Le gouvernement décrète une journée nationale de protestation
Burkina-Faso: Renforcement des mesures de lutte contre l’excision
Ouagadougou, 29 mai 2000 (APIC) Le gouvernement du Burkina-Faso vient de renforcer la lutte contre l’excision des filles. Il a décrété une journée nationale de protestation contre cette pratique ancestrale. Elle sera célébrée le 18 mai de chaque année dans tout le pays. En même temps, il a mis en service un numéro d’appel téléphonique gratuit pour dénoncer les pratiquants et leurs complices. C’est la première fois qu’un pays africain décide de mesures aussi décisives pour mettre fin à l’ablation du clitoris des filles.
Les autorités ont déjà interdit l’excision. Depuis l’entrée en vigueur de cette disposition, entre trente et quarante pratiquantes et leurs commanditaires ont été traduites en justice, puis condamnées à des peines d’emprisonnement ou à des amendes. Néanmoins, beaucoup de parents de filles continuent de contourner la loi en envoyant leurs enfants auprès de leurs grands parents des zones de l’intérieur du pays, pour les faire exciser.
Au Burkina-Faso, les comportements et mentalités changent à un rythme assez lent. Selon les estimations officielles, dans les années 70, le nombre de femmes excisées du pays approchait du taux de 75%. A la fin des années 80, elles étaient estimées à 65%. Le changement de mentalité a surtout lieu dans les villes. En zone rurale où prédominent les traditions ancestrales, cette évolution est très limitée. Le gouvernement reconnaît qu’il y a de gros efforts à faire encore. Il espère, à cet effet, que les actions de sensibilisation qui seront menées à travers tout le territoire durant la journée nationale, toucheront sept millions de personnes sur une population totale de onze millions d’habitants que compte le pays.
D’autre part, la mise en service d’un numéro de téléphone «vert» dénommé «SOS Excision» permettra d’alerter la police ou la gendarmerie dès qu’on a connaissance de cas flagrants d’excision. Son objectif est de décourager les parents réfractaires.
Ces deux mesures ont été prises pour diminuer drastiquement les mutilations d’organes génitaux féminins. Et surtout pour frapper encore plus les consciences de la population au Burkina-Faso. Leur application, estiment les observateurs, va donner une nouvelle tournure au combat pour l’éradication de l’excision au Burkina-Faso. (apic/ibc/ba)




