Malgré l’opposition d’une aile de son parti et de l’Eglise catholique
Canada: Le Premier ministre Jean Chrétien veut toujours légaliser le mariage homosexuel
Ottawa, 13 août 2003 (Apic) En dépit des pressions de l’aile conservatrice de son parti, le Parti libéral, et des menaces d’un évêque catholique concernant le salut de son âme, le Premier ministre canadien Jean Chrétien est toujours partisan de légaliser le mariage des homosexuels. Il ne s’agit pas seulement pour lui de légaliser de simples «unions civiles» de conjoints de même sexe.
«Je suis catholique pratiquant et je prie, mais je suis le Premier ministre du Canada et à ce titre, je me comporte comme une personne responsable du pays», a déclaré mardi 12 août Jean Chrétien à sa sortie d’une réunion du cabinet. Le Premier ministre ne veut pas céder aux requêtes de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), «déçue» de l’avant-projet de loi fédéral sur le mariage.
Pour l’Eglise catholique canadienne, ce projet «contourne les enjeux fondamentaux de la valeur traditionnelle du mariage et de sa place dans la société» et en y incluant les partenaires de même sexe «en viendrait à dévaloriser le mariage traditionnel comme fondement de la famille et institution essentielle à la stabilité et à l’équilibre de la société.» Pour la CECC, la définition traditionnelle du mariage «l’union stable d’un homme et d’une femme à l’exclusion de toute autre personne».
Salut éternel mis en danger
Jean Chrétien n’entend pas non plus se laisser influencer par les propos tenus fin juillet par Mgr Frederick Bernard Henry. L’évêque de Calgary, dans l’Alberta, déclarait dans l’édition du 31 juillet du quotidien canadien anglophone «Globe and Mail», à propos de la position de Jean Chrétien sur la reconnaissance du mariage des homosexuels, qu’il compromettait ainsi son salut éternel. «Je prie pour le Premier ministre parce que je pense que son salut éternel est en danger. Il commet une grave faute morale».
Le 31 juillet, la Congrégation romaine pour la doctrine publiait un document s’opposant à la reconnaissance juridique des couples homosexuels. Intitulé «Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles», il reprend et synthétise les éléments de doctrine, offre des «argumentations rationnelles» très claires aux catholiques – et particulièrement aux hommes politiques catholiques – face à la multiplication des reconnaissances juridiques de couples homosexuels.
Pour le Premier ministre canadien, il y a là «une grande division entre l’Etat et la religion au Canada». Interrogé mardi par la presse, Jean Chrétien ne veut pas se contenter d’accorder aux couples de même sexe la seule «union civile», au lieu du mariage proprement dit. Le gouvernement fédéral ne demandera pas à la Cour suprême du Canada de se prononcer sur la légalité d’une forme non maritale d’union civile pour les conjoints de même sexe.
Pas de consultation de la Cour suprême
Le ministre de la Justice, Martin Cauchon, a expliqué qu’Ottawa se propose toujours de légaliser carrément les mariages «gais», parce qu’en procédant autrement, a-t-il dit, il se trouverait à perpétuer une forme de discrimination à l’endroit des homosexuels. «Pour le ministre canadien, la démarche du gouvernement est respectueuse à la fois de la décision gouvernementale et de la liberté de religion.
Une cinquantaine de députés libéraux, opposés au mariage des homosexuels, voulaient que le gouvernement fédéral demande à la Cour suprême si une simple union civile entre deux conjoints de même sexe serait suffisante pour se conformer aux dispositions de la Charte des droits et libertés, mais Ottawa a refusé cette proposition. (apic/rc/gm/be)



