Un rapport demande l’interdiction des expériences de manipulation

Canada: réactions des Eglises au clonage d’embryons humains (261193)

Washington, 26novembre(APIC) Le clonage ou duplication génétique d’embryons humains, qui a longtemps fait l’objet de spéculations de la part des

auteurs de science fiction, a relancé le débat éthique depuis que des chercheurs de l’Université George Washington ont annoncé le mois dernier avoir

pratiqué avec succès une série d’expériences de colonage pour obtenir des

embryons jumeaux identiques. Plusieurs Eglises ont aussitôt réagi face à la

menace que ces expériences représentent pour le caractère sacré de la vie.

Un rapport publié par l’Eglise anglicane du Canada après l’expérience,

analyse la dimension éthique et les implications de la recherche scientifique dans les techniques de reproduction, en particulier l’utilisation d’embryons humains congelés. La fécondation in vitro (FIV) implique la production en laboratoire d’embryons qui peuvent être congelés et conservés.

Les chercheurs de l’Université George Washington ont utilisé des embryons anormaