Les hommes politiques doivent d’abord imposer le cessez-le-feu
Burundi: Toutes les confessions chrétiennes du Burundi se mobilisent pour la paix
Bujumbura, 16 mars (APIC) Une vingtaine de représentants de différentes confessions chrétiennes du Burundi ont lancé un appel à la cessation des hostilités comme préalable à tout changement de régime dans le pays. Un accord de paix, signé entre les parties en conflit dans le pays, prévoit la mise en place d’un pouvoir de transition de cinq ans.
Prenant position mercredi 14 mars dans le débat politique qui agite le pays, les représentants des confessions chrétiennes ont invité les hommes politiques à négocier avec les mouvements rebelles pour parvenir à un cessez-le-feu. Les politiciens sont divisés entre les tenants du statu quo actuel à la tête de l’Etat pour mieux faire face à la situation de guerre civile et ceux qui préconisent un leadership de la Tanzanie avec plus de légitimité pour entreprendre des négociations de paix avec les mouvements rebelles.
Mgr Simon Ntanwana, archevêque du diocèse de Gitega (centre du pays), a estimé que s’il faut parler des priorités du mouvement, il faut au préalable régler la question du cessez-le-feu avant de mettre en place des institutions de transition qui soient pacifiques. Dans des propos rapportés par l’Agence de presse panafricaine (PANA), le prélat a souligné qu’il serait «très étonné que nous puissions mettre sur pied un système politique fiable, alors que beaucoup de partenaires du dialogue interburundais sont aujourd’hui encore dans les maquis ou en exil». Il s’est entretenu, à ce sujet, pendant deux heures avec le chef de l’Etat, le major Pierre Buyoya, et les représentants des confessions religieuses du pays. Son point de vue rejoint celui exprimé par le régime en place.
Inclure les rebelles dans le processus de paix
Selon l’évêque, «les groupes rebelles sont incontournables dans la construction des institutions d’union nationale et n’ont jamais dit qu’ils y renonçaient». Il les a invités à se joindre au processus de paix interburundais, qui se doit d’être «inclusif pour être porteur d’espoir de paix durable».
La même appréciation de la situation a été faite par le pasteur Jean Ntduwayo, représentant de la communauté protestante du Burundi. «Il est impensable d’asseoir des institutions politiques durables sur les ruines de la guerre persistante dans le pays», a-t-il dit en demandant aux leaders de la sous-région de maintenir les efforts visant à garantir la paix au Burundi. Les récents événements violents du nord de la capitale burundaise ont propulsé les Adventistes sur le devant de la scène politique du pays avec la destruction de leur église dans les affrontements entre l’armée et les rebelles du Front National pour la Libération (FNL).
Membres du FLN affiliés à Eglise adventiste
Le représentant de l’Eglise adventiste, Egiel Habigabwa, a de son côté fait part à la presse de sa peine pour la violence au Burundi qui n’épargne pas les lieux de culte et il a formulé l’espoir d’un retour à la raison des belligérants par le dialogue afin que soit conclu rapidement un cessez-le-feu. Les combattants du FNL se réclament de la filiation avec l’Eglise adventiste et attaquent souvent en chantant leur foi en Dieu et en brandissant la Bible d’une main, le fusil de l’autre.
Egiel Habigabwa a toutefois estimé qu’il faut éviter toute globalisation. «Nous sommes un pays profondément croyant et si un protestant, un catholique, un adventiste ou un autre venait à commettre un crime, cela ne veut pas dire que c’est nécessairement pour son appartenance religieuse qu’il l’a fait», a ajouté le pasteur Habigbwa.
Mgr Simon Ntamwana de l’Eglise chrétienne, pour sa part, a trouvé dans les actes généralisés de destruction des lieux de cultes «le sacrilège des sacrifices», tout en notant que la profanation du sacré a «malheureusement commencé dès le premier geste de tuer un être de Dieu». «Je regrette profondément de voir comment l’église adventiste de Kimama a été traitée», a conclu Ntamwana, en parlant d’un «mal exécrable» et en condamnant «ceux qui utilisent la Bible pour s’enchanter eux-mêmes et enchanter le milieu ambiant».
Le catholicisme est la religion dominante au Burundi, avec 70% des fidèles. Elle est suivie de l’Islam qui représente 18% de la population. L’église catholique reste incontournable dans l’orientation politique du pays. Elle a jouée un rôle décisif dans le retour à la légalité constitutionnelle après le coup d’Etat manqué de 1993 contre le président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye. (apic/ibc/pana/bb)



