Pas la bonne solution, estime l’évêque coadjuteur de Phnom Penh
Cambodge: Tribunal international pour juger les Khmers rouges
Phnom Penh, 10 mars 1999 (APIC) Les Cambodgiens ne souhaitent pas que les Khmers rouges soient jugés par un tribunal international. Parce que beaucoup considèrent qu’un procès servirait seulement à remuer la boue, sans aider à rétablir la paix, estime l’évêque coadjuteur du vicariat apostolique de Phnom Penh, Mgr Emile Destombes.
Interrogé par l’Agence internationale Fides, Mgr Destombes explique que le mouvement des Khmers Rouges est sur le point de disparaître. «Amnistiés, ils ont été peu à peu intégrés dans l’armée régulière et conduits à s’aligner sur le gouvernement», à l’exception de leur dernier leader Ta Mok, arrêté par les autorités cambodgiennes.
Quant aux effets que pourrait avoir un jugement des Khmers rouges par un tribunal international, l’évêque explique que pour la population «il semble trop douloureux de faire le bilan d’une réalité qui a profondément marqué le pays, en y laissant des traces très sensibles». «La paix n’est pas encore mûre au Cambodge, souligne Mgr Destombes, parce qu’elle n’existe pas encore dans les coeurs, et que sans elle la communauté nationale ne réussira pas à s’unir».
Par ailleurs, l’évêque explique qu’»un procès impliquerait une partie des personnes au pouvoir aujourd’hui», et notamment Hun Sen lui-même. Il relève que des Khmers rouges vivent aujourd’hui dans une région de l’ouest du pays, aux frontières de la Thaïlande, où ils jouissent d’une grande autonomie, et qu’un procès «pourrait conduire à la reprise du conflit».
Quant aux chrétiens qui représentent environ un pour mille de la population cambodgienne, Mgr Destombes indique qu’ils considèrent eux aussi que le Cambodge «a déjà assez souffert», et qu’un procès «servirait seulement à remuer la boue», sans aider à rétablir la paix. Pour l’évêque coadjuteur du Vicariat apostolique de Phnom Penh, c’est là que se trouve le «drame du Cambodge». «Il est compréhensible que les Cambodgiens ne veuillent pas que tout le mal subi revienne à la surface», explique-t-il. «Mais en même temps, il faut une véritable purification», qui permette de «se remettre en face de ce mal pour que puisse naître une vraie réconciliation». (apic/imed/pr)



