C absurde de tuer pour enseigner à ne pas tuer

C’est ainsi que l’on gagne les élections aux Etats-Unis, a commenté Mgr Walter Sullivan, évêque de Richmond, dans une interview accordée au quotidien italien «Avvenire».

Q.: Comme de nombreuses personnalités, dont le pape, vous vous êtes mobilisé contre cette exécution.

Mgr Sullivan: Bien sûr. Comme dans tous les autres cas. Le pape a demandé qu’il soit gracié et le diocèse a lui aussi contacté le gouverneur de Virginie, James Gilmore. Un prêtre a accompagné Rocco pendant toute cette période, lui administrant les sacrements et lui apportant la consolation de la foi.

Le risque de tuer un innocent est un élément dissuasif très important pour ceux qui s’opposent à la peine de mort. L’opinion publique est sensible à des drames de ce type qui attirent énormément l’attention des media et qui sont donc utilisés pour pousser plus loin la réflexion. Mais il est clair que l’opposition à la peine de mort est basée sur un principe général qui doit être également appliqué dans le cas des coupables. Sinon, on finit par faire des distinctions qui n’aident que ceux qui veulent conserver la peine de mort.

Q.: Mais les Américains, dont les habitants de Virginie et du Texas, en particulier, restent favorables à la peine capitale.

Mgr Sullivan: Cela est dû à un problème culturel et à un sens de la justice mal compris. Dans l’histoire des Etats-Unis, la loi a souvent été appliquée de façon un peu sommaire, y compris à cause des lectures déformées de la tradition religieuse. Ce sont des erreurs qui ont besoin de temps pour être corrigées. Celui qui croit en Dieu doit également croire au caractère sacré de la vie et par conséquent au fait que ce n’est pas aux hommes de la donner et de la reprendre. Sur le plan civil, en revanche, il faut souligner la contradiction qui existe dans l’Etat qui tue pour enseigner aux citoyens qu’il ne faut pas tuer. La justice devient alors la réalisation d’une vengeance collective. Sur le plan pratique, enfin, il faut souligner l’inutilité totale de la peine de mort. Les gens croient que les exécutions servent à combattre la criminalité mais toutes les études sociologiques prouvent exactement le contraire: les homicides sont en général plus nombreux dans les Etats dans lesquels la peine de mort est en vigueur. La plupart des condamnés sont pauvres ou issus des minorités car ceux qui peuvent payer de bons avocats s’en sortent presque toujours. Et paradoxalement, c’est beaucoup plus cher d’exécuter un condamné que de le garder en prison à vie.

Le mouvement contre la peine capitale se renforce aux Etats-Unis. En Virginie, nous avons fondé un groupe oecuménique contre la peine de mort. Pour une question de traditions culturelles américaines, il est important que toutes les confessions religieuses soient unies. L’objectif pour le moment est d’exploiter tous les défauts du système pour arriver à un moratoire général. (apic/zn/pr)

15 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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