L’Eglise dénonce un recul de la démocratie
Cameroun: L’épiscopat dénonce des irrégularités lors des élections du 22 juillet dernier
Yaoundé, 5 août 2007 (Apic) La Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) à son tour a dénoncé des irrégularités lors des élections législatives et locales du 22 juillet dernier dans le pays. Selon les ministères de l’Intérieur, tous les deux scrutins ont été remportés par le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).
La CENC s’est toujours montrée méfiante quant au bon déroulement du vote. EIle est montée au créneau durant la semaine pour critiquer «les irrégularités et fraudes» constatées lors des élections. «La démocratie a encore du chemin à faire au Cameroun», a-t-elle estimé par la voix de son nouveau secrétaire général, Mgr Joseph Akonga Essomba. La CENC exige que les amendes et peines privatives de liberté prévues aux articles 122 et 123 du Code pénal soit infligées aux électeurs qui votent en vertu d’une inscription frauduleuse ou qui profitent des inscriptions multiples pour voter plus d’une fois.
1’600 observateurs envoyés sur le terrain par l’Eglise
Sur la base des rapports des 1’600 observateurs formés par la Commission «Justice et Paix» qu’elle avait déployés sur le terrain le jour des élections, elle annonce avoir identifié plusieurs irrégularités. Il s’agit de l’utilisation des cartes nationales de tiers pour les opérations de votes. La loi n’exigeant pas de l’électeur de produire sa carte nationale d’identité au bureau de vote, on peut donc voter avec une carte d’électeur d’un tiers. Cela ouvre le champ à des fraudes avec des cartes d’électeurs non préalablement remises à leurs destinataires.
La CENC relève encore l’absence de récépissés après l’inscription sur les listes électorales, l’ouverture des bureaux de vote au gré des présidents, l’absence de bulletins de vote d’un parti politique de l’opposition dans les bureaux de vote, entre autres. En outre, l’informatisation du fichier électoral n’a pas éliminé le phénomène des inscriptions multiples, favorisant de ce fait, le vote multiple et la fraude. Des groupes d’observateurs d’autres organisations ont aussi relevé ces manquements.
Pour la CENC, les populations ont leur part de responsabilité dans le fonctionnement actuel du système démocratique camerounais. «Nombre de personnes minimisent l’importance du bulletin de vote dans l’organisation de la cité», a-t-elle déploré.
«Pour quelques dons en espèces ou en nature en période électorale, les électeurs accordent leurs voix aux hommes politiques, toutes formations confondues, sans se préoccuper de leur ferme volonté de rechercher le bien commun», a-t-elle poursuivi.
Face à cette situation, la Conférence épiscopale camerounaise a réitéré sa proposition d’amendement de la loi électorale qu’elle avait élaborée avec des membres de la société civile, ainsi que des représentants de l’administration. Elle avait été rendue public par la commission «Justice et paix» de la CENC en mai 2006.
Avant l’Eglise catholique, le Conseil national de la communication (CNC) du Cameroun avait élevé la voix contre la couverture tendancieuse de la campagne électorale. Elle avait particulièrement fustigé le Ministère de la Communication et les médias d’Etat pour avoir «mal géré la couverture de la campagne électorale». Pour sa part, la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL) a constaté un «manque de respect» des droits des citoyens camerounais lors du double scrutin du 22 juillet 2007.
De son côté, l’Organisation non gouvernementale américaine de défense des droits de l’homme Human rights watch a qualifié ces élection et celles qui les ont précédé, de «rituel folklorique», mais pas de une expression de la démocratie. Selon la Cour suprême, plus haute instance judiciaire du pays, 103 recours en annulation (des élections) ont été introduits par les partis politiques pour contester les résultats. (apic/ibc/be)



