Publication d’un sondage sur les abus dans les écoles
Canada: Colère des Eglises canadiennes contre le gouvernement
Vancouver, 24 septembre 2001 (APIC) La publication des résultats d’un sondage sur les abus dans les écoles pour autochtones provoque la colère des Eglises canadiennes. Ce sondage controversé a été réalisé à la demande du gouvernement fédéral. Les responsables d’Eglise canadiens estiment que cette publication menace les négociations en cours concernant le rèèglement de la question des abus commis dans les pensionnats pour enfants autochtones.
En effet plus de 7’000 procès ont été intentés contre les Eglises anglicane, presbytérienne, catholique romaine et unie et les frais entraînés représentent plus d’un milliard de dollars canadiens. Les plaignants sont des autochtones qui déclarent avoir été victimes d’abus sexuels, physiques et culturels dans les pensionnats gérés par les Eglises au nom du gouvernement fédéral de 1820 à 1969.
Shawn Tupper, directrice générale du Bureau du gouvernement fédéral chargé du règlement de cette affaire pour Ottawa, a présenté les conclusions du sondage à la presse le 7 septembre. Les résultats montrent, a-t-elle expliqué, que la majorité des Canadiens estiment que les Eglises et le gouvernement fédéral devraient partager les frais de dédommagement à verser aux autochtones et que la vente des biens par les Eglises pour payer les frais de procès est «une solution tout à fait acceptable». Environ 40 % des personnes interrogées déclaent ne pas croire aux avertissements de l’Eglise anglicane du Canada qui se dit menacée de faillite financière.
Des discussions basées sur des faits
Soeur Marie Zarowny, présidente du groupe de travail des organisations catholiques concernant les pensionnats pour autochtones (COTG) estime que «la publication des résultats d’un sondage de sept mois, de qualité douteuse, est une manoeuvre et une action de mauvaise foi de la part des autorités qui risque d’entraver les avancées obtenues par le dialogue et la négociation ces douze derniers mois.»
Pour Sœur Marie Zarowny, ce sondage semble être un acte de tracasserie bureaucratique fondé sur des questions préparées intentionnellement en vue de profiter du manque d’information du public sur les complexités de cette question. «Nous nous sommes engagés à poursuivre nos entretiens avec le vice-premier ministre Herb Gray et voulons reprendre ces discussions basées sur des faits.»
Le COTG, qui existe depuis septembre 2000, rassemble 41 groupes: ordres religieux, archidiocèses et diocèses de l’Eglise catholique romaine du Canada. Gerry Kelly, coordinateur du COTG, a déclaré que «certaines communautés, en raison de la décentralisation de la communauté catholique au Canada, sont soumises à un stress éprouvant».
Peu d’information sur la complexité du problème
Selon Gerry Kelly, le processus s’accélère. «Nous craignons que certaines communautés impliquées ne commencent à perdre leurs ressources très rapidement.» Tony Whittingham, responsable de la communication de l’Eglise anglicane du Canada, trouve pour sa part que même si la publication des résultats du sondage avait provoqué «des réactions de colère», aujourd’hui «chacun a accepté de ne rien dire – les discussions étant au point sensible».
Quant au secrétaire général du Conseil du Synode général de l’Eglise anglicane du Canada, l’archidiacre Jim Boyles, il a annoncé que la quatrième rencontre entre le groupe oecuménique qu’il préside et le gouvernement avait eu lieu le 12 septembre, peu après la publication des résultats. Une autre réunion devrait avoir lieu à la fin du mois.
Par ailleurs, l’archidiacre Boyle a envoyé un message aux évêques anglicans et aux membres du Conseil du Synode de l’Eglise anglicane, en rappelant que «Herb Gray, vice-premier ministre, a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’entendait pas conduire les négociations concernant les pensionnats par le biais des journaux». «De notre point de vue, continue l’archidiacre, la publication des résultats du sondage, à la veille de la quatrième rencontre entre les représentants du gouvernement et des Eglises, et notamment les remarques faites par Shawn Tupper dans la presse, représentent une violation répréhensible de cette entente».
100’000 dollars par mois
Mary Frances Denis, chargée de la communication de l’Eglise unie du Canada, a précisé à l’Agence œcuménique ENI que son Eglise n’avait pas fait de déclaration. La publication du sondage a poussé les autorités de l’Eglise anglicane du Canada à demander à ses membres d’écrire aux parlementaires et aux journaux locaux pour exprimer leurs points de vue. C’était la première démarche en ce sens de l’Eglise qui respectait auparavant la requête d’Ottawa selon laquelle les négociations devaient être tenues secrètes.
Dans son message, l’archidiacre Boyles a souligné que les résultats montraient que l’opinion publique ne comprenait pas vraiment la complexité des structures de l’Eglise et ce qui allait se passer si les Eglises étaient obligées de vendre leurs biens – «suppression des programmes sociaux, des services et de la présence auprès de la communauté».
L’Eglise anglicane a répété à maintes reprises qu’elle aspirait à la réconciliation avec les populations autochtones et elle a mis en place un fonds pour aider les communautés et les groupes affectés par les abus. Mais elle estime qu’Ottawa devrait payer le plus gros des frais de procès puisque le gouvernement était chargé d’administrer les écoles.
L’Eglise affirme aussi qu’elle n’aura plus d’argent d’ici à la fin de l’année. L’archidiacre Boyles a précisé que l’Eglise dépense environ 100’000 dollars par mois pour les frais relatifs aux procès et autres, en relations avec des abus sexuels. (apic/eni/mk/pr)



