Bukavu: La «grève des messes» continue pour le retour de Mgr Kataliko
Les rebelles toujours intraitables, l’évêque accusé de «génocide»
Bukavu, 21 février 2000 (APIC) La «grève des messes» continue en vue d’obtenir le retour dans son diocèse de Mgr Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu, banni le 12 février par les rebelles du Rassemblement pour le Congo Démocratique (RCD) d’Emile Ilunga. Le RCD, mouvement soutenu par les troupes rwandaises qui occupent le Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Mgr Kataliko «persona non grata» parce que ce dernier a critiqué les exactions de l’occupant.
Pour le deuxième dimanche consécutif, les fidèles de l’archidiocèse de Bukavu ont été privés de messe en signe de protestation. Les portes des églises sont restées closes et les communautés se sont réunies dans les quartiers, où elles ont prié pour le retour de leur pasteur. En effet, contrairement aux promesses des leaders rebelles, l’archevêque du Sud Kivu est encore relégué à Butembo, au nord de Goma, dans la partie septentrionale du Kivu. Le chef rebelle Emile Ilunga avait déclaré sur les ondes de «Radio Goma» que Mgr Kataliko pourrait retourner dans son diocèse.
Dans un message lu dans les communautés, Mgr Kataliko exprime la douleur d’une «Eglise de frontières» qui fait l’expérience de la souffrance et de l’affliction d’un peuple tout entier. L’archevêque de Bukavu parle de son désir ardent de retourner parmi ses fidèles et leur demande de continuer à prier «pour que règne la paix et triomphe la vérité». Sur place, les cinq prêtres chargés ad intérim du gouvernement du diocèse parlent d’»humiliation». Mardi 22 février, tous les curés du diocèse sont convoqués à l’archevêché pour analyser la situation.
Mgr Kataliko est accusé par le RCD et ses parrains rwandais d’avoir, dans son message de Noël, incité les fidèles à la «haine ethnique et au génocide», une accusation lancée à la face de tous ceux qui s’opposent à la mainmise actuelle sur la région des Grands Lacs par les régimes au pouvoir. Une délégation de l’Eglise de Bukavu a rencontré les rebelles la semaine dernière et leur a demandé, à propos du message de Noël de Mgr Kataliko, «où se trouvent les incitations à la haine ethnique et au génocide, qui sont pour nous des catégories importées et des schémas inconnus pour les centaines d’ethnies et tribus du Congo». Les responsables du RCD n’ont su que répondre. Pour le moment, ils n’ont pas cédé à la pression locale et aux protestations internationales.
Enlèvement et probable assassinat de deux pasteurs protestants
Deux pasteurs protestants ont été enlevés ont été probablement assassinés le 16 février dernier au cours d’une incursion d’hommes armés dans le village de Vuatsinge, près de Kanyabayonga, à environ 300 km de Butembo, rapporte lundi l’agence missionnaire MISNA. Un habitant des lieux a en outre été assassiné lors de cette incursion. On ne connaît pas pour l’instant les noms des victimes ni à quelle Eglise appartiennent les deux pasteurs. Vuatsinge se trouve non loin du Parc du Virunga, près de la frontière ougandaise. (apic/misna/fides/be)



