«C’est un jour sombre et amer pour l’Eglise et pour notre couvent»

Autriche: Démission de l’Archi-Abbé Bruno Becker pour cause d’abus sexuel

Salzbourg, 9 mars 2010 (Apic) L’Archi-Abbé Bruno Becker, supérieur de l’Abbaye bénédictine St-Pierre à Salzbourg, en Autriche, a donné sa démission avec effet immédiat. Il a avoué publiquement avoir abusé sexuellement d’un enfant à la fin des années 1960 à Grödig (Flachgau), rapporte l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress. «C’est un jour sombre et amer pour l’Eglise et pour notre couvent», a déclaré mardi 9 mars le Prieur Korbinian Birnbacher au cours d’une conférence de presse à Salzbourg.

Dans les questions d’abus sexuels, il y a dans l’Eglise «tolérance zéro, même à l’égard d’un Archi-Abbé», a déclaré à la presse le Prieur Korbinian Birnbacher. Et d’expliquer que le retrait de l’Archi-Abbé Bruno Becker n’est que le premier pas dans l’éclaircissement de cette affaire. Le Prieur a dit que ce «jour sombre et amer» est un jour où l’on ne peut qu’exprimer «le plus profond regret» et «demander pardon». Il a promis que l’Abbaye St-Pierre voulait tirer toutes les conséquences des reproches adressés et s’occuper honnêtement de cette grave problématique, «car ce ne sont pas ceux qui ont commis ces actes qui doivent être protégés, mais bien les victimes».

Le Père Birnbacher a également incité les victimes d’éventuels autres abus qui ne sont pas encore connus à s’annoncer aussi vite que possible à l’organe de médiation de l’archevêché de Salzbourg ou auprès de lui. «C’est seulement ainsi que nous pourrons connaître toute la vérité et rendre justice aux victimes». Le Prieur a expliqué que l’Archi-Abbé Bruno Becker s’était vu retirer toutes ses fonctions et qu’il ne pouvait plus être engagé dans la pastorale. Il pourra cependant continuer d’être prêtre, mais seulement à l’intérieur de la congrégation. Cette dernière va examiner et analyser ce cas à l’interne, avec l’aide de spécialistes, à savoir des juristes et des psychologues, avant de faire suivre cette pénible affaire à la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome.

Il s’était sincèrement excusé auprès de la victime

A l’époque des faits, Bruno Becker, alors âgé de 24 ans, était déjà entré chez les bénédictins à St-Pierre, mais il n’avait pas encore été ordonné prêtre. Les faits se sont passés en 1969 à Grödig, sa commune d’origine. «Immédiatement après les faits, Bruno Becker s’était sincèrement excusé auprès de la victime. Il regrette encore aujourd’hui profondément cet acte et demande pardon», peut-on lire dans un communiqué du couvent. Qui relève que depuis «cet événement regrettable et dans toute son activité pastorale, il n’y a plus eu de la part du Père Becker aucune affaire de ce genre ni avec la personne concernée ni avec une autre personne».

Le Prieur Birnbacher a expliqué au cours de la conférence de presse que l’Archi-Abbé Becker avait été victime d’abus sexuels quand il était enfant, mais pas dans le contexte de l’Eglise. Actuellement, ce dernier se fait accompagner «psychologiquement et spirituellement», mais il ne va pas bien pour le moment. Il va se retirer durant ces prochaines semaines pour retrouver le calme, a-t-il ajouté. Le Prieur a encore confirmé les reproches faits à deux anciens moines de St-Pierre, à propos de faits qui se sont passés dans les années suivant l’abus sexuel commis par l’Archi-Abbé. Tous deux ont fait partie de la communauté jusqu’en 1974, respectivement 1975, puis sont sortis du couvent. Seul l’un d’entre eux était devenu prêtre, et il est décédé le 5 février. Il avait travaillé en dernier lieu comme prêtre dans le diocèse de Passau.

Il s’était adressé à sa victime par le biais d’un médiateur

En automne dernier, l’Archi-Abbé – qui avait été élu à la tête de l’Abbaye de St-Pierre quelques mois auparavant – s’est adressé par le biais d’un médiateur à celui qui fut victime de cet acte. Dans une discussion avec la victime en présence de l’ombudsman et d’une personne de confiance, qui a eu lieu à Vienne le 22 novembre 2009, l’Archi-Abbé Bruno Becker a une nouvelle fois demandé pardon pour ce qui s’était passé il y a plus de 40 ans et exprimé son repentir sincère, précise dans un communiqué l’Abbaye St-Pierre.

Selon le Prieur, l’Archi-Abbé Bruno Becker n’a appris l’affaire des abus sexuels commis par les deux moines seulement lors de la rencontre du 22 novembre dernier à Vienne avec la victime et le directeur du centre de médiation de Vienne.

La démission de l’Archi-Abbé de St-Pierre doit encore être formellement acceptée par l’Abbé général de la congrégation bénédictine d’Autriche, l’Abbé Christian Haidinger, du monastère d’Altenburg. En attendant, l’Abbaye St-Pierre est placée sous la responsabilité du Prieur Korbinian Birnbacher.

Des cas également au Vorarlberg

Mardi, selon l’agence de presse catholique Kathpress, d’autres cas d’abus sexuels ont été rendus publics. Ils se sont passés dans un internat religieux de Bregenz, au Vorarlberg, près de la frontière suisse, a révélé l’Abbé Anselm van der Linde. Il est à la tête depuis un an du cloître cistercien de Wettingen-Mehrerau dont dépend l’internat. Un cas d’abus par un Père a eu lieu au début des années 1980 et ce dernier avait avoué. Les parents, qui en avaient parlé avec le Père Abbé de l’époque, l’Abbé Kassian Lauterer, n’avaient pas porté plainte aux autorités à la condition expresse que le Père soit immédiatement retiré de l’école. Le Père en question avait alors été transféré au Tirol, où l’évêque du lieu fut mis au courant des faits reprochés. Le moine s’était soumis à une thérapie. Il est âgé aujourd’hui de 74 ans et travaille comme prêtre au Tirol.

Elaboration d’un code de comportement, ensemble avec les élèves

Un autre Père de Wettingen-Mehrerau a connu ce genre de problème en 2001, pas dans l’internat du couvent, mais à Innsbruck, où le religieux a étudié. Il a commis des abus sur une personne issue du milieu de la drogue qu’il aidait. Dès que ces faits ont été connus, il a été immédiatement suspendu par l’Abbé Kassian. Condamné par la justice, il n’a pas voulu changer d’attitude et refuse jusqu’à maintenant de se soumettre à une thérapie. «Nous n’avons pu le replacer nulle part, et c’est la raison pour laquelle il y a actuellement une procédure de laïcisation, c’est-à-dire qu’il perd ses droits et devoirs en tant que prêtre», précise l’Abbé Anselm van der Linde.

L’Abbé relève qu’aucun autre cas ne lui est connu depuis qu’il est dans ce couvent – c’est-à-dire depuis 1994. Il a pris plusieurs mesures drastiques pour empêcher que de tels cas se renouvellent, notamment le projet d’un code de comportement qui doit être élaboré avec les élèves. Il prévoit également des ateliers et des séminaires pour traiter des cas d’abus, auxquels les parents seront invités à participer. (apic/kpr/be)

9 mars 2010 | 17:32
par webmaster@kath.ch
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