La situation s’envenime entre pro-Maxime et dissidents
Bulgarie: La Fédération d’Helsinki condamne l’expulsion de prêtres orthodoxes bulgares
Sofia, 27 juillet 2004 (Apic) La Fédération internationale des droits de l’Homme d’Helsinki (IHF) a dénoncé mardi l’expulsion par la police de prêtres orthodoxes de plusieurs édifices religieux de Bulgarie. Ces prêtres dissidents occupaient de nombreuses églises dans le pays.
L’expulsion de prêtres orthodoxes dissidents, au cours d’une opération menée le 20 juillet à Sofia et ailleurs dans le pays par la police bulgare, a suscité de nombreuses réactions. Cette opération est appelée à aggraver davantage encore les tensions entre les orthodoxes bulgares, et notamment entre les partisans du patriarche Maxime et ses détracteurs.
Sur l’ordre du procureur général de Bulgarie, la police a saisi quelque 250 églises qui étaient occupées par le Synode alternatif, un groupe orthodoxe dissident opposé au patriarche Maxime de l’Eglise orthodoxe bulgare. Cette action a été condamnée par des acteurs de la société civile et des politiciens de l’opposition.
L’opération s’est déroulée dans la nuit du 20 au 21 juillet à Sofia, et dans les villes de Plovdiv, Blagoevgrad et Chepelare, par la police qui a pris possession des églises et scellé les portes. Cette action s’inscrit dans le cadre de la loi controversée sur les communautés religieuses qui accorde au patriarche Maxime le droit de propriété sur les biens de l’Eglise orthodoxe dans le pays.
«L’expulsion forcée de douzaines de prêtres de leurs églises est la plus grave violation des droits religieux des ressortissants bulgares depuis la chute du communisme en 1989», note un communiqué de l’IHF. Il s’agit, selon elle, d’une intervention brutale et inadmissible de l’Etat dans la vie interne d’une communauté religieuse.
Patriarche contesté
Agissant sur ordre du parquet, les forces de l’ordre ont fermé provisoirement quelque 250 églises, monastères et édifices religieux, dont 18 à Sofia, occupés depuis des années par des religieux «réformateurs» d’un «synode alternatif» contestant Maxime, 89 ans, chef du patriarcat de Bulgarie de l’Eglise orthodoxe. Le patriarche est accusé de «sujétion» envers l’ancien régime communiste.
L’Eglise orthodoxe, à laquelle appartiennent plus de 80% des huit millions de Bulgares, est divisée depuis la chute du régime communiste en 1989. Les «réformateurs» accusent le patriarche Maxime, élu à vie en 1971, d’avoir collaboré avec les communistes et exigent sa démission. Les prêtres «réformateurs» ont installé depuis la semaine dernière une église de «plein- air» dans le jardin de l’église Ste Sofia, au centre de la capitale, où ils célèbrent depuis des offices religieux, dont deux mariages.
Confiscation attendue
La confiscation des églises était attendue depuis que le gouvernement et les tribunaux s’étaient alignés du coté de l’Eglise du patriarche Maxime. Les dissidents, qui ont des alliés parmi les anciens partis de droite au pouvoir, s’opposent depuis plus de 10 ans au patriarche Maxime.
Une institution bulgare, Rule of Law Institute, a déclaré pour sa part avoir informé les diplomates occidentaux de ces faits, et avoir envoyé un message à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.
Selon l’ancien président bulgare Petar Stoyanov, ces «mesures brutales» à l’encontre des dissidents vont aggraver les tensions entre chrétiens en Bulgarie. L’ancien Premier ministre Philip Dimitrov, qui était présent sur les lieux, a estimé que les jeunes policiers chargés de cette opération étaient «profondément perturbés» par cet ordre. L’action va nuire à l’image de la Bulgarie à l’étranger, a déclaré Philip Dimitrov, qui a été ambassadeur de Bulgarie aux Etats-Unis et qui est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le christianisme.
Loi sur mesure
L’Union des forces démocratiques, parti d’opposition de centre droite, a pour sa part déclaré que les «actions brutales» des institutions chargées d’appliquer la loi n’étaient pas la juste façon de régler les conflits au sein de la communauté spirituelle, et que les lieux de culte n’étaient pas des foyers de violences.
Ces dernières dix années les relations entre l’Eglise orthodoxe bulgare – qui dit représenter et le synode dissident ont oscillé entre la confrontation ouverte et les tentatives avortées de réconciliation.
Car aux problèmes s’en ajoutent d’autres: le patriarche Maxime avait gagné du terrain – au sens littéral du terme – début 2003 grâce à la nouvelle loi sur les religions qui a entraîné automatiquement la reconnaissance officielle de son Eglise, conférant de fait les droits de propriété sur les églises et monastères orthodoxes du pays, ainsi que sur d’autres biens importants.
Eglise en plain air
Les prêtres «réformateurs» ont installé depuis la semaine dernière une église de «plein air» dans le jardin de l’église Ste Sofia, au centre de la capitale, où ils célèbrent depuis des offices religieux, dont deux mariages.
L’Eglise orthodoxe bulgare n’a pas encore fait de commentaire sur cette action, mais devrait publier une déclaration officielle. (apic/eni/ag/pr)




