Promouvoir l’unification du continent et l’oecuménisme
Bruxelles: Les évêques de la grande Europe réunis dans la capitale européenne
Bruxelles, 22 octobre 2000 (APIC) Le Conseil des Conférences Episcopales Européennes (CCEE) a planché durant trois jours sur la façon dont l’Eglise catholique va collaborer demain avec d’autres Eglises pour faire grandir l’unité de l’Europe. Le CCEE a clôturé dimanche 22 octobre les travaux de son assemblée plénière tenue à Bruxelles et à Louvain lors d’une célébration eucharistique à la cathédrale SS. Michel et Gudule à Bruxelles.
Les évêques de 34 pays se sont réunis à l’invitation du cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence des évêques de Belgique. Le CCEE est un des organismes où les évêques d’Europe font régulièrement le point, depuis 1971, sur leur aventure continentale commune. Depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, l’ouverture à l’Est s’est enfin concrétisée et le Conseil est aujourd’hui présidé par le cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague, entouré de deux vice-présidents, Mgr István Seregély, archevêque d’Eger (Hongrie) et Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence (Allemagne).
Un autre organisme permet aux évêques d’Europe de débattre collégialement de problèmes communs: la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE). Mais celle-ci se limite à l’Europe des quinze Etats membres de l’Union: «C’est la petite Europe, tandis que le CCEE se préoccupe de la grande Europe», selon l’expression du cardinal Danneels. Entre les deux organismes, les rapports sont appelés à se multiplier. Il a d’ailleurs été question, au sein du CCEE, de l’ouverture de l’Union Européenne à de nouveaux candidats, dont la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie.
Les évêques polonais ont changé d’avis sur l’intégration à l’UE
Les évêques polonais, qui n’étaient pas chauds face à l’entrée dans l’UE, n’ont jamais caché que leur visite aux Institutions européennes à Bruxelles, en novembre 1997, avait changé leur regard sur l’Union européenne. Aussi l’assemblée du CCEE, pour sa première rencontre au cœur de l’Europe, avait-elle à son programme, dès le premier jour, une visite des mêmes Institutions européennes et des réflexions, entre autres, sur le rôle du Parlement européen et sur les relations entre les Eglises et les Institutions européennes. Les évêêques en tiendront compte pour approfondir un problème qui leur tient à cœur depuis des années: comment faire grandir la réconciliation et promouvoir la démocratie dans les Etats du continent où subsistent des conflits.
Les évêques disent oui à l’élargissement de l’Europe des Quinze
Quant à l’élargissement de l’Europe des Quinze, même si sa mise en œuvre ne saurait se faire sans examen attentif des principaux problèmes, le principe est acquis depuis longtemps chez les évêques, ont répété de concert devant les journalistes le cardinal Danneels, Mgr Lehmann et Mgr Seregély. Quelle sera l’attitude des évêques par rapport au projet de «Charte des droits fondamentaux» sur laquelle le Conseil européen de l’Union devra se prononcer en Europe? Impossible de le dire à l’avance, «mais il est impensable que les évêques du CCEE ne prennent pas position dès à présent», assure le cardinal Danneels.
L’oecuménisme plus que jamais
Une partie importante de la rencontre a été consacrée aux relations vec les autres Eglises du continent, c’est-à-dire concrètement avec les 120 Eglises orthodoxes, protestantes et anglicanes regroupées au sein de la KEK, la Conférence des Eglises Européennes. Entre la KEK et le CCEE, la collaboration s’est étoffée au fil des années. Les deux organismes ont été à la base de deux importants rassemblements de toutes les Eglises européennes: le premier à Bâle en Suisse, en 1989, sur «la Justice, la Paix et la Sauvegarde de la Création»; le second à Graz en Autriche en 1997, sur «la réconciliation, don de Dieu et source de vie nouvelle». Une nouvelle rencontre oecuménique européenne est en projet pour Strasbourg du 17 au 22 avril 2001.
