Le viol comme sentence de mort

Bukavu: Le viol, arme de tous les belligérants du Kivu

Bukavu, 21 juin 2002 (APIC) Dans l’Est du Congo, une autre guerre se superpose à celle livrée par les groupes armés dans la région: le viol. Les femmes et les jeunes filles sont ainsi devenues un butin de guerre. Dans ce pays où le sida règne de plus en maître, au côté de la violence, le viol équivaut la plupart du temps à une sentence de mort. Colette Braeckman, du quotidien belge «Le Soir», témoigne.

Louis Michel n’oubliera pas de sitôt Elizabeth, 13 ans, rencontrée à Bukavu en février dernier: la fillette était enceinte de huit mois, probablement séropositive et elle a expliqué en pleurant que son amie était morte après avoir subi le même traitement qu’elle, être violée par un groupe de militaires qui circulaient en minibus. Le dernier rapport de l’organisation Human Rights Watch démontre que, dans l’Est du Congo, une autre guerre se superpose à celle des rebelles et des divers groupes armés qui sillonnent la région, une guerre contre les femmes, avec le viol comme arme et châtiment.

La violence sexuelle est pratiquée par tous les groupes armés évoluant dans la région: les combattants du Rassemblement congolais pour la démocratie et les militaires rwandais leurs alliés, ainsi que les groupes qui les combattent, Hutus rwandais et burundais ainsi que les Mayi Mayi congolais. Ces viols ont lieu lors des attaques sur les villages, où femmes et fillettes font partie du butin de guerre, mais ils sont aussi pratiqués de manière sporadique: lorsque les villageoises du Kivu se rendent aux champs, amènent leur production au marché, elles se transforment en cibles, en proies impuissantes…

Le prix de la misère

Mais là ne s’arrête pas le calvaire: par crainte de la violence, des pillages, des massacres, des villages entiers se sont réfugiés dans la forêt, où les gens vivent de baies, de racines, de viande de chasse. Le Nord Kivu compte 750’000 personnes déplacées et le Sud 225’000. Le traitement subi par les femmes reflète ces conditions de vie infrahumaines : portant des fagots de bois plus lourds qu’elles, obligées de coltiner les provisions ou les biens des communautés en fuite, elles sont traitées comme des bêtes de somme. De plus, beaucoup de femmes, à cause de la misère, de l’abandon dont elles sont l’objet, n’ont plus d’autre choix que se prostituer aux alentours des carrés miniers d’où est extrait le fameux coltan (colombo-tantalite) qui finance la guerre.

Le rapport de Human Rights Watch attire aussi l’attention sur l’état de malnutrition extrême des populations civiles, surtout les femmes et les enfants: 70 % de la population n’a plus accès aux centres de santé et dans les campagnes du Sud Kivu, seuls les hommes adultes ont encore la force de se traîner vers les centres de distribution de l’aide humanitaire.

Quant aux femmes, elles sont nombreuses à se prostituer simplement en échange d’un peu de nourriture, ou de quelques centimes.

Le viol comme technique de guerre ou moyen de survie entraîne évidemment une explosion de l’épidémie de sida. Certains experts estiment que la prévalence du VIH, parmi les forces militaires opérant dans la région, pourrait dépasser 50 %. Et Human Rights Watch de conclure qu’un viol peut signifier une sentence de mort. (apic/lesoir/pr)

21 juin 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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