxelles: La fête au Heysel pour les 75 ans de la JOC

Bruxelles, 2 mai 2000 (APIC) A la veille du 1er mai, quelque 4’000 personnes venues de toute la Belgique ainsi que des délégations étrangères d’une cinquantaine de pays se sont rassemblées au parc des expositions du Heysel à Bruxelles pour fêter les 75 ans de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). Des délégués du monde entier étaient également présents, réunis qu’ils sont pour le 10e Conseil international de la JOC qui se tiendra du 3 au 21 mai à Dworp, en bordure de la capitale.

Cette journée de fête était organisée à quelques kilomètres seulement de la paroisse Notre-Dame de Laeken, où le cardinal Joseph Cardijn (1882-1967) fut vicaire de 1912 à 1919. C’est là qu’il organisa les premiers groupes de jeunes travailleuses catholiques avant de lancer la JOC, dont les branches masculine et féminine obtinrent leurs statuts en 1924 et en 1925.

En 75 ans, le mouvement a formé plusieurs générations de jocistes. Jacques Meert, compagnon de la première heure de Joseph Cardijn, n’était pas le moins ému de les voir rassemblées au Heysel, dans diversité des visages et dans la variété des expressions de solidarité. Celles-ci ont été déployées tout au long de la journée : dans les expositions, dans les activités ludiques des plus jeunes, dans les débats, dans les témoignages vivants des cinq continents et jusque dans une «célébra-fête» eucharistique. «Un travailleur vaut plus que tout l’or du monde», aimait à dire le cardinal Cardijn pour valoriser la dignité de chacun. La dignité était aussi la première image proposée à l’arrivée au Heysel, où 5000 T-shirts décorés et signés pendaient alignés sur une corde à linge de 6 km : un record battu dans le cadre d’une campagne pour des vêtements propres.

Le message du cardinal Danneels

C’est sur des rythmes afro-brésiliens que s’est ouverte, en début d’après-midi, la «célébra-fête» de l’eucharistie dominicale, qui a réuni toutes les générations de jocistes dans une action de grâces pour ce qu’a vécu la JOC des cinq continents. Aux premiers rangs avaient pris place les délégués réunis pour le 10e Conseil international de la JOC qui, du 3 au 21 mai à Dworp, en bordure de la capitale, mettra au point un plan d’action en vue de promouvoir «un travail juste pour toutes et pour tous».

Le cardinal Danneels, retenu à Rome par le Jubilé des Travailleurs, avait transmis aux participants un message, dont lecture a été donnée par l’aumônier national de la JOC francophone, l’abbé Christian Demez. L’archevêque de Malines-Bruxelles rend d’abord grâce à Dieu pour l’action de la JOC en faveur de «la promotion humaine et chrétienne du monde ouvrier». Il redit aussi l’importance d’un engagement pour «la place et la dignité des jeunes, surtout du monde populaire», «et salue les anciens qui ont su transmettre leur sens du service des pauvres et des moins nantis».

Défi nouveau dans une histoire inédite

Pour présider la célébration, les organisateurs avaient invité Mgr Jacques Gaillot, présenté comme «l’évêque des pauvres». Il a commenté dans son homélie le récit évangélique des ouvriers envoyés à la vigne et où les derniers sont traités sur le même pied que les premiers. Mgr Gaillot, qui reconnaît avoir été mis par la JOC «à l’école de la vie», a placé son homélie sous le signe de Pâques et de l’espérance que fait lever, aux yeux de la foi chrétienne, l’événement de la résurrection du Christ.

Dans la ligne d’une longue tradition jociste attentive à éveiller chaque travailleur à sa propre vocation, l’évêque français aujourd’hui attaché au diocèse virtuel de Partenia a poursuivi: «Nous n’avons jamais fini d’entrer dans l’appel reçu. Partout, des hommes et des femmes souffrent. Soyez à leurs côtés avec la passion de Dieu». Et l’évêque d’insister sur l’inédit d’une situation historique qui, à la veille du XXIe siècle, lance un défi nouveau au combat pour la justice aux côtés des exclus: «Souvent, il s’agit moins d’exploités que d’exclus. Etre exploité, c’est encore faire partie d’un système. Les exclus, eux, en sont ignorés. La société n’en a pas besoin. Pour les première fois dans l’histoire de l’humanité, les riches peuvent se passer des pauvres ! Les exclus ne sont pas invités au banquet néolibéral. C’est inacceptable ! Personne n’est jetable !»

Mgr Gaillot a conclu sur cette vision d’espérance: «Une Eglise qui ne supporte pas l’injustice est signe de libération. Une Eglise qui fait de la justice sa priorité devient prophétique. On ne peut réussir sa vie qu’en aidant les autres à réussir la leur. Si les exclus sont perdants, tous sont perdants. Aux yeux de Dieu, tous sont appelés, parce que tous sont aimés. Dieu ne désespère de personne».

A l’issue de la célébration, un épi de bléé a été remis aux participants pour concrétiser l’appel relancé par la liturgie: «Semons pour reconstruire le monde». Un message analogue a été confié à des milliers de ballons colorés lâchés vers le ciel, tandis que se formait sur le parc du Heysel une statue géante de la solidarité. (apic/cip/pr)

2 mai 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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