Cameroun: les évêques doutent des résultats des élections présidentielles

26.10.2018 par Ibrahima Cisse, correspondant de cath.ch en Afrique

Les évêques catholiques du Cameroun ont émis des doutes sur la fiabilité des résultats de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. Officiellement le Président sortant Paul Biya, 85 ans, au pouvoir depuis 35 ans, a été réélu avec 71,23% des voix.

Ces résultats ont été proclamés le 22 octobre par le Conseil constitutionnel, la plus haute instance judiciaire du pays. L’institution a parallèlement rejeté les recours des adversaires du président Biya, les déclarant “irrecevables“.

Chiffres fiables?

Dans des propos diffusés le 25 octobre sur radio France internationale (RFI), Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala et président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC), a cité le cas du Grand-Nord où le candidat du parti au pouvoir a gagné avec 89%. “Or, a-t-il souligné, c’est là où il y a le plus de difficultés et de misère.
Les populations sont obligées quelquefois d’émigrer. Les jeunes ont rejoint le groupe Boko Haram. Il est donc difficile d’y obtenir ce pourcentage. Ces chiffres qu’on nous a présentés, sont-ils fiables? Ils ne me semblent pas corrects, et pas corrects du tout“.

Selon la télévision privée camerounaise Equinox, le score fleuve du président Paul Biya dans les régions anglophones vidées de leurs populations, en raison de la guerre d’indépendance entre l’armée et les séparatistes anglophones, intriguent aussi les évêques. Depuis octobre 2016, ces provinces du sud-ouest et du sud luttent pour leur indépendance.

“Alors qu’on n’a pas pu faire de campagne électorale dans ces provinces, d’où provient le pourcentage élevé du nombre de voix remporté par le président Biya? Cela pose problème!“, a déclaré le président de la CENC lors d’une conférence de presse rapportée par Equinox.

Une conférence pour la région anglophone

Pour aider à trouver une solution à cette crise irrédentiste, une conférence régionale sera organisée les 21 et 22 novembre prochains, sous l’égide de l’évêque émérite de Douala, le cardinal Christian Tumi. Dénommée “Conférence générale des anglophones“, elle se penchera sur tous les problèmes socio-économiques des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

L’archevêque de Douala a déploré le rejet par le Conseil constitutionnel, des recours des adversaires du président Biya. Il a estimé qu’on devrait les écouter, puisqu’ils ont des arguments. C’est la loi. Ce n’est pas la violence.

En août, la CENC avait appelé, dans une lettre pastorale, à des élections libres et transparentes, tout en invitant le citoyen, à participer massivement au vote pour exercer sa “souveraineté, en choisissant de manière libre, pacifique et responsable ses dirigeants“. Elle avait également exhorté les chrétiens catholiques et les personnes de bonne volonté “à effectuer des choix qui ne soient pas en contradiction avec leurs convictions inspirées de l’évangile“. (cath.ch/ibc/bh)


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