L’opération policière pour les déloger sévèrement critiquée

Bulgarie: Eglises occupées par des prêtres orthodoxes dissidents

Sofia, 23 juillet 2004 (Apic) L’expulsion de prêtres orthodoxes dissidents, qui occupaient plusieurs églises, au cours d’une opération menée le 20 juillet à Sofia et ailleurs par la police bulgare, suscite de nombreuses réactions dans le pays. Cette opération pourrait aggraver davantage encore les tensions entre les orthodoxes bulgares, et notamment entre les partisans du patriarche Maxime et ses détracteurs.

Sur l’ordre du procureur général de Bulgarie, la police a saisi quelque 250 églises qui étaient occupées par le Synode alternatif, un groupe orthodoxe dissident opposé au patriarche Maxime de l’Eglise orthodoxe bulgare. Cette action a été condamnée par des acteurs de la société civile et des politiciens de l’opposition.

L’opération s’est déroulée dans la nuit du 20 au 21 juillet à Sofia, et dans les villes de Plovdiv, Blagoevgrad et Chepelare, par la police qui a pris possession des églises et scellé les portes. Cette action s’inscrit dans le cadre de la loi controversée sur les communautés religieuses qui accorde au patriarche Maxime le droit de propriété sur les biens de l’Eglise orthodoxe dans le pays.

Les arrestations et l’action de la police ont été rapportées par la Radio nationale bulgare qui a précisé qu’un prêtre du synode alternatif, Kamen Barakov, et l’un de ses assistants, avaient été arrêtés. Motif: ils n’ont pas voulu obéir à la police qui leur ordonnait de ne pas entrer dans l’église Saint-Paraskeva de Sofia.

Manif

Un grand nombre de prêtres, chantant des cantiques en signe de protestation, se sont rassemblés devant la station de police où le prêtre Barakov et son assistant avaient été conduits pour être interrogés.

Un porte-parole du procureur a précisé que cette action avait pour but d’affirmer les droits de propriété de l’Eglise orthodoxe bulgare.

La confiscation des églises était attendue depuis que le gouvernement et les tribunaux s’étaient alignés du coté de l’Eglise du patriarche Maxime. Les dissidents, qui ont des alliés parmi les anciens partis de droite au pouvoir, s’opposent depuis plus de 10 ans au patriarche Maxime à la tête de l’Eglise orthodoxe bulgare, l’accusant d’avoir collaboré avec l’ancien gouvernement communiste.

Le Comité bulgare d’Helsinki, observatoire des droits de la personne, considère l’action du 20 juillet comme une violation des droits, et a indiqué son intention de le dénoncer dans son rapport annuel. Une autre institution bulgare – Rule of Law Institute – a déclaré avoir informé les diplomates occidentaux de ces faits, et avoir envoyé un message à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.

Selon l’ancien président bulgare Petar Stoyanov, ces «mesures brutales» à l’encontre des dissidents vont aggraver les tensions entre chrétiens en Bulgarie. L’ancien Premier ministre Philip Dimitrov, qui était présent sur les lieux, a estimé que les jeunes policiers chargés de cette opération étaient «profondément perturbés» par cet ordre. L’action va nuire à l’image de la Bulgarie à l’étranger, a déclaré Philip Dimitrov, qui a été ambassadeur de Bulgarie aux Etats-Unis et qui est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le christianisme.

Dans l’attente d’un commentaire de l’Eglise

L’Union des forces démocratiques, parti d’opposition de centre droite, a déclaré que les «actions brutales» des institutions chargées d’appliquer la loi n’étaient pas la juste façon de régler les conflits au sein de la communauté spirituelle, et que les lieux de culte n’étaient pas des foyers de violences.

Selon l’agence mediapool.bg, le juge Alexander Alenkov a affirmé que le bureau du procureur général avait eu tort d’ordonner cette opération. L’agence de nouvelles précise que cette action a lieu alors que la Bulgarie a été avertie que l’insuffisance de sa réforme judiciaire pourrait affecter les négociations en vue de son adhésion à l’Union européenne. Cette action, a-t-il fait remarquer, est «la façon socialiste de traiter des problèmes».

L’Eglise orthodoxe bulgare n’a pas encore fait de commentaire sur cette action, mais devrait publier une déclaration officielle. (apic/eni/pr)

23 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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