L’Eglise solidaire du monde rural
Bruxelles: Vache folle, les évêques de l’Union Européenne réclament une réforme de la PAC
Bruxelles, 6 avril (2001) En raison de la grave crise qui secoue le secteur agricole – «vache folle», fièvre aphteuse -, les évêques de l’Union Européenne réclament une réforme urgente de la PAC, la politique agricole commune, et se déclarent solidaires du monde rural.
Les problèmes liés à l’ESB – potentiellement transmissible à l’homme – et à la récente épizootie de la très contagieuse fièvre aphteuse ont plongé l’agriculture européenne et l’industrie agro-alimentaire dans une profonde crise, constatent les évêques de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE).
Dans une déclaration rendue publique vendredi, la COMECE, présidée par Mgr Josef Homeyer, évêque du diocèse allemand d’Hildesheim, relève que la récente crise de l’agriculture européenne touche d’abord les agriculteurs dont un grand nombre se retrouvent dans une situation difficile sans en être responsables: ” Ils ont de plus en plus le sentiment de ne plus contrôler leur avenir professionnel et personnel et d’être les victimes et non les acteurs de la politique agricole.»
«Les agriculteurs méritent notre respect»
Ces dernières semaines, un grand nombre d’évêques des épiscopats de l’Europe entière ont manifesté leur solidarité envers les personnes qui vivent de l’agriculture ou qui en dépendent pour d’autres activités. Les évêques de la COMECE s’associent à cet élan de solidarité. «Les agriculteurs méritent notre respect et ont, comme chaque être humain, le droit de participation», écrivent les évêques de l’Union Européenne.
Face à la crise de confiance des consommateurs – la demande de viande de bœuf a diminué de 27% dans l’UE – nombreux sont ceux qui doutent aujourd’hui de l’innocuité des produits agricoles. La crainte de consommer des denrées alimentaires contaminées est largement répandue. «L’inquiétude résulte parfois de certains articles et images irresponsables diffusés par les médias», déplore la COMECE. Qui demande tout de même, étant donné l’inquiétude face à la qualité de la nourriture, à tous les acteurs de la production des aliments, de prendre leurs responsabilités et d’agir en leur âme et conscience. Les évêques européens insistent également sur la responsabilité du pouvoir politique en matière de protection adéquate des consommateurs et ce, à l’échelle européenne. Dans ce contexte, ils saluent l’intention des chefs d’Etat et de gouvernements de créer une agence alimentaire européenne capable de mieux garantir l’innocuité de toutes les denrées alimentaires présentes sur le marché européen.
La crise actuelle est révélatrice: une agriculture trop souvent axée sur le seul profit
Pour les évêques européens, la crise actuelle est révélatrice du fait que l’agriculture a été trop souvent axée sur le seul profit. Elle manifeste une certaine réalité: le traitement respectueux, conforme au caractère divin de la Création, qui doit être réservé aux animaux ainsi qu’à la faune et la flore, «a trop souvent été sacrifié au profit de la seule productivité et des bénéfices.» En fin de compte, les excès d’une politique agricole erronée ont également contribué à la récente crise : le traitement thermique insuffisant des carcasses animales pour leur transformation en farines et leur administration aux autres animaux a probablement contribué à l’extension de la maladie de la vache folle. «La pratique du transport d’animaux vivants (souvent dans des conditions indicibles) à travers toute l’Europe, favorisée par de mauvais prétextes économiques, a contribué au risque d’une propagation de la fièvre aphteuse à toute l’Europe», regrettent les évêques européens.
A leurs yeux, il est indispensable que la réforme de la politique agricole européenne soit poursuivie, elle qui est l’un des fondements de l’Union Européenne. Cependant, les critiques envers cette politique ne datent pas d’hier. Certes, elle a entraîné, au cours des dernières décennies, la suppression presque complète de la faim et de la sous-alimentation dans l’UE. En outre, elle a également permis à un nombre non négligeable d’exploitants agricoles et à leurs familles de bénéficier d’un revenu décent et elle a permis d’organiser d’une manière socialement acceptable un changement structurel considérable au cours des quarante dernières années.
