Une messe sous haute surveillance

Cameroun: Mgr Tumi préside une célébration pour les victimes des forces de sécurité

Douala, 17 novembre 2000 (APIC) Le bras de fer se poursuit, au Cameroun, entre le gouvernement et l’Eglise catholique, qui accuse les forces d’intervention de procéder à des exécutions extra-judiciaires. L’achevêque de Douala, Mgr Chritian Tumi, a célébré jeudi une messe à la mémoire de victimes des opérations des forces de sécurité, déclenchées par le gouvernement depuis le début de l’année pour lutter contre le grand banditisme. Les forces de sécurité du gouvernement ont entouré la cathédrale durant toute la cérémonie.

La célébration religieuse présidée par Mgr Tumi à la cathédrale de Douala a été placée sous la haute surveillance des forces de sécurité. D’importants éléments des forces de police et de gendarmerie ont été déployés pour surveiller la cérémonie. La presse locale a largement commenté, vendredi 17 novembre, cette messe particulière.

«Tumi d’une messe sous haute surveillance», écrit en gros titre «la Nouvelle expression» qui a consacré un mini-dossier à la cérémonie, alors que «le Messager» relevait à la «une» les quatre temps forts de la prière funéraire: «la levée du corps» d’une victime innocente, l’encerclement de la cathédrale» par les forces de l’ordre, l’arrestation d’un responsable d’une Organisation de défense des droits de l’homme et l’homélie du cardinal dans laquelle il demandait à l’assistance de «prier pour les victimes et leurs bourreaux».

La presse a également rapporté le témoignage d’un «rescapé» des «exactions du commandement opérationnel» qui présente un corps couvert de pansements.

Organisation interdite d’activité

La veille de la messe, le mercredi 15 novembre, 30’000 tracts opposés au dispositif «commandement opérationnel» ont été distribués dans la ville de Douala. Dans ces pamphlets, l’Association Génération Citoyenne (AGC), interdite d’activités depuis le 14 novembre, écrit que «des centaines de camerounais: nos frères, nos soeurs, nos enfants, ont été enlevés, torturés, violés ou exécutés sans enquêtes sérieuses, sans jugement, arbitrairement. Trop c’est trop! ça suffit!» Elle a aussi appelé la population à se mobiliser et à participer massivement à la messe de prière «pour partager la peine des familles endeuillées».

Selon le compte rendu du correspondant de Radio France internationale, la cérémonie funéraire n’a pas rassemblé beaucoup de fidèles par rapport aux nombreuses foules qui ont l’habitude de prendre part aux messes du cardinal Tumi. Les organisateurs de la prière ont attribué la désaffection populaire à une «campagne d’intimidation des autorités». De leur côté, les autorités ont démenti ces accusations, estimant que les «populations savent que les organisateurs de l’office religieux sont des opportunistes et des hommes politiques en mal de reconnaissance». (apic/ibc/bb)

17 novembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!