Canada: La subvention des écoles juives continue de susciter la polémique
Face à l’accusation de «favoritisme», les juifs eux-mêmes divisés
Ottawa, 19 janvier 2005 (Apic) La subvention des écoles juives au Québec continue de susciter la polémique. Le Parti québécois (PQ – opposition) demande que le gouvernement du Premier ministre Jean Charest abandonne son projet et estime que le ministre de l’Education Pierre Reid devrait être démis de ses fonctions.
Jean Charest a nié les insinuations selon lesquelles cette décision avait un lien avec l’argent remis par la communauté juive au Parti libéral. Le Premier ministre québécois assure que cette décision de faire de ces écoles juives «des établissements associés dans un but d’intégration à la communauté québécoise» a été prise conformément à la Loi sur l’instruction publique. Celle-ci donne tous les pouvoirs au ministre de l’Education dans ce dossier. Charest affirme par ailleurs que cette décision «va dans le sens de nos valeurs les plus fondamentales d’inclusion», en n’ont à ses yeux rien à voir avec l’appartenance confessionnelle.
100’000 juifs vivent au Québec
Le Premier ministre a certes réitéré son appui au ministre de l’Education, qui a décidé de financer à 100% cinq écoles privées juives au grand dam des milieux laïcs et des écoles publiques, qui connaissent également des difficultés financières. Cette décision a aussi suscité des réserves chez les catholiques et les musulmans, qui réclament le même traitement de faveur. Mais la polémique enfle dans la Belle Province, et même des milieux juifs y sont opposés, craignant que cet apparent «favoritisme» ne crée une réaction contre les juifs du Québec, qui sont quelque 100’000 dans la province.
Selon un sondage de l’institut Léger-Marketing, près de 90% des Québécois s’opposent à ce subventionnement à 100% des écoles privées juives. Sur quelque 800 personnes qui ont répondu au sondage, seulement 5% se sont prononcées en faveur de ce financement. 85% des Québécois sont clairement opposés à l’octroi de telles subventions pour des écoles privées, quelles qu’elles soient. 68% des sondés affirment être insatisfaits du ministre de l’Education.
La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, favorable à la mesure dans un premier temps, a finalement décidé de ne pas participer aux échanges interculturels avec cinq écoles juives dans le cadre de l’entente concernant ces établissements privés. Pour recevoir 100% de la subvention donnée au secteur public, ces écoles privées doivent s’associer à une commission scolaire. A la suite de cet accord, le ministre Reid a décidé d’accorder 10 millions de dollars de subventions annuelles à ces écoles.
La décision de hausser le financement des écoles privées juives, annoncée lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’école Talmud Torahs Unis, reconstruite après un incendie criminel, continue donc de faire des vagues.
Le ministre Reid a admis que sa décision controversée pouvait être revue après une évaluation en juin prochain. Le Premier ministre Charest, en subventionnant des écoles privées juives au Québec, estime qu’il n’a pas créé de précédent incitant d’autres établissements privés – comme les écoles catholiques ou musulmanes – à demander davantage de subventions.
Selon le quotidien québécois «La Presse», les fonctionnaires de l’Education sont opposés depuis longtemps à la reconnaissance d’un tel statut pour les écoles juives. Mais le ministre Reid affirme toutefois qu’il y a bien longtemps que deux écoles grecques orthodoxes sont financées à 100% grâce au statut d’»écoles associées». (apic/rca/be)