Pollution de l’environnement et cause de déséquilibre pour les agricultures du tiers monde
Toutefois, l’intensification de ses méthodes de culture et d’élevage a engendré une série de conséquences non désirables. En raison de l’intensification de l’agriculture, le bilan écologique de l’agriculture est mitigé: l’agriculture reste la principale cause de pollution des eaux par les nitrates. Elle tend d’ailleurs, de plus en plus, à être le plus grand consommateur d’eau en Europe. En France, par exemple, entre 1980 et 1995, la surface cultivée irriguée artificiellement a triplé et est passée de 870’000 hectares à 2,5 millions d’hectares. En revanche l’agriculture alternative et organique n’est appliquée que sur 2,5 % de la surface totale exploitée.
La présidence suédoise de l’UE envisage, en avril ou en mai, d’organiser un débat de fond sur les aspects éthiques de l’élevage. Fin janvier 2001, la Commission européenne a soumis au Conseil des Ministres de l’UE une proposition de modification des directives sur l’élevage intensif des porcs.
Les objectifs visant à offrir aux consommateurs européens des denrées alimentaires aux prix les plus avantageux et à assurer, par la même occasion, le revenu le plus élevé possible aux agriculteurs, ont pu être réalisés uniquement grâce à des subventions structurelles. Résultat: les organisations communes de marché de la PAC avec leurs garanties pour les prix et les quantités ont provoqué une augmentation de la production et de la productivité qui est co-responsable des dégâts environnementaux en Europe.
Appliquer les principes du développement durable à l’agriculture
En outre, elle nécessite des subventions à l’exportation pour la suppression des surplus de production qui perturbent, de cette façon, les marchés mondiaux et entravent sérieusement le développement agricole déjà très fragile des pays pauvres. Ainsi, la production de lait des vaches de l’UE est supérieure à la consommation et une partie des excédents est vendue sur le marché international. Le prix sur le marché international étant nettement inférieur au prix garanti dans l’Union européenne, des subventions supplémentaires, les subventions à l’exportation, doivent être mises en place.
«Ce phénomène porte non seulement préjudice au contribuable européen mais empêche également – ce qui est encore plus fâcheux – l’instauration d’une production de lait suffisante dans les pays pauvres. C’est pourquoi le renoncement demandé aux subventions à l’exportation est justifié», constate la COMECE.
Dans ce contexte, les évêques européens déclarent soutenir les idées principales des réformes de la politique agricole européenne de 1992 et 1999 qui visent à réduire les subventions par des prix garantis et à compenser cette réduction par des soutiens directs aux agriculteurs, régimes pouvant, en outre, être liés à des normes environnementales. De telles réformes pourraient être plus facilement défendues lors des négociations en cours à l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce.
«D’un point de vue éthique, il n’est pas acceptable de maintenir une politique agricole dans laquelle l’abattage massif des animaux, avec le seul objectif d’une destruction des aliments sains, reste apparemment la seule «solution de crise». L’agriculture de l’avenir doit être conforme aux exigences de l’environnement et orientée vers la qualité. Le principe du développement durable doit être impérativement respecté pour intégrer les aspects sociaux, économiques et écologiques. «
L’Eglise se sent également responsable du développement du monde rural
On ne peut concevoir l’Europe sans ses belles campagnes où se dressent de nombreux clochers, commentent les évêques européens. L’Eglise tire beaucoup de ses forces des hommes et des femmes qui témoignent de leur foi dans le monde rural. Mais dans les faits, le nombre d’agriculteurs en Europe ne cesse de diminuer. Aujourd’hui, l’agriculture européenne n’emploie plus que 5,3% de la population active qui réalisent 2,3% du produit national brut de l’UE. Toutefois, les exploitants agricoles utilisent 44% de la campagne européenne et contribuent donc, dans une large mesure, à l’équilibre écologique.
L’Eglise aussi a une responsabilité pour faire vivre le monde rural en Europe. «Cette responsabilité n’est pas du seul domaine des pouvoirs publics», insiste la COMECE, qui prévoit, dans le cadre d’une réflexion profonde sur le développement durable, de décrire en détail la contribution que l’Eglise peut apporter «pour un style de vie responsable en zone rurale.» (apic/com/be)



