Vaste mouvement contre la spéculation financière

Canada: Les évêques catholiques soutiennent la Taxe Tobin sur les transactions financières

Ottawa, 5 avril 2000 (APIC) A l’instar de l’association ATTAC-Québec, de nombreuses autres organisations non-gouvernementales (ONG), de personnalités religieuses, de syndicalistes et de professeurs d’université de tout le pays, les évêques catholiques du Canada se sont à leur tour déclarés publiquement en faveur de l’instauration d’une «Taxe Tobin sur les transactions financières».

La Commission épiscopale des Affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), présidée par Mgr James Vernon Weisgerber, évêque de Saskatoon (Saskatchewan), vient en effet de joindre sa voix à celle d’organismes et d’individus qui réclament une taxation sur les transactions financières. De nombreuses ONG et personnalités, dans une lettre ouverte adressée aux députés fédéraux demandant l’introduction de la «Taxe Tobin», fustigent l’inaction du Parlement, «qui sape la crédibilité de notre démocratie et la confiance de la population».

Les signataires rappellent en effet que le 23 mars 1999, le Parlement du Canada faisait preuve de «leadership mondial» en adoptant une motion réclamant expressément du gouvernement canadien qu’il «adopte une taxe sur les transactions financières de concert avec la communauté internationale». Ce geste sans précédent – mais qui n’a pour le moment été suivi d’aucun effet! – a été vu par beaucoup comme un premier pas important vers un contrôle de la déstabilisante spéculation pratiquée par les marchés financiers, dont les turbulences menacent toutes les économies du monde, écrivent les pétitionnaires.

Une résistance mondiale

L’adoption de la motion canadienne a servi de point de départ à un mouvement mondial d’appui à l’établissement de mesures de contrôle des capitaux spéculatifs. Ainsi, le parlement brésilien a tenu des audiences sur la «Taxe Tobin» en août 1999, trois mois après le lancement du «Front parlementaire pour la Taxe Tobin» par une centaine de parlementaires. En septembre, le groupe «Parliamentarians for Global Action» (Action mondiale parlementaire), qui réunit plus de 1’300 parlementaires au niveau mondial, a accordé son appui à la Taxe Tobin. Le Parlement européen a débattu de la question en janvier 2000. Les gouvernements finlandais et belge ont appuyé la taxe et le parlement français a débattu de la question. Une motion parlementaire est actuellement à l’étude par la Chambre des communes du Royaume-Uni. Enfin, une résolution sur la Taxe Tobin sera présentée sous peu au Congrès américain.

«Malgré cet appui international croissant, le gouvernement du Canada n’a agi que de façon minimale par rapport à la lettre et à l’esprit de la motion que vous avez vous-même adoptée à titre de membres de la seule instance législative dont le gouvernement tire son autorité», déplorent les signataires de la lettre aux députés fédéraux. Seules les négociations des Nations Unies sur les retombées du Sommet mondial sur le développement social (Copenhague+5) ont vu le Canada proposer l’insertion d’une disposition demandant la poursuite des études sur la «Taxe Tobin». «Bien que ce geste soit louable, il est carrément insuffisant», critique la lettre ouverte.

Evaluer la faisabilité et l’efficacité d’une «Taxe Tobin»

Concrètement, le gouvernement du Canada est appelé à évaluer la faisabilité et l’efficacité de l’imposition d’une taxe sur les opérations monétaires telle que la «Taxe Tobin». Ces études devront être rendues publiques et présentées aux diverses instances internationales et dans divers forums internationaux (Groupe des 8, Groupe des 20, Fonds monétaire international, Nations Unies, Organisation de coopération et de développement économiques, Banque des règlements internationaux, banques centrales, etc.).

Les pétitionnaires demandent encore qu’il tienne une conférence internationale sur la «Taxe Tobin» mettant en présence les meilleurs spécialistes (économistes, universitaires, fiscalistes, parlementaires d’autres pays, etc.) afin de susciter un appui international et de faire progresser le débat à l’échelle mondiale. Ils insistent pour que les députés fédéraux prennent «les mesures nécessaires pour assurer que la volonté exprimée par le Parlement canadien soit respectée. La crédibilité de notre démocratie et la confiance de la population dans ses représentants élus sont sapées à la base quand les décisions des parlementaires sont rendues inopérantes par l’inaction.» (apic/cecc/be)

5 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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