La cathédrale ouverte à toutes les convictions

Bruxelles: Près de 3’000 personnes pour rendre un dernier hommage à Sémira Adamu

Bruxelles, 26 septembre 1998 (APIC) Une cérémonie interreligieuse et pluraliste en hommage à Sémira Adamu a rassemblé samedi près de 2000 personnes à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles. Un millier d’autres environ avaient dû se contenter du parvis pour se joindre à cet hommage à la jeune Nigériane qu’une dernière tentative d’expulsion forcée dans un avion a conduite à la mort quatre jours auparavant.

Il est 11h35, quand accompagné d’un choral de Bach, le cercueil blanc porté par six adultes entre dans la cathédrale mise à disposition des organisateurs. Ceux-ci ont tenu que la cérémonie d’adieu rassemble des hommes et des femmes de tous horizons et de tout âge dans la même fraternité et la même dignité. Sur le cercueil est placée une unique couronne de fleurs blanches, croisée par un bandeau bilingue, exprimant l’hommage de la population belge.

Au premiers rang, une cousine de Sémira, venue d’Italie, est entourée par les compagnons étrangers qui ont partagé la détention de Sémira au Centre fermé 127 bis de Steenokkerzeel. Et comme pour donner une dimension plus universelle encore à cet hommage, plusieurs artistes belges du monde musical ont spontanément offert leur concours.

Hommage au pluriel

«Bienvenue»: ce mot que Sémira n’a pas entendu. L’avocat Georges-Henri Bauthier le place en tête de son mot d’accueil à l’assemblée. Il s’exprime au nom du Mouvement national pour la régularisation des sans-papiers et pour les réfugiés. Cette cérémonie «plurielle», dit-il, a été voulue sans aucune préséance. Pour dire adieu à une jeune femme et pour s’indigner que «les droits de la femme ont été bafoués et les droits humains ont été étouffés une fois de plus». Mais, ajoute-t-il, ce rassemblement ne pourra rester solidaire de Sémira que s’il se poursuit «par tous les moyens légitimes en vue d’une régularisation qui soit digne de nos soeurs et frères étrangers».

L’avocat de Sémira, S. Halcock, se réjouit lui aussi que croyants et incroyants soient réunis dans cet adieu. Mais Lise Thiry, la marraine de Sémira, reste déconcertée par le fait que la jeune Nigérienne «arrivée en état de détresse» n’ait trouvé en Belgique qu’une législation où «l’état de détresse» fait déjà partie des appellations reçues sans choc.

Le premier mot d’une représentante du collectif contre les expulsions est de prier que les policiers en civil sortent de la cathédrale. Cette dure interpellation suscite une première salve d’applaudissements, mais n’est suivi d’aucune autre réaction.

Vaincre l’indifférence

L’assemblée communie maintenant autour du cercueil de cette jeune femme, dont «la mort absurde» est devenue le symbole de l’insoutenable», dit Philippe Grolet, représentant du Conseil central des communautés non confessionnelles de Belgique. Soulignant qu’il prend la parole dans une cathédrale devenue ” un lieu citoyen», il ose croire que cette mort, malgré tout, peut être «porteuse de sens» si le combat citoyen se poursuit «pour ne plus tolérer que des actes, qui vont des bavures individuelles à la lâcheté collective, ne transforment l’Etat de droit en une dure barbarie». L’assemblée ponctue l’intervention de nouveaux applaudissements, tant pour marquer une volonté commune de «redonner aux valeurs humanistes la première place», que pour communier dans cette vision du drame: «Sémira est autant victime de l’indifférence collective que du bras qui l’a étouffé… Que sa mort nous délivre du manteau de l’indifférence qui pourrait bien nous étouffer tous!»

«Ne me quitte pas!»

Vient ensuite le moment qui sera sans doute le plus émouvant de la cérémonie à la cathédrale. Trois jeunes Nigérianes chantent un poème d’adieu adressé à Sémira dans son dialecte. Un harmonica faire vibrer la musique sur laquelle Jacques Brel chantait son «Ne me quitte pas!».

Des représentants des religions juive, musulmane et chrétienne, chacune selon leur sensibilité, apportent leur prière mêlée parfois d’indignation.

Le vicaire épiscopal Lode Vermeir, chargé des migrations, à qui le cardinal Godfried Danneels a demandé de le représenter, propose une courte prière, après avoir proclamé les Béatitudes: «Heureux les pauvres… Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice.!

La cérémonie s’achève comme elle a commencé. Après un mot d’envoi de la part des organisateurs et de la famille, le cercueil contenant la dépouille mortelle de Sémira est portée en procession jusqu’à la sortie de la cathédrale. Le corps doit être rapatrié pour l’inhumation en territoire nigérian. (apic/cip/ba)

27 septembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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