Cameroun: Des «enfants de la misère» échappent à l’avortement et deviennent abandonnés

Des nouveaux-nés retrouvés dans les WC ou parmi les poubelles

De notre correspondant au Cameroun Martin Luther Mbita

Douala, 8 août 2001 (APIC) Ils n’ont pas demandé à entrer dans le monde des vivants. Malgré les tentatives de leur mère à les en empêcher, ils ont résisté et ont vu le jour. Ces enfants, qui font partie au Cameroun de ceux que l’on appelle «les enfants de la misère, ont été abandonnés dans des WC, dans les poubelles ou sur le trottoir. Ceux qui échappent à la mort sont recueillis par des familles ou placés dans des institutions, et mènent pour la plupart une existence normale.

Scène presque habituelle dans un quartier populaire de Douala. Un monsieur se rend aux toilettes publiques, lorsqu’il est alerté par les cris d’un bébé. Il s’empresse de sortir l’enfant de la cuvette d’un W.C et l’amène dans le dispensaire le plus proche. Malgré les soins d’urgence, l’enfant de sexe féminin n’a pu être sauvé. La mère n’a pas été retrouvée.

Un autre enfant, âgé aujourd’hui de 7 ans, a eu un peu plus de chance. Alors qu’il était nouveau-né, il a été retrouvé sous une pluie battante entre des poubelles à New Bell, un quartier populaire de Douala. Pris de panique, celui qui l’a découvert a alerté les voisins, qui se sont levés comme un seul homme pour sauver cet enfant. Le petit Moïse (nom qui lui a été donné en allusion au destin similaire vécu par le personnage biblique) a été amené dans un dispensaire où il a subi des soins intenses, grâce à des habitants de New Bell qui se sont cotisés pour payer les médicaments. Comme aucune famille n’a pu l’adopter, Moïse a été placé dans l’orphelinat «Remus et Romulus» tenu par une association chrétienne. Moïse, tout comme d’autres enfants orphelins rencontrés dans ce centre, a survécu à tous les écueils. Il est très brillant à l’école et fréquente actuellement le cours élémentaire de deuxième année.

Alphonsine Mengué, âgée de 43 ans, vit avec une jeune fille qu’elle a adoptée. En se rendant dans un marché de Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, elle avait rencontré une jeune femme avec un bébé d’à peine 5 mois. La mère de la petite fille demande à dame Mengué de porter son enfant pour lui donner la possibilité d’aller se soulager. Elle ne reviendra plus. Malgré les multiples communiqués diffusés sur les ondes des radios nationales, la mère de la petite fille n’a pas réagi. Dame Mengué a finalement adopté la fille à qui elle a donné le prénom de Fanny.

Victimes de la misère

Ces scènes d’abandon sont malheureusement très fréquentes en Afrique, et au Cameroun en particulier. Il ne se passe pas une seule semaine sans que les médias ne relatent des cas de nourrissons délaissés dans les rues des grandes villes du pays.

La plupart des jeunes filles prises sur le fait évoquent la misère comme motif de leur geste. Selon elles, les moyens dont elles disposent ne leur permettent pas d’élever leur enfant. Certaines d’entre elles ont même tenté en vain un avortement, comme Marie Cécile, âgée de 27 ans, écrouée à la prison de New Bell à Douala pour meurtre. «L’enfant a refusé de sortir. Je serrais tout le temps mon ventre pour que les gens du quartier ne sachent pas que j’étais enceinte. Lorsque l’enfant est né, j’ai préféré mettre fin à sa vie».

Marie Cécile a été appréhendée à Bazou un petit village situé dans l’Ouest du Cameroun et a été condamnée à 5 ans de prison (elle en a déjà passée trois). Les larmes au yeux, elle affirme regretter son acte et demande pardon à Dieu: «Si j’avais gardé cet enfant, je ne serais pas ici aujourd’hui. Qu’il accueille cet enfant et le garde avec lui». (apic/mbt/bb)

8 août 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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