Préjugés particulièrement forts envers l’islam et le sikhisme

Canada: Les Québécois se méfient davantage des religions que les autres Canadiens

Montréal, 7 mai 2009 (Apic) Les Québécois se méfient davantage des religions que les autres Canadiens et leurs préjugés sont particulièrement forts envers l’islam et le sikhisme. Ainsi, selon un sondage mené par la firme Angus Reid, plus de la moitié d’entre eux jugent que les principes fondamentaux de l’islam encouragent la violence. 68% des Québécois ont une opinion modérément défavorable ou très défavorable de l’islam, comparativement à 52% dans le reste du Canada.

Selon le sondage réalisé le mois dernier pour le compte du magazine Maclean’s auprès de 1’004 internautes canadiens (importante marge d’erreur de 6,1%), 45% des Québécois affirment qu’il serait «inacceptable» que l’un de leurs enfants se marie avec un musulman, alors que ce taux n’atteint que 29% dans le reste du pays. Les Québécois sont aussi plus nombreux que les autres Canadiens à désapprouver une éventuelle union avec un sikh, un hindou, un bouddhiste ou un juif.

D’après l’analyste Jaideep Mukerji, les réticences plus prononcées des Québécois reflètent une méconnaissance des groupes minoritaires religieux: «La moitié des Québécois avouent qu’ils ne comprennent pas les croyances de l’islam. Ils sont très peu nombreux aussi à connaître personnellement des amis qui pratiquent d’autres religions que le christianisme, comparativement aux autres Canadiens».

C’est au Québec, la province où la discussion sur les accommodements raisonnables (*) a été la plus vive, que les réticences y sont les plus fortes: 74% des Québécois croient que les lois et les normes du Canada ne devraient pas être modifiées pour faciliter les pratiques religieuses, soit 17% de plus que dans le reste du Canada. Un an après la fin des travaux de la commission Bouchard-Taylor – du nom des deux coprésidents de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles – les Québécois nourrissent en effet toujours beaucoup de préjugés envers certains groupes religieux. Le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard avaient rédigé une sorte de manifeste pour une société laïque et ouverte, alors que le Québec doit faire face à un certain malaise identitaire.

La Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles avait déposé son rapport au terme d’une vaste consultation de 15 mois. Charles Taylor et Gérard Bouchard ont en effet tenu des consultations publiques durant plus d’un an à travers la province pour recueillir l’opinion des Québécois sur ce qui est appelé les «accommodements raisonnables». Ils suggéraient notamment au gouvernement du Québec de produire un livre blanc sur la laïcité, de promouvoir l’interculturalisme, de mieux intégrer ses immigrants et de les protéger plus efficacement contre toute forme de discrimination.

La commission proposait par contre d’interdire le port de signes religieux aux titulaires de fonctions qui doivent incarner la neutralité de l’Etat, à savoir les magistrats, les procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison, le président et le vice-président de l’Assemblée nationale du Québec. JB

(*) «Accommodement raisonnable» est une expression juridique canadienne pour désigner différentes mesures destinées à minimiser la discrimination dont pourrait être victime un individu issu d’une minorité à l’intérieur de la société canadienne. Ce concept s’applique à plusieurs motifs de discrimination, dont le sexe, la grossesse, l’âge, le handicap et la religion. (apic/be)

7 mai 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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