Devenir de l’Union européenne et responsabilité des catholiques

Bruxelles: Les épiscopats de la Communauté européenne et l’héritage chrétien de l’Europe

Bruxelles, 9 mai 2005 (Apic) L’Union Européenne doit retrouver un nouvel élan dans l’esprit de ses fondateurs de 1950 et dans celui né de la chute du Mur de Berlin en 1989, estime la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE).

Dans un document d’une soixantaine de pages publié lundi 9 mai – à l’occasion de l’anniversaire de la «Déclaration de Robert Schuman» (l’un des pères de la Communauté européenne) du 9 mai 1950 -, la COMECE estime qu’aujourd’hui, après l’adhésion de dix nouveaux Etats membres, le projet de l’Union européenne a besoin d’être revivifié. Il doit l’être «selon l’esprit qui a présidé à son origine, en 1950, et qui permis l’expérience de l’année 1989».

Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lance l’idée d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), qui allait donner naissance à la Communauté européenne. Cinq ans après la Seconde Guerre mondiale, alors que les ressentiments sont encore vifs, le plan Schuman amorce le rapprochement franco-allemand.

Le nouveau document des épiscopats européens, intitulé «Le devenir de l’Union européenne et la responsabilité des catholiques», ne s’attarde pas sur un aspect spécifique de la politique européenne auquel les évêques de la COMECE souhaitent réagir en particulier. Il ne s’agit pas non plus d’une interprétation ou d’une évaluation du devenir de l’Union européenne sur le plan doctrinal.

Un traité d’ordre théologique pour comprendre la construction européenne

Ce texte, affirment les évêques européens, est plutôt un traité d’ordre théologique pour comprendre la construction européenne qui a marqué l’évolution politique du continent depuis plus de cinq décennies d’une manière décisive et durable, à partir d’une perspective spécifiquement chrétienne.

La COMECE estime que ces dernières années, ce premier pas vers une lecture théologique du processus politique d’intégration européenne, avec ses conséquences durables pour l’Europe et le monde entier, s’est avéré «de plus en plus nécessaire».

Le document a été rédigé par un groupe de théologiens et de philosophes, originaires de plusieurs pays européens, sous la responsabilité du vice-président de la COMECE, Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont(-Ferrand), en France. Certes, ce texte n’a pas le statut des textes officiels de l’Eglise et il n’est pas à considérer dans la catégorie des textes magistériels tels que, par exemple, l’exhortation post-synodale «Ecclesia in Europa», ou les textes publiés par une Conférence épiscopale.

Une invitation à réfléchir sur le devenir de l’UE

Ce document constitue toutefois une invitation à réfléchir sur le devenir de l’Union européenne, dans le contexte des années 2004/2005, qui ont vu se réaliser l’élargissement de l’Union à vingt-cinq Etats membres. Publié, à titre provisoire, en juin 2003, il a ensuite été discuté et enrichi par les amendements proposés par divers groupes de lecteurs. Finalement, il a été remanié pour tenir compte des conclusions du Congrès théologique organisé par la COMECE, à Saint Jacques de Compostelle, en avril 2004.

La COMECE se demande notamment si l’héritage chrétien du continent européen continue à imprégner la construction européenne et si on peut éclaircir cette question à partir

d’une réflexion théologique sur les moments clés de l’histoire récente de l’Europe. L’adhésion à l’Union européenne, le 1er Mai 2004, de dix nouveaux Etats-membres, dont huit récemment libérés de l’ex-empire soviétique, est un événement historique majeur, «l’une de ces bornes milliaires qui jalonnent la marche des peuples vers leur unité», souligne la Commission des Episcopats de la Communauté européenne. Mais les conséquences d’un tel élargissement demeurent encore largement imprévisibles, poursuivent les évêques européens.

Cet évènement est considérable marque la fin définitive de la division de l’Europe en deux camps antagonistes. «Pour qui se souvient un tant soit peu des angoisses de la Guerre froide, il apparaît comme une promesse de temps meilleurs. Pour la première fois depuis la Guerre de 1914/18, il ouvre à tous les peuples d’Europe «la première vraie perspective d’une paix durable sur le continent». Devant l’importance et la portée d’un tel évènement, les évêques relèvent que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’une explosion d’enthousiasme soulève tous les pays concernés. «Au lieu de cela, nous pouvons nous étonner de la relative discrétion des manifestations qui ont salué ces nouvelles adhésions», notent-ils.

«Compte tenu de l’importance de cet évènement, et de toutes les promesses dont il est porteur, nous restons avec le sentiment que les acteurs et les contemporains de ces adhésions n’ont pas encore pris vraiment conscience de tout ce qu’elles engagent et représentent», soulignent les membres de la COMECE. Qui expliquent cette relative discrétion par la transition pacifique et non-violente du processus d’intégration. «La paix est comme la santé, notent-ils, c’est un bien dont on ne perçoit la nécessité que . lorsqu’il vient à manquer. Le reste du temps, c’est à peine si l’on y pense».

La COMECE estime donc que la majorité des citoyens de l’Union européenne ne mesure sans doute pas le privilège qui est le leur: être en effet «la première génération qui n’a pas connu la guerre sur le sol de l’Europe occidentale». Or un tel privilège n’a pas de prix, poursuivent les évêques européens. Et d’inviter tous les citoyens de l’Union à prendre un peu de distance et de recul par rapport à leurs soucis du moment pour qu’ils essaient de mesurer tout ce qu’ils doivent à la construction européenne.

Les nouveaux adhérents ont une autre sensibilité

Du côté des quinze pays déjà intégrés, l’adhésion de dix nouveaux Etats ne constitue pas, en soi, un très grand bouleversement. Si l’on parle volontiers chez eux de «l’élargissement de l’Union européenne», les nouveaux adhérents, en particulier ceux qui viennent d’être récemment libérés du totalitarisme soviétique, évoquent plutôt la «réunification de l’Europe».

Cette différence de vocabulaire doit retenir toute l’attention, affirme la COMECE, car les huit nouveaux Etats de l’UE veulent signifier qu’ils ne font que retrouver leur place au sein des nations européennes. «Ils ont conscience, et ceci reste gravé dans leur chair, qu’ils ont été brutalement et arbitrairement séparés des autres nations européennes du fait de la seconde Guerre mondiale et des accords de Yalta, en 1945.»

En effet, malgré la promesse faite par Staline de procéder à des élections démocratiques dans tous les pays libérés du nazisme, ces huit pays se sont retrouvés, dès 1945, prisonniers derrière ce qu’il a été convenu d’appeler le «rideau de fer». «Pour ces pays, notent les évêques européens, la date du 1er Mai 2004 marque donc la fin d’une tragédie et d’une injustice. Elle ne s’inscrit pas simplement dans un processus de développement organique, elle marque véritablement une rupture dans leur histoire et le début d’une ère nouvelle».

Ce texte à visée pédagogique, qui demande à être travaillé en groupe ou en équipe, au sein d’une paroisse, d’un mouvement ou d’une université, s’adresse en premier lieu aux citoyens qui se reconnaissent comme catholiques. Mais il peut aussi servir comme base pour un dialogue avec l’ensemble des chrétiens de l’Union. Il constitue pour tous une invitation à mesurer leur responsabilité dans le processus de développement de l’Union européenne. Les évêques souhaitent que le fossé entre les élites et l’ensemble des citoyens de l’UE soit comblé. (apic/comece/com/be)

9 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!