Une «Charte oecuménique pour la collaboration entre les Eglises en Europe»
Constatant ces progrès dans leur collaboration, les Eglises ont souhaité faire le point et préciser davantage les règles d’un travail concerté et efficace. Ainsi est né un projet de «Charte oecuménique pour la collaboration entre les Eglises en Europe». Ce projet, traduit en une vingtaine de langues, a déjà fait l’objet depuis quatorze mois d’un large débat au sein des Eglises. «Charte, le mot est sans doute trop solennel, explique Mgr Karl Lehmann. Mieux vaudrait parler de déclaration, de programme. Ce que nous voulons, c’est tirer les leçons de l’expérience acquise pour envisager concrètement le travail de demain, et donc en fixer les règles. Il s’agit moins de questions théologiques que de problèmes d’organisation, de structure.»
Pas de retour en arrière, malgré «Dominus Iesus»
L’assemblée du CCEE s’est tenue six semaines après la parution de la déclaration du cardinal Ratzinger «Dominus Iesus», un document du Vatican qui réaffirme «l’unicité et l’universalité du Christ et de l’Eglise» dans un monde marqué par le pluralisme. Ce document a souvent été reçu comme blessant les Eglises protestantes, qui y sont considérées comme simples «communautés ecclésiales» et non comme «Eglises» à part entière.
«Alors, l’oecuménisme, c’est fini?» Des chrétiens ont été nombreux à se poser cette question. Mgr Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, a même retrouvé leur interpellation à l’exposition universelle de Hanovre. «Mais non, l’oecuménisme continue, et plus que jamais», a répondu l’évêque de Mayence. Il l’a répété à Bruxelles: «Le travail oecuménique a devant lui un grand avenir. Le pape l’a souhaité à de multiples reprises. Il n’y aura donc pas de retour en arrière.»
«Mais à voir les effets de «Dominus Iesus», je reconnais qu’il y a un problème de communication. D’ailleurs ce qui est dit de l’Eglise n’est pas suffisant et cela contribue aussi aux malentendus. En revanche, je suis convaincu que ce document ne heurte pas fondamentalement nos amis luthériens: pendant des années, nous avons discuté avec eux de la pierre d’achoppement que fut la justification par la foi. Nous avons abouti à un accord. La foi en Jésus comme Sauveur y est clairement réaffirmée… tout comme dans «Dominus Iesus». Je n’ai aucune raison d’être pessimiste sur le plan oecuménique. Mais il nous faudra encore longuement parler de nos différences sur la conception de l’Eglise.»
Au-delà des peurs du passé
Mille ans après le couronnement de saint Etienne, les catholiques de Hongrie célébreront à Noël un double Jubilé: un millénaire d’existence comme Etat souverain et le début, il y a 2000 ans, d’une ère nouvelle inaugurée par la venue au monde de Jésus de Nazareth. C’est l’occasion pour Mgr István Seregély de rappeler combien la Hongrie a été influencée par l’Europe: entre autres dans sa littérature, dans ses arts et dans ses sciences. «Un des grands défis aujourd’hui est de maintenir l’ouverture des esprits sur la grande Europe, celle sans laquelle il ne pourra y avoir ni de paix ni d’espoir pour tout un continent.» Mgr Seregély a confié par ailleurs qu’il se méfiait de la recrudescence des nationalismes. Alors d’où lui vient son espoir d’une grande Europe? «Nous avons trop souffert du régime communiste. Nous étions isolés de tout. Et en plus, parler de Dieu était dangereux. La peur nous habitait. C’était au point que je porte encore en moi les traces de ce vieil homo sovieticus. Parfois, je me surprends à peser mes mots, à les retourner, pour éviter plus tard d’être bêtement dénoncé».
Le communisme a tout laminé»
Mais le plus grave, poursuit l’archevêque d’Eger, c’est que le communisme a tout laminé. Il faudra au moins une ou deux générations pour rebâtir dans la population le rattachement à une morale fondamentale. Notre pays, par exemple, connaît aujourd’hui une division de plus en plus profonde entre les riches et les pauvres. Sous les communistes, cette division évidemment n’existait pas: c’était le nivellement par le bas. Plus de pauvres, plus de riches, plus de morale. Puis le communisme s’est effondré. Et alors beaucoup ont ouvert toutes grandes les portes au libéralisme. Mais à quoi croyez-vous que peut conduire un libéralisme pur et dur? A la dictature…!» (apic/cip/be)



