Cameroun: Un officier de l’armée dénonce la manipulation de l’Etat
«L’affaire de Bépanda a été montée de toutes pièces»
Martin Luther Mbita, correspondant de l’APIC au Cameroun
Douala, 14 septembre 2001 (APIC) Le capitaine Onana Ambassa, officier de l’armée camerounaise incarcéré suite à l’affaire des neuf jeunes de Bépanda, clame son innocence et dénonce l’attitude de quelques hauts gradés de l’armée camerounaise et hauts fonctionnaires de la République. Ces derniers, qui favorisent selon lui le grand banditisme en armant et protégeant les malfrats, seraient à l’origine de l’exécution de ces jeunes.
Arrêté et emprisonné dans le cadre de l’affaire des 9 jeunes garçons disparus au quartier Bépanda à Douala dans la nuit du 22 au 23 janvier 2001, le capitaine Onana Ambassa s’estime victime d’une persécution de sa hiérarchie.
Le capitaine «grillé» (qui n’a plus rien à gagner) comme on l’appelle désormais au Cameroun, dans une longue correspondance qu’il nous a fait parvenir à travers une de ses connaissances affirme que l’affaire des neuf jeunes gens disparus de Bépanda a été montée de toutes pièces par quelques hauts gradés et hommes politiques pour chasser le président Paul Biya du pouvoir. Considérés comme un «gang recherché depuis longtemps», les neuf jeunes en question ont été arrêtés le 23 janvier 2001, pour une banale histoire de bouteille de gaz volée. Ils ont été amenés dans une destination inconnue puis exécutés et incinérés à l’acide. L’affaire a eu un immense retentissement et a été notamment dénoncée par Amnesty International et l’ACAT.
Une manipulation a conduit à son arrestation
Onana Ambassa dénonce l’attitude de deux hauts gradés de l’armée, qui ont même alimenté d’informations le comité de solidarité pour les 9 disparus dans le cadre de cette affaire. Il se dit victime d’une manipulation, qui a conduit à son arrestation (ainsi que celle de sept autres officiers), alors qu’il n’a rien à voir avec cette affaire. «Parmi le matériel saisi par le capitaine Abah et déposé au commandement opérationnel, il n’y avait pas de bouteille de gaz», écrit-il dans sa correspondance avant d’ajouter: «Je n’ai jamais vu ces bandits. Je n’ai jamais été désigné pour enquêter sur eux. Dans la matinée du 31 janvier 2001, l’officier de permanence rendait compte qu’ils s’étaient évadés. Le général Mpay ordonna une commission d’enquête en vue de constater cette évasion et je fus désigné avec quelques officiers pour diligenter cette enquête. Nous avons remis notre rapport au général Mpay».
Le capitaine Ambassa accuse le général de brigade Mambou Deffo, le colonel de gendarmerie Douala Masango et bien d’autres officiers d’être les patrons de 80% des braqueurs et feymen (arnaqueurs) qui secouent les villes de Douala et Yaoundé. Le colonel Masango, selon lui, serait derrière un vaste réseau de trafic d’uniformes militaires et d’armes qu’utilisent les bandits pour arnaquer des immigrés nigérians dans les pêcheries du Wouri (fleuve situé dans le Littoral Cameroun) et pour opérer des braquages à Douala. «Les magistrats militaires qui vivent des retombées du banditisme ont reçu pour consigne de décapiter les personnes interpellées dans l’affaire des 9 disparus de Bépanda», nous a-t-il révélé dans sa note. Le grand banditisme qui revient à Yaoundé selon le Capitaine Ambassa vise le Palais de l’Unité, résidence de fonction du président Paul Biya.
Histoire d’Olivier Sandé: un pur montage
Par ailleurs, selon le capitaine «grillé», l’histoire du jeune Olivier Sandé qui a témoigné dans la presse de ses 40 jours de détention au «Kosovo» (nom donné au lieu de détention des raflés, malfrats ou non du commandement opérationnel) est aussi un montage opéré par le colonel Douala Masango, chef d’antenne de la sécurité militaire du Littoral Cameroun. Il affirme que ce dernier a construit quatre villas grâce aux fruits du banditisme. Le capitaine Onana affirme dans ses notes que «les officiers de gendarmerie qui ne peuvent pas dire la vérité au chef de l’Etat font écran, le trompent, maîtrisent la justice militaire, ont des complices jusqu’à la présidence et sont capables de renverser le président». (apic/mbt/bb)



