Bruxelles: Les évêques européens insistent sur l’éducation aux médias
«La distinction entre publicité, loisir et information est très floue»
Bruxelles, 11 avril 2001 (APIC) Dans la foulée de leur session de printemps au sein de la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne), les évêques catholiques de l’Union Européenne ont publié une déclaration de deux pages qui plaide avec force pour l’éducation aux médias. Le niveau actuel est-il à la hauteur de la citoyenneté que cette éducation devrait promouvoir? Les évêques en doutent. Surtout que la Commission Européenne et le Conseil de l’Union n’y ont porté, relèvent-ils, qu’un intérêt «superficiel».
Les évêques attendent surtout que les responsables européens élargissent leur «conception de l’éducation à la culture et à la communication». L’accès aux médias et la manière de s’en servir sont essentiels pour se situer en citoyen dans la société. C’est vrai pour la presse, la radio et la télévision, mais aussi pour Internet et autres nouvelles technologies de l’information. Or, dans les médias d’aujourd’hui, «la distinction entre publicité, loisirs et information est devenue très floue», constatent les évêques. En outre, «la globalisation des médias a rendu difficile le suivi du contenu et de la diffusion, sans parler de leur contrôle».
Protection des mineurs dans les médias
Pour évaluer l’évolution en cours, les évêques se réfèrent à une disposition européenne particulière. Il s’agit d’une «recommandation» faite en septembre 1998 aux Etats membres par le Conseil de l’Union Européenne sur «La protection des mineurs et la dignité humaine dans les services audiovisuels et d’information». La Commission européenne vient d’en évaluer elle-même l’application dans un rapport publié fin février. Dans l’ensemble, la Commission juge que la «recommandation» a été mise en œuvre de façon satisfaisante, mais que «les consommateurs auraient dû être mieux associés à la mise en place de codes de conduite». L’éducation lui paraît un des moyens les plus importants pour faire participer les consommateurs. Les évêques en prennent bonne note, mais restent sur leur faim. Pourquoi parler seulement de «consommateurs» et pas de «citoyens»?
Quant à l’éducation aux médias, il leur semble que la «recommandation» du Conseil et le «rapport» d’évaluation de la Commission «n’y portent qu’un intérêt superficiel». Le «rapport» n’y consacre d’ailleurs qu’une seule phrase, de portée fort générale: «Plusieurs Etats membres ont souligné l’importance que revêtent les écoles en tant que lieu approprié pour des mesures pédagogiques».
Mettre le paquet sur l’éducation
Légiférer est une chose, éduquer en est une autre. Pour servir et protéger les citoyens, à commencer par les plus jeunes, l’Union Européenne a raison de se préoccuper des normes. Cependant, ajoutent aussitôt les évêques, «les interdictions, la censure, les grilles horaire, la réglementation et les codes de conduite ne sont efficaces que jusqu’à un certain point». En plus des mesures de réglementation ou d’autorégulation, il faut mettre le paquet sur l’éducation, insiste la COMECE.
Par ailleurs, Internet pose des problèmes particuliers. Les évêques hésitent à considérer ce réseau mondial de communication comme un véritable «espace public». En effet, qui y a accès et qui a les capacités «d’évaluer les contenus et les dispositifs techniques»? Fin mars, un plan d’action pour favoriser l’apprentissage d’Internet a certes été adopté à Lisbonne par la Commission Européenne. Mais de nouveau, les mesures prises «ne sont pas suffisantes», estiment les évêques.
Un enjeu: la démocratie
Pour la COMECE, l’enjeu d’une éducation aux médias est d’aider chacun, non seulement à se forger «une attitude critique personnelle», mais à apporter sa part au «bien commun» de toute une société. «Il y va dune éducation à la citoyenneté et à la démocratie», écrivent les évêques. Ils en attendent «la formation de citoyens bien informés, capables de prendre les choses en main, de devenir des agents efficaces du changement, de prendre des décisions rationnelles (souvent en fonction des éléments apportés par les médias) et de participer pleinement à la vie publique aux plans local, national et européen».
Pareille éducation, précise la COMECE, doit se faire «tout au long de la vie». Il est heureux que l’école y veille. Mais les évêques recommandent de «réfléchir à la possibilité de formes d’éducation aux médias qui aillent au-delà d’un apprentissage traditionnel en classe». Ils pensent notamment «à de nouveaux moyens de dialogue et de partage d’expérience commune entre adultes (parents, enseignants, responsables religieux, etc.) et enfants, ainsi qu’entre les producteurs de médias, les décideurs (au niveau local, national et européen) et les différents publics». (apic/cip/bb)



