Après le sombre épisode des pensionnats indiens
Canada: Les autochtones et les évêques canadiens poursuivent leurs efforts communs
Ottawa, 11 juin 2009 (Apic) Canada: Les autochtones et les évêques canadiens poursuivent leurs efforts communs – des générations d’enfants des Premières nations ont été éduquées dans des écoles confessionnelles dont le but avoué était l’assimilation des indigènes – les autochtones et les évêques catholiques canadiens poursuivent leurs efforts communs. L’Eglise catholique du Canada va participer dès lundi 15 juin au lancement national de la campagne «Avançons ensemble pour les Autochtones et l’avenir du Canada».
Cette nouvelle campagne d’aide pour les autochtones à laquelle participe l’Eglise catholique sera lancée lundi prochain. En partenariat, un groupe composé de dirigeants de communautés autochtones, d’entreprises, de l’Eglise catholique procéderont au lancement de la campagne de financement pancanadienne «Avançons ensemble», à Vancouver.
L’objectif de la campagne nationale est d’amasser 25 millions de dollars en cinq ans, afin d’aider à bâtir un avenir meilleur pour les communautés autochtones, en appuyant des programmes de guérison et d’éducation de la jeunesse. Ce programme sera présidé par le Chef national de l’Assemblée des Première nations, Phil Fontaine. Il sera co-présidé par le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr James Weisgerber, archevêque de Winnipeg.
Les autochtones et les évêques canadiens consolident ainsi leurs efforts pour améliorer le sort des autochtones, après le sombre épisode des pensionnats indiens. En éloignant l’enfant de ses parents pendant dix mois par année, le régime du pensionnat voulait soustraire ce dernier aux «influences dégradantes de son milieu», selon les termes officiels de l’époque. Cette politique a eu des conséquences dramatiques en entraînant une rupture du lien entre les enfants et la communauté autochtone.
Cette éducation forcée voulait faire disparaître l’identité indigène à travers les pratiques imposées par les religieux. Plusieurs usages visaient à taire ou transformer l’identité de l’enfant: l’obligation de se laver à l’eau de Javel pour que la peau blanchisse ou l’interdiction formelle de parler sa langue, par exemple. Dans tous les pensionnats, des châtiments corporels étaient infligés aux enfants qui parlaient leur langue.
Dans la tradition amérindienne, la famille est le lieu de transmission du savoir par excellence. Déresponsabilisés, les parents se sentaient dès lors inutiles et inférieurs parce qu’ils n’avaient pas été scolarisés. En outre, de nombreuses familles s’étaient alors sédentarisées. Le but officiel – durant des générations – a été d’obtenir la métamorphose de l’Indien. En 1895, le ministère des Affaires indiennes considérait que, sans l’anglais, les autochtones étaient impossibles à assimiler car «tant qu’ils conserveront leur langue natale, ils constitueront un peuple à part».
En 1920, un amendement à la Loi sur les Indiens rend l’éducation obligatoire pour les enfants de sept à quinze ans. Dès lors, des agents de discipline sont autorisés à infliger des pénalités aux parents qui refusent de laisser leurs enfants fréquenter l’école. Dans les années 1930, 75 % des jeunes autochtones de 7 à 15 ans fréquentent les pensionnats. Les trois quarts d’entre eux suivent les classes de la première à la troisième année, alors que 3 % seulement poursuivent leurs études au-delà de la sixième année. L’héritage douloureux des pensionnats indiens pèse sur des générations d’autochtones éduqués dans ces écoles dont le but avoué était l’assimilation. Ces pensionnats pour autochtones étaient gérés notamment par les Eglises anglicane, baptiste, méthodiste, presbytérienne, catholique romaine et Eglise unie du Canada. JB/RVM
Encadré
Un long travail de réconciliation
Le 29 avril dernier, le pape Benoît XVI a recevait en audience Mgr V. James Weisgerber, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, et Phil Fontaine, Chef national de l’Assemblée des Premières Nations. Ils ont évoqué à cette occasion la question des anciens pensionnats indiens gérés par des diocèses et communautés religieuses catholiques. Le pape a alors confié sa peine face aux angoisses des Indiens du Canada, dont un certain nombre ont été victimes d’abus sexuels et de violences dans des écoles catholiques au cours du 20e siècle. «Les actes d’abus ne peuvent être tolérés dans la société», avait-il alors déclaré.
Le contentieux entre l’Eglise catholique et les «Premières Nations», c’est-à-dire les communautés indiennes du Canada, remonte à plus d’un siècle. En 1857, le gouvernement avait voté une loi pour «encourager la civilisation graduelle», par laquelle il confiait aux Eglises l’éducation des Indiens aux valeurs de la civilisation occidentale. Les diocèses et les congrégations religieuses ont alors créé des «pensionnats autochtones», où les enfants des Indiens ont reçu souvent un traitement brutal et dégradant. Une partie des élèves a en outre fait l’objet d’abus sexuels.
On évalue à plus de 100’000 le nombre d’enfants autochtones qui ont fréquenté les pensionnats. Des 76 pensionnats recensés en 1946, 45 étaient sous la responsabilité de l’Eglise catholique, 19 de l’Eglise anglicane, 10 de l’Eglise unie et 2 de l’Eglise presbytérienne. Les derniers pensionnats ont été fermés au début des années 80. Dans la décennie qui a suivi, plusieurs anciens étudiants ont décidé d’intenter des poursuites contre le gouvernement canadien et contre les groupes religieux qui avaient administré les pensionnats. Le gouvernement canadien et les nombreuses autres parties visées par les accusations ont versé des indemnités financières aux peuples autochtones. L’Eglise catholique a ainsi participé à hauteur de 79 millions de dollars canadiens. (apic/rvm/imedia/com/be)




