Burundi: La peur d’un nouveau génocide plane sur la région des Grands Lacs
Déportations et «camps de concentration» dans les collines
Bujumbura/Rome, 28 septembre 1999 (APIC) La peur d’un nouveau génocide plane sur le Burundi, dans la région des Grands Lacs. Depuis une bonne semaine, des milliers de civils hutus de Runyaga, Kanyosho et Isale, dans la région de «Bujumbura Rural», ont été rassemblés dans de véritables «camps de concentration» sans recevoir ni eau, ni nourriture, selon des sources missionnaires.
Des dizaines de déplacés hutus sont déjà morts d’épuisement et des suites des violences subies, rapporte MISNA à Rome. Selon l’agence missionnaire MISNA, qui se base sur des sources à Nairobi (Kenya) tenues de garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, «les hommes et les femmes sont séparés. Les hommes sont interrogés violemment et parfois atrocement torturés, certains ont eu les yeux arrachés.»
Le «recensement» selon l’armée burundaise
Les autorités ont justifié une telle déportation de masse par la nécessité d’effectuer le «recensement» de 45’000 personnes vivant dans la province qui entoure la capitale Bujumbura. La «politique de la terre brûlée» menée dans les collines vise à soulager la pression sur Bujumbura, soumise à d’incessantes incursions de la rébellion hutue et d’affaiblir les bandes armées qui se servent de la population locale pour mener à bien leurs propres incursions. A l’heure actuelle, les hommes, femmes et enfants dans ces camps sont privés d’eau et de nourriture et exposés aux intempéries alors que la saison des pluies a commencé.
Le pouvoir en place à Bujumbura n’a autorisé aucune agence ni aucun organisme humanitaire à porter secours aux déplacés de force, même pas aux femmes et aux enfants. «Tout a commencé lundi dernier, 20 septembre, raconte un témoin. Les soldats gouvernementaux, aidés par des Ougandais armés, probablement des mercenaires, ont entouré Runyaga, Kanyosho et Isale, localités proches de la capitale, Bujumbura. Ils ont ensuite rassemblé tous les habitants dans des espèces de camps improvisés, près des églises catholiques et protestantes de la zone. Ils ont également tiré et tué de nombreuses personnes».
Des événements précurseurs d’une tragédie annoncée
«De nombreux habitants de la zone travaillent dans la capitale, rapporte MISNA. Parmi eux, il y avait aussi du personnel de diverses ambassades qui a pu obtenir sa libération». La chasse à l’homme qui se poursuit a semé la panique à Bujumbura. «De nombreux observateurs sont convaincus que ces faits annoncent des événements plus graves, certains évoquent le risque d’un génocide comme celui du Rwanda en 1994. Une escalade qu’il faut absolument arrêter», peut-on lire dans l’appel relayé par MISNA.
Dimanche, des représentants d’organisations humanitaires reconnues par le gouvernement burundais ont finalement pu visiter des «camps de regroupement» de civils hutus de Runyaga, Kanyosho et Isale, dans la zone de Bujumbura Rural. Ils y ont trouvé une situation humanitaire désastreuse. Le droit de visiter les camps tenus par l’armée régulière, des soldats majoritairement tutsis, ne leur avait pas été accordé la semaine dernière. D’autres sources signalent la présence de camps analogues dans le Sud du pays. Ces jours derniers, le président burundais Pierre Buyoya, de retour d’une visite dans la capitale rwandaise Kigali, a démenti officiellement la présence de militaires rwandais au Burundi dénoncée par certaines sources indépendantes.
La tension reste cependant très élevée dans la capitale. L’organisation non gouvernementale «Iteka» a lancé lundi un appel à un cessez le feu immédiat au Burundi, un pays ravagé par la guerre interethnique et les luttes entre factions. (apic/misna/be)



