Bruxelles: Réaction juive au rapport de Pax Christi sur le conflit israélo- palestinien

«L’occupation israélienne n’est pas le coeur du problème»

Bruxelles, 30 novembre 2001 (APIC) L’association «Chrétiens et juifs pour l’Enseignement de l’Estime» (CJE) vient de publier à Chastre en Belgique une réaction à un rapport de Pax Christi International sur le conflit israélo-palestinien. Cette réaction, présentée par l’association CJE comme «lettre de protestation», émane du rabbin David Rosen, du Comité Juif Américain. Il estime que les colonies juives et l’occupation israélienne ne constituent le coeur du problème.

Le rapport consacré par le mouvement catholique pour la paix au conflit israélo-palestinien a été publié au printemps dernier, suite à la visite d’une semaine effectuée en février par une délégation de Pax Christi International en Israël, dans les Territoires Palestiniens Occupés et dans les zones sous autonomie palestinienne. Le but principal de la visite était d’évaluer la situation à la lumière de l’Intifada d’al-Aqsa déclenchée le 28 septembre 2000 par la visite d’Ariel Sharon au Mont du Temple.

Six mois après la parution de ce rapport, le président de Pax Christi International, Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, vingt- trois autres évêques ainsi que six présidents de sections nationales du mouvement ont tenu à en faire ressortir l’actualité brûlante. Ils l’ont fait le 14 novembre dans une déclaration qui affirmait: «L’avenir des Israéliens et des Palestiniens ne peut être qu’un avenir commun où chaque partie respectera les droits et les traditions de l’autre. Il est temps de retourner aux principes du droit international: l’interdiction d’acquérir des territoires par la force, le droit des peuples à l’autodétermination, le respect des résolutions des Nations Unies et des Conventions de Genève. L’Eglise devrait exiger avec tous les moyens à sa disposition de redéfinir le conflit. Le coeur du problème est l’occupation militaire israélienne en Palestine et ce que revendiquent les Palestiniens: leur liberté et un territoire».

Echec dans le processus de paix à Camp David

Le rabbin Rosen, directeur international pour les Relations interreligieuses au Comité Juif Américain, a fait parvenir sa lettre de réaction à Mgr Sabbah. Il commence par évoquer l’échec du Sommet de Camp David où l’ancien président américain Bill Clinton avait convoqué en juillet 2000 Israéliens et Palestiniens dans l’espoir de relancer le processus de paix. Et c’est pour repousser une interprétation de l’échec de ce sommet: les colonies juives et l’occupation israélienne ne sont «pas le coeur du problème». Deux autres difficultés pèseraient bien davantage: le retour des réfugiés palestiniens et le partage de «l’attachement religieux à Jérusalem». Pour le rabbin Rosen, exiger le retour des réfugiés et demander aux Israéliens comme aux Palestiniens de respecter leur droit respectif à disposer d’un Etat est «une contradiction flagrante». Pour le Comité juif américain, le retour massif de réfugiés palestiniens porterait immédiatement un coup fatal à l’identité d’Israël.

Le rabbin Rosen reproche davantage encore à la déclaration signée par Mgr Sabbah «d’ignorer les aspects religieux centraux» du conflit israélo- palestinien, à commencer par la signification historique et religieuse que représente Jérusalem pour les juifs (spécialement avec son Mont du Temple) et même pour les chrétiens. Le représentant du Comité juif américain en veut aux autorités chrétiennes de ne pas dénoncer les attaques médiatiques de la part de responsables religieux musulmans, y compris du Mufti de Jérusalem, qui visent à «retirer toute légitimité» à Israël.

Sur la question des violations des droits de l’homme de la part d’Israël, le porte-parole de l’»American Jewish Committee» répond: «Si vous visitez des synagogues, même dans des milieux juifs militants, vous n’entendrez pas les rabbins prêcher à leurs fidèles de tuer des gens en raison de leur religion ou de leur nationalité, et encore moins de le faire en se suicidant avec la promesse de la gloire du martyre et de récompenses célestes. Cela, vous pouvez l’entendre régulièrement de la bouche de prédicateurs dans les mosquées de toute la Cisjordanie et de Gaza, ainsi que dans les médias palestiniens qui diffusent ces sermons. Je juge tout à fait stupéfiant que cet abus de la religion, horrible et sans égal, ne soit pas même évoqué!»

Pax Christi dénonce le bouclage des territoires palestiniens

Le rapport de la délégation de Pax Christi International s’est longuement étendu sur la crise israélo-palestinienne pour en faire saisir, faits à l’appui, trois dimensions. C’est d’abord l’économie qui est en crise, à cause des bouclages des territoires palestiniens par l’armée israélienne, des dégâts matériels résultant du conflit, de l’effondrement des investissements et du tourisme. La sécurité aussi est en crise, du fait de l’escalade dans la violence, des milices des colonies juives et de la provocation religieuse. La crise tient encore à des violations graves et répétées des droits de l’homme.

Pax Christi en a rapporté de nombreux cas de la part d’Israël, mais aussi de la part de l’Autorité palestinienne, tout en mettant en exergue l’existence de rapports de force inégaux entre Israéliens et Palestiniens. Enfin, le rapport notait que l’aspect juridique des problèmes touchant le statut final a été négligé, tout comme les problèmes des réfugiés palestiniens, des colonies et de l’eau. (apic/cip/bb)

2 décembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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