L’Afrique ne doit pas être oubliée par l’Occident
Burundi: Le président de la Conférence épiscopale espère la paix dans son pays
Propos recueillis par Ariane Rollier, I.MEDIA
Rome, 9 février 2007 (Apic) Mgr Jean Ntagwarara, président de la Conférence épiscopale du Burundi et évêque de Bubanza (*), a annoncé le 8 février à Rome la prochaine mise en place d’une commission «Vérité et réconciliation». Cette commission veut faire la lumière sur l’assassinat de nombreux religieux et laïcs chrétiens dans son pays, notamment sur celui du nonce apostolique Mgr Michael Aidan Courtney, un prélat d’origine irlandaise abattu fin décembre 2003.
L’armée burundaise a attribué cette attaque aux rebelles des Forces nationales de libération (FNL), qui ont nié avoir tendu cette embuscade et rejeté la responsabilité sur l’armée régulière. Le Burundi est cependant sur le chemin de la paix, estime Mgr Ntagwarara. En effet, le dernier groupe de belligérants, les FNL, a signé les accords de paix avec le gouvernement le 7 septembre dernier.
Q: Qu’en est-il sur le terrain ?
Mgr Ntagwarara: Si ces accords ne sont pas encore mis en application, ils devraient l’être bientôt et cela nous donne de l’espoir.
Q: Face à cette démocratie encore balbutiante, quelle est l’action de l’Eglise ?
Mgr Ntagwarara: L’action de l’Eglise, c’est d’abord d’être attentive à tout ce qui se fait dans le pays. Mais c’est aussi de proposer des solutions quand il y a des actions menées contre la démocratie. Par exemple, l’Eglise a dit qu’on ne pouvait pas radier de la fonction publique des personnes, comme cela a été le cas pour des directeurs d’écoles primaires, uniquement parce qu’elles n’étaient pas du parti au pouvoir. L’Eglise, quand elle voit que des actions qui ne vont pas dans le vrai sens de la démocratie sont menées, ne crie pas, mais va trouver le chef de l’Etat, et parle avec lui à travers ses évêques.
Q: Quel soutien obtenez-vous du Saint-Siège ?
Mgr Ntagwarara: Le Saint-Siège nous aide d’abord au niveau pastoral, en nous donnant des moyens pour pouvoir réaliser notre mission d’évangélisation. Mais Rome est aujourd’hui limité. Et ce depuis les attentats aux Etats-Unis de septembre 2001. Les moyens ont beaucoup diminué. Cela veut dire que nous devons frapper à d’autres portes, même sous cet aspect-là.
Q: A quelles portes frappez-vous ?
Mgr Ntagwarara: Auprès des différents organismes d’Eglise comme l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED), Missio ou Misereor par exemple. La nonciature au Burundi est néanmoins en contact permanent avec nous. Nous pouvons ainsi dialoguer avec le nonce apostolique lorsqu’il y a des questions que nous nous posons. Nous travaillons et trouvons ensemble des solutions.
Q: La faim et le sida sont des fléaux importants au Burundi.
Mgr Ntagwarara: En termes humains, ce n’est pas simplement la faim et le sida qui frappent la population. C’est la pauvreté en général. Parce que par manque de stabilité politique dans ce pays, il n’y a pas eu de développement. Sans stabilité, nous ne pouvons pas travailler normalement.
Q: Que pensez-vous du message du pape lors de l’audience qu’il vous a accordée ?
Mgr Ntagwarara: Le fait de rencontrer le pape, le fait de le voir, même si cela ne dure pas longtemps, est un encouragement. L’autre fait qui m’a touché, est qu’il ait décidé de nous rencontrer ensemble, les évêques «amis» des Focolari et ceux de Sant’Egidio. C’est aussi un symbole, parce que le pape est là pour l’unité de l’Eglise, pour l’unité de tous ceux qui travaillent à promouvoir l’évangélisation dans le monde. Les deux mouvements, celui de Sant’Egidio et celui des Focolari, travaillent pour la paix et pour l’unité. J’ai retenu qu’il nous demandait de travailler ensemble pour pouvoir, dans l’unité, porter l’Evangile plus loin, là où nous avons à travailler.
Q: Le pape a aussi cité l’Afrique dans le texte qu’il vous a adressé.
Mgr Ntagwarara: L’Afrique a de nombreux besoins, elle souffre de nombreuses difficultés. Surtout, la paix manque. De nombreux pays comme le Burundi, la Somalie ou le Soudan, ne connaissent pas la paix. Pour cela, le pape a dit que nous devions nous aussi travailler en faveur de la paix. L’Afrique souffre aussi de la faim et du sida, mais Benoît XVI a rappelé l’Afrique ne doit pas être oubliée par l’Occident. AR/JB
(*) Mgr Jean Ntagwarara était à Rome à l’occasion du 31e congrès des évêques «amis» du mouvement des Focolari. (apic/imedia/ar/be)



