Plus de 70’000 personnes assistent à une liturgie orthodoxe

Bucarest: Le patriarche Teoctist et le pape réunis dans une même cérémonie

De notre envoyée spéciale à Bucarest, Carole Boüan

Rome, 9 mai 1999 (APIC Le pape Jean Paul II a achevé dimanche à Bucarest sa 86e visite hors d’Italie – la première dans un pays à majorité orthodoxe – en assistant à la liturgie orthodoxe célébrée dans la matinée du 9 mai 1999 par le patriarche roumain Teoctist, en présence des membres du Saint-Synode. Quelque 70’000 personnes, selon les autorités civiles roumaines, ont assisté à cette cérémonie, sur une grande place du centre ville de Bucarest, à l’endroit même où devrait être construite prochainement une grande cathédrale orthodoxe.

Remerciant Jean Paul II pour sa présence, à l’issue de la célébration, le patriarche Teoctist a également rendu hommage à la lettre apostolique du pape «Orientale Lumen», signée en mai 1995 et consacrée aux rites orientaux, avant de prier «pour l’arrêt de la guerre en Yougoslavie», puis d’offrir à Jean Paul II une croix orientale qu’il lui passera ensuite autour du cou. Les deux chefs d’Eglise se sont alors embrassés devant la foule, avant que Jean Paul II ne prenne lui-même la parole, en roumain: «Que soit béni le nom du Seigneur pour ce qui est en train de s’accomplir en obéissance du Christ», a lancé Jean Paul II d’une voix assurée.

Plusieurs fois applaudi par la foule des orthodoxes, remerciée pour son accueil par le pape, Jean Paul II a fait allusion au «dialogue international entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble», et à celui «entre l’Eglise gréco-catholique et l’Eglise orthodoxe roumaine». Evoquant la «collaboration pastorale entre fidèles orthodoxes et catholiques», ainsi que «les efforts pour réaliser une traduction interconfessionnelle de la Bible», il a exprimé le souhait qu’il en sorte des «fruits prometteurs», et que les «relations mutuelles» soient toujours «libres de peur et de soupçon».

Aux sons des hymnes byzantins

La cérémonie s’est conclue par les hymnes byzantins et les acclamations de la foule, tandis que Jean Paul II et le patriarche – très souriant – bénissaient ensemble les fidèles, et descendaient de l’autel pour les saluer. Enfin, Jean Paul II a rejoint sa papamobile sous les cris de «vive le pape!».

Avant de participer à la cérémonie orthodoxe, Jean Paul II s’est encore entretenu, à la nonciature apostolique, avec le Premier ministre roumain, Radu Vasile. La rencontre a duré une trentaine de minutes. Elle a essentiellement porté sur des problèmes sociaux de la Roumanie, dans le contexte de la transition du pays vers un régime de liberté.

Abordant également la question des relations entre l’Eglise et l’Etat, Jean Paul II a promis au premier ministre l’appui de l’Eglise catholique dans l’oeuvre de reconstruction du pays. Le Premier ministre roumain s’est par ailleurs entretenu sur ces mêmes sujets avec le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège.

Dans l’après-midi, Jean Paul II a à son tour célébré une messe, en rite latin cette fois, en présence du patriarche Teoclist.

Enfin, le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, a confirmé, dans la matinée du 9 mai, qu’Ibrahim Rugova sera reçu au Vatican par le Pape le 11 mai.

Des mesures de sécurité très strictes avaient été prévues par les autorités roumaines tout au long de ce voyage Pas moins de 700 policiers assuraient en effet la protection rapprochée du pape. Même la vente d’alcool avait été interdite aux endroits où se rendait Jean Paul II.

Pourquoi pas en Grèce plus tard

La visite de Jean Paul II en Roumanie s’est achevée en fin d’après-midi. Elle aura été marquée par un esprit empreint d’œcuménisme, sur fond de restitution des biens ecclésiastiques, source de conflits constants parfois même violents entre catholiques et orthodoxes depuis la chute du communisme. Le 28 janvier dernier d’ailleurs, les deux Eglises étaient néanmoins parvenues a un accord de non-agression, ce qui a contribué à rendre possible la visite du pape dans le pays.

«Cette visite va ouvrir des perspectives d’unité pour l’ensemble du monde catholique et orthodoxe», estimait l’ambassadeur de Roumanie près le Saint-Siège, Teodor Baconsky, jeune théologien orthodoxe spécialiste d’anthropologie religieuse et d’histoire comparée des religions. «Il y aura peut-être aussi un effet d’écho», ajoute-t-il. «Car si le pape va en Roumanie, pourquoi pas en Grèce plus tard?» (apic/imed/pr)

9 mai 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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