Les enjeux des migrations internationales

Bruxelles: lancement de la campagne belge de Carême (040294)

Bruxelles, 4février(APIC) L’association Entraide et Fraternité, coordinatrice de la campagne de Carême de Partage en Belgique francophone s’est

penchée sur le problème des migrations internationales lors d’un colloque

tenu à Bruxelles. A la veille de la campagne 94, plusieurs spécialistes ont

appréhender la problématique complexe de la question. En tentant de comprende le phénomène et de cerner les enjeux qui se posent.

«Tenter de comprendre les migrations, ses causes et ses conséquences,

c’est aussi une manière de nous remobiliser sur des enjeux actuels», relève

d’emblée Jacques Vellut, coordinateur d’Entraide et Fraternité, en introduisant les débats. «Les défis sont énormes, dit-il. Il s’agit de commencer

par les expliquer clairement, mais aussi de comprendre et faire comprendre

comment nos partenaires dans le Tiers-Monde y font face.»

Les migrations internationales sont avant tout «un phénomène humain»,

observe Pierre Toulat, qui dirige la rédaction de la revue française «Migrations-Sociétés». «C’est la mobilité géographique qui est à l’origine des

migrations et constitue la condition de nouveaux pays. Hélas, dans un univers où il n’y a plus de terre inconnue, où les territoires sont sinon habités, du moins délimités, l’arrivée et l’installation de populations autres que les autochtones ne va pas sans conflit, sans dérangement.»

Or, la mobilité est essentielle à l’homme. La Déclaration Universelle

des Droits de l’Homme, en son article 13, y reconnaît un droit humain fondamental: «Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa

résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter

tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.»

Parmi les raisons concrètes des migrations, Pierre Toulat retient trois

facteurs principaux: «d’abord, le désir d’améliorer son niveau et ses conditions de vie, raison à la fois culturelle et économique; ensuite, la fuite devant un danger d’ordre naturel ou politique, et la recherche d’une

protection auprès d’un Etat autre que le sien; enfin, la contrainte de la

survie: on quitte un pays invivable à tout point de vue.»

Migrations forcées

Quant aux migrations forcées, on peut les ranger en quatre catégories.

Koenraad Verhagen, secrétaire général de la CIDSE (Coordination Internationale de 16 organisations de Développement Socio-Economique, dont Entraide

et Fraternité), distingue ainsi les migrations politiques, économiques,

écologiques ou démographiques. «L’Europe est le continent le moins touché

par ces migrations», souligne K. Verhaegen. Ce qui ne signifie pas que

l’Europe soit moins concernée: «Il s’agit avant tout d’un problème Sud-Sud,

souvent causé par des décisions prises au Nord. Un milliard d’êtres humains

vivent dans la misère, véritable réservoir de réfugiés potentiels à cause

de l’injustice.»

Le défi de la paix

L’existence d’un Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés,

créé en 1950, est à elle seule significative de l’importance des migrations

forcées. Or, note José Riera, son délégué régional adjoint pour le Bénélux

et l’Union Européenne, «le HCR, initialement prévu pour une durée de trois

ans, est aujourd’hui submergé par les demandes d’intervention».

«Nous pouvons sauver quelques vies, mais l’aide humanitaire à elle seule

ne peut pas mettre fin aux conflits. Une politique policière envers les

demandeurs d’asile et les clandestins fait peut-être vendre certains journaux, mais ne va pas au fond du problème. Il faut davantage d’initiatives

politiques si l’on veut promouvoir la paix avant que les crises ou les

guerres n’éclatent.»

Davantage centrée sur les politiques migratoires en Europe, la seconde

partie du colloque a permis à Jean-Yves Carlier, de l’Université catholique

de Louvain, de passer au crible les politiques européennes en matière d’accueil mais aussi de refoulement des étrangers. Il dénonce à la fois les ambiguïtés et l’hypocrisie des mesures prises. Il appelle surtout les citoyens et les décideurs politiques à «rencontrer l’homme dans l’étranger».

Mario Gotto, du Centre d’Initiation pour Réfugiés et Etrangers (CIRE),

souligne lui aussi les inconséquences des responsables politiques. Lui aussi partage la conviction que «nous sommes tous des immigrés». Mais il ne

veut pas en rester là. Il prône même davantage que des mesures juridiques

inspirées par les droits de l’homme: «une nouvelle culture politique est à

inventer pour apporter une réponse globale au problème des réfugiés et des

migrations».

Lancement de la campagne

Au lendemain de ce colloque, Entraide et Fraternité a lancé la campagne

du Carême de Partage au cours d’une journée qui a rassemblé quelque 120

personnes au Grand Séminaire de Namur. Exposition, rencontre avec les partenaires du Tiers-Monde en visite, animations, manifestations, collectes…: Alain Trussart, un des animateurs de la campagne, a fait le tour

des pistes prévues pour illustrer et pour mieux comprendre en quoi le travail pour le développement des populations locales contribue à résoudre le

problème des migrations. La rencontre s’est terminée par un spectacle de

théâtre et une célébration religieuse. (apic/cip/pr)

4 février 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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