Canada: L’Eglise unie critique la violation d’un de ses «sanctuaires» par la police
Indignation après l’expulsion d’un requérant délogé par la force
Montréal, 16 mars 2004 (Apic) L’intervention de la police canadienne qui a envahi début mars une église pour expulser un réfugié algérien a provoqué la réaction de l’Eglise unie et déclenché un débat sur la pratique des Eglises qui accueillent les réfugiés dans leurs lieux de culte.
«Nous dénonçons l’incursion violente de la police québécoise dans un de nos sanctuaires», s’indigne l’Eglise unie du Canada. Dans une lettre, adressée aux ministres du gouvernement, elle accuse la police d’avoir emmené le 5 mars le demandeur d’asile Mohamed Cherfi, réfugié dans l’église unie Saint- Pierre de Québec.
En février, Mohamed Cherfi s’était réfugié dans ce lieu, au terme d’une longue bataille perdue avec les bureaux de l’immigration pour pouvoir rester au Canada, rapporte le quotidien «Globe and Mail», de Toronto.
Le journal précise que les policiers ont fait irruption dans l’église où se trouvait son pasteur, Gérald Doré, pour s’emparer de Mohamed Cherfi. Après lui avoir passé les menottes, les policiers l’ont emmené dans une voiture. Il a ensuite été remis aux agents de l’immigration et reconduit aux Etats- Unis par où il était entré au Canada.
Indignation et tristesse
«Je suis outré, indigné et triste», a déclaré le pasteur Doré, que cite l’Agence oecuménique ENI. «Je suis triste parce que nous avions donné asile à Mohamed Cherfi, convaincus que sa vie était menacée. Nous avons peur de voir nos pires craintes se réaliser.» Mohamed Cherfi a été arrêté parce qu’il a été un ardent défenseur des droits des réfugiés algériens au Canada, soutient le pasteur Doré.
Un viol de sanctuaire
Selon lui, «ce qui est arrivé à l’église Saint-Pierre, s’appelle un viol de sanctuaire». Il rappelle que «le sanctuaire est un droit séculaire qui remonte au Moyen Age». Le mouvement «Sanctuaire» a commencé au Canada en 1983 lorsqu’un Guatémaltèque a été accueilli dans une église de la région de Montréal et s’est vu accorder la suspension de son expulsion, rapporte à ce propos le quotidien «Globe and Mail».
Dans une adresse à ses membres, l’Eglise unie relève que le sanctuaire est un lieu considéré comme sacré, un lieu de refuge, où ceux qui fuient la loi reçoivent traditionnellement la protection de l’Eglise contre l’arrestation ou la violence. L’Eglise précise que six autres familles ont cherché refuge dans des églises du Canada, où elles se trouvent encore. Deux familles se trouvent entre autres actuellement dans des églises de Toronto. (apic/eni/lh)



