Canada: A l’occasion du Jubilé, les Eglises appuient les revendications des Autochtones

«Guérir vraiment cette blessure de la vie canadienne»

Ottawa, 27 septembre 2000 (APIC) A l’occasion du Grand du Jubilé, les Eglises chrétiennes du Canada appuient les revendications territoriales des Autochtones, historiquement victimes du colonialisme européen. Elles lancent un appel «à guérir vraiment cette blessure de la vie canadienne» que sont les injustices commises envers les Indiens, premiers habitants du Canada.

Un nouveau millénaire commence, écrivent les dignitaires religieux, tous éprouvent le désir de repartir à neuf: «Au Canada, un domaine particulier de notre vie nationale réclame à grands cris guérison et transformation; le temps est venu de changer les relations entre la société majoritaire et les peuples autochtones!» Certaines Eglises chrétiennes reconnaissent elles-mêmes qu’elles sont arrivées dans cette hémisphère «avec les pouvoirs impériaux trop souvent devenus les ennemis vainqueurs des peuples autochtones.»

Les quatre Eglises historiquement impliquées, au nom du gouvernement fédéral, dans l’administration des écoles résidentielles pour autochtones, ont déjà fait des demandes publiques de pardon. «Nous sommes peinés que les Eglises se soient associées aux politiques assimilatrices des gouvernements canadiens et de la société canadienne dans son ensemble», écrivent-elles. Pour participer à ce grand effort de réconciliation, poursuivent-ils, «toutes les Canadiennes, tous les Canadiens devront bannir de leur cœur le racisme, l’indifférence, le désespoir et le repli sur soi.»

Une situation de misère qui fait honte au Canada

La situation dans laquelle vivent les nations autochtones est «une honte pour le Canada sur le plan international». Elle témoigne clairement d’une histoire d’injustice, écrivent les responsables religieux canadiens. Selon l’Index de développement humain des Nations Unies, la majorité de la société canadienne bénéficie de la plus grande qualité de vie de tous les pays du monde. «Les chefs politiques s’enorgueillissent souvent de cette évaluation. Mais, selon les mêmes normes onusiennes, les conditions des peuples autochtones au Canada, prises isolément, placeraient cette population au 63e rang des nations du monde!»

Mettre un terme à ce «péché social»

Selon les statistiques, dans les communautés autochtones, le taux de suicide est six fois plus élevé que la moyenne canadienne, le taux de tuberculose, 25 fois plus élevé, et le taux de mortalité infantile, trois fois plus élevé. Même si seulement 3 % de la population canadienne est d’origine autochtone, 14 % des prisonniers sont autochtones. Comme l’a montré la Commission royale sur les peuples autochtones, cette situation qualifiée par les Eglises d’»épouvantable», est, dans son ensemble, directement liée au fait que la plupart des communautés autochtones n’ont pas suffisamment de territoire et de ressources. «Il est temps que tous nous fassions quelque chose et changions cette situation de péché social.»

L’Initiative oecuménique canadienne pour le Jubilé (coalition de 30 organisations à laquelle participent les Eglises) invite elle aussi à signer une pétition demandant au Premier ministre canadien d’instaurer un nouveau mécanisme de reconnaissance et de satisfaction des réclamations et des droit inhérents des Autochtones.

Echec du mécanisme mis en place par le gouvernement fédéral

Les Eglises constatent que l’on a assisté, ces dernières années, à l’échec du mécanisme mis en place par le gouvernement fédéral pour satisfaire les réclamations territoriales des peuples indiens. «Pour le moment, tout le processus de négociation des traités en Colombie-Britannique est menacé d’échec, et les organisations autochtones se tournent de plus en plus vers les cours de justice, seule façon de trouver réponse à leurs réclamations séculaires. La nation indienne Nisga’a a finalement pu conclure un traité longtemps recherché avec le gouvernement fédéral et les autorités provinciales, mais l’accord négocié a donné lieu à des réactions négatives de la part de partis politiques et d’organisations qui le trouvent préjudiciable à leurs droits, constatent les Eglises canadiennes.

Mettre en œuvre le Jubilé

Provoquée par la lenteur du règlement des droits territoriaux autochtones, l’impatience, chez les autorités et dans le peuple, a conduit à la violence à Ipperwash en Ontario, à Burnt Church au Nouveau-Brunswick, et à du vandalisme, ailleurs. «Le problème perdure depuis des décennies, déplorent les Eglises, même si la légitimité des réclamations est reconnue par nos plus hautes cours, et sa gravité soulignée par de nombreuses études.»

Les responsables religieux canadiens rappellent, à l’occasion du nouveau millénaire, qu’à chaque génération, le Jubilé biblique invitait tout fils ou toute fille de l’alliance à restaurer une vie d’égalité, de responsabilité, de liberté et de bon voisinage sur la terre reçue gratuitement, témoignage de confiance de la part du Créateur. Les pressions œcuméniques pour changer les politiques canadiennes ont constitué une façon pour les Eglises de se joindre aux chefs autochtones pour proposer des changements spécifiques qui leur sont apparus urgents.

Au milieu des années 1970, les Eglises ont créé le Projet Nord pour aider les nations autochtones des Territoires du Nord-Ouest à trouver satisfaction dans leurs réclamations territoriales, avant que les immenses projets pétroliers et gaziers n’envahissent leurs territoires traditionnels. Ce travail se poursuit dans les efforts de l’Aboriginal Rights Coalition, qui appuie activement, dans leurs luttes de réclamation territoriale, des nations comme celles des Innus, des Gitksans et des Lubicons. «Aujourd’hui, en l’an 2000, guidés par les conseils des communautés autochtones, nous renouvelons notre invitation en faveur d’une nouvelle alliance», écrivent les Eglises dans leur appel. (apic/com/cccb/be)

27 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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