Bruxelles : Séminaire européen des responsables pastoraux sur les jeunes et l’emploi
«Une mondialisation sauvage, sans contre-pouvoir social»
Bruxelles, 5 décembre 2001 (APIC) Un séminaire européen rassemblant des responsables pastoraux ainsi que des représentants européens de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne d’une dizaine de pays s’est récemment tenu à Bruxelles. Les discussions ont porté sur «les jeunes, le travail et l’emploi. Défis pour la pastorale ouvrière». La rencontre était organisée à l’initiative du Groupe Européen de Pastorale Ouvrière (GEPO).
Les participants ont dressé le même constat: le chômage atteint les jeunes massivement. Le jeune demandeur d’emploi doit se livrer à un parcours du combattant sans espoir de décrocher un emploi convenable. La dégradation de l’emploi est générale, surtout dans les petites entreprises. Les contrats de travail sont la plupart du temps à temps partiel. L’emploi se réduit parfois à quelques heures par semaine. Les contrats sont souvent limités dans le temps. L’embauche peut porter sur quelques mois, voire une semaine ou moins : parfois, on est retombé à l’embauche journalière. Les heures supplémentaires, par contre, sont en nette augmentation. Elles sont souvent non payées, surtout dans certains pays et dans certains secteurs.
Le manque de formation complique encore l’accès à l’emploi, ont remarqué les séminaristes, les enfants d’immigrés ou maintenant de réfugiés ont, de ce point de vue, un handicap supplémentaire. Certaines conséquences se devinent aisément. Mais pas toutes. Les représentants de la pastorale ouvrière ont particulièrement souligné combien les jeunes, placés dans des conditions de vie précaires, ne peuvent accéder à l’autonomie, ni élaborer de projets d’avenir.
Le chômage massif provoque, chez ceux qui ont un emploi, la peur de le perdre ; ce qui augmente le risque d’accepter des conditions de travail inacceptables. Cette précarité engendre aussi la perte de confiance en soi, voire la dépression. Le tableau général a laissé aux participants l’impression générale d’une «mondialisation sauvage, sans contre-pouvoir social et sans arbitrage de l’Etat «.
Plus jeunes, plus vite sacrifiés
Juliane Bir, coordinatrice des activités Jeunesse à la Confédération Européenne des Syndicats, a présenté une synthèse de la situation des jeunes face à l’emploi dans l’Union Européenne. En fait, dans nombre de pays d’Europe, les jeunes ont un taux d’activité deux fois moindre que la moyenne des travailleurs. Ils sont de deux à quatre fois plus souvent réduits à admettre que leur contrat d’emploi ne dépasse pas l’engagement temporaire ou l’engagement à temps partiel.
Les différences entre pays sont notables, relève Juliane Bir, «il vaut mieux être jeune hollandais ou danois, être né dans un pays où le niveau de scolarité et d’emploi est assez élevé, qu’être jeune italien, grec ou espagnol, c’est-à-dire ressortissant d’un pays où, quoi qu’il en soit de la volonté de chacun, le taux de chômage est élevé et les conditions de travail très précaires.
L’importance de la JOC
Le séminaire ne s’est pas borné à dresser un constat pessimiste de la situation. Un temps important a été consacré à la présentation de diverses initiatives de la pastorale ouvrière ou d’une de ses composantes pour rencontrer les problèmes des jeunes travailleurs. Le travail de la Jeunesse Ouvrière catholique (JOC) dans les différents pays d’Europe a été particulièrement mis en valeur. Certes les situations sont diverses et la vitalité du mouvement est variable. Mais les participants ont noté que la JOC était un lieu privilégié de la pastorale ouvrière pour aider les jeunes travailleurs à vivre dans la dignité.
Plusieurs participants ont notamment relevé la fécondité de la méthode ” voir – juger – agir «, popularisée par le cardinal Joseph Cardijn, fondateur de la JOC. D’autres initiatives ont été présentées, comme par exemple le projet Policoro, important projet de solidarité entre le Nord et le Sud de l’Italie, pour aider les jeunes à retrouver du travail.
Une pastorale variée, partout au défi
L’accompagnement et l’animation pastorale des jeunes travailleurs varie selon les lieux, les forces disponibles et d’après les traditions. Les participants du séminaire ont pu le constater une fois de plus. Cette diversité s’explique surtout par l’histoire et par les évolutions récentes spécifiques à chaque pays.
Quelles perspectives communes en dégager pour aujourd’hui et pour demain? La question a été posée à Jean-Claude Brau, responsable du CEFOC et aumônier du Mouvement Ouvrier Chrétien en Belgique francophone. Depuis le début de l’industrialisation, le mouvement ouvrier a connu plusieurs phases de son histoire. Aujourd’hui, il n’a plus le vent en poupe. L’Eglise catholique aussi a connu tout une évolution, depuis l’encyclique «Rerum Novarum ” dont certains associent l’ouverture sociale à un projet de reconquête, jusqu’au Concile Vatican II, dont l’ouverture à la modernité peut être jugée plus franche.
Aujourd’hui, néanmoins, ont dû constater les participants du séminaire, «l’Eglise devient minoritaire et l’ouverture à la modernité est plus frileuse «. Or, la pastorale ouvrière se trouve confrontée à de nouveaux défis : le défi de l’évangélisation dont le sens est exprimé de façon diverse ; la justice et la solidarité avec les groupes précarisés ; la modernité dont il faut accueillir les valeurs, par exemple les pratiques démocratiques.
Pour 2002, les migrants et les réfugiés face au travail
L’an prochain, le séminaire du GEPO sera coorganisé avec le Centre de Pastorale en Monde du Travail de Luxembourg, le CEFOC, le Centre de formation de Herzogenrath (Allemagne). Après ” Les femmes et le travail ” (2000), puis ” Les jeunes et l’emploi ” (2001), la rencontre annuelle de 2002 portera sur les migrants et les réfugiés face au travail. Ces trois séminaires sont une préparation à un colloque de pastorale ouvrière qui est prévu pour le printemps en 2003. (apic/cip/mk)



