Les gestes symboliques de Jean Paul II
Bucarest: Déclaration du pape et de Mgr Teoctist pour la fin de la guerre dans les Balkans
De notre envoyée spéciale à Bucarest, Carole Boüan
Bucarest, 9 mai 1999 (APIC) Trois temps forts ont marqué samedi la seconde journée de la visite du pape en Roumanie, 86e voyage du pape hors d’Italie, mais premier séjour dans un pays à majorité orthodoxe: l’hommage rendu par Jean Paul II au cimetière multiconfessionnel de Belu aux victimes du régime communiste, parmi lesquels le cardinal gréco-catholique Juliu Hossu; la messe en rite oriental dans la cathédrale latine Saint-Joseph de Bucarest, avec le métropolite de l’Eglise gréco-catholique, Mgr Lucian Muresan, archevêque d’Alba Julia, en Transylvanie; la rencontre, enfin, avec le patriarche orthodoxe Teoctist, rencontre qui s’est achevée par la signature d’un appel commun pour la fin de la guerre dans les Balkans.
Le pape Jean Paul II et le patriarche orthodoxe Teoctist ont en effet demandé samedi aux parties qui s’opposent en Yougoslavie de déposer les armes. Le texte de cette déclaration, a été signé en fin d’après midi par les deux hommes au Palais patriarcal de Bucarest. Le pape et le patriarche orthodoxe souhaitent que les responsables de cette tragédie reprennent le dialogue. Il faut, préconisent-ils, trouver les conditions aptes à faire mûrir une paix juste et durable qui permette le retour des personnes déplacées dans leurs foyers et abrège les souffrances de tous ceux qui vivent en République fédérale yougoslave.
Le pape et le patriarche ont déjà pu parler ensemble du conflit yougoslave, avait expliqué dans la matinée de samedi Joachin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, précisant qu’il s’agissait d’une priorité parmi les thèmes qu’ils ont abordés. Interrogé sur la réaction du Saint-Siège aux derniers bombardements – ambassade de Chine, notamment -, le porte-parole a répondu que ceux-ci «ne font que confirmer que le dialogue est la seule issue possible à la crise et qu’il faudra y venir tôt ou tard». Dans leur déclaration, le pape et le patriarche invitent ceux qui sont responsables de la tragédie actuelle d’avoir «le courage de reprendre le dialogue». Ils exhortent les parties en présence à poser des «gestes prophétiques» pour rendre possible «un nouvel art de vivre dans les Balkans, marqué par le respect de tous, par la fraternité et la convivialité».
Sur la tombe de deux prélats
La matinée de samedi a été pour Jean Paul II l’occasion d’accomplir plusieurs gestes symboliques à l’égard des Roumains gréco-catholiques. Le pape s’est rendu d’abord au cimetière multiconfessionnel «Belu» de Bucarest, où il a prié pendant une dizaine de minutes dans la partie catholique, auprès des tombes de deux prélats victimes du communisme, le cardinal Juliu Hossu et l’évêque Vasile Aftenie.
Le cardinal Juliu Hossu était évêque gréco-catholique de Gherla, en 1918, lorsqu’il s’est vu confié la charge de signer la Déclaration d’union de la Transylvanie à la Roumanie, le 1er décembre, à l’issue de la première guerre mondiale. Sous son gouvernement pastoral, le siège de son diocèse fut transféré à Cluj. Arrêté par les autorités communistes en octobre 1948, il fut emprisonné jusqu’en 1956, puis assigné à résidence. Créé cardinal «in pectore» (sans que son nom soit rendu public) par le pape Paul VI en 1969, il devait mourir l’année suivante.
Le second évêque sur la tombe duquel Jean Paul II s’est recueilli est Mgr Vasile Aftenie, le premier des évêques roumains à mourir en prison, en 1950, après avoir été torturé sur les ordres des autorités communistes. La tombe de Mgr Vasile Aftenie est aujourd’hui honorée comme celle d’un saint – on y remarque en particulier des bougies – et sa cause de béatification, qui est en cours, est déjà arrivée à Rome, auprès de la Congrégation pour les causes des saints.
Un message de réconciliation
A son retour du cimetière, Jean Paul II s’est arrêté un bref instant devant le «Cimetière des héros», où sont ensevelis les corps d’environ 300 victimes de la répression contre la révolution de décembre 1989. Contrairement à ce qui était prévu, le pape a voulu descendre de voiture pour leur rendre hommage, tandis qu’un choeur orthodoxe entonnait un chant.
Le pape a ensuite gagné la cathédrale latine Saint-Joseph de Bucarest, où il a présidé une messe en rite gréco-catholique pour les membres du clergé, les religieux et religieuses, et les laïcs engagés.
La petite place sur laquelle se trouve la cathédrale catholique était occupée par des groupes de paroissiens qui ont interrompu leurs chants pour acclamer Jean Paul II à l’arrivée de la papamobile. Des banderoles ont permis de repérer plusieurs groupes venus de Transylvanie. Avant l’arrivée du pape, ils avaient salué avec enthousiasme celle du cardinal Alexandru Todea, archevêque émérite de Fagaras et Alba Julia et seul cardinal de Roumanie. Ordonné secrètement évêque en 1950, Mgr Todea fut arrêté l’année suivante et resta seize années en prison.
Au cours de la messe, à laquelle a assisté un représentant de l’Eglise orthodoxe, Jean Paul II est intervenu à plusieurs reprises pour de brèves prières chantées en rite oriental, auxquelles répondait un choeur polyphonique de séminaristes. La liturgie était célébrée par l’archevêque métropolite de Fagaras et Alba Julia et président de la Conférence épiscopale, Mgr Lucien Muresan, entouré d’autres évêques et prêtres des deux rites.
Dans son homélie, Jean Paul II a expliqué qu’il était venu pour «rendre hommage» aux fidèles de l’Eglise gréco-catholique, pour le témoignage de «foi dans l’unité» qu’elle donne depuis trois siècles, en dépit des «sacrifices» et de la «persécution».
«Je viens vous exprimer la reconnaissance de l’Eglise catholique», a déclaré le pape, et «même de toute l’Eglise chrétienne», a-t-il ajouté en roumain. Evoquant ensuite la «blessure douloureuse» que causent les relations difficiles avec les orthodoxes, Jean Paul II a souligné que «ces jours-ci sont des jours de pardon et de réconciliation».
La veille, jour de son arrivée, le pape avait remis à chacun des évêques des diocèses gréco-catholiques une lettre dans laquelle il expliquait personnellement les raisons qui l’avaient conduit à limiter sa visite à Bucarest. (apic/imed/pr)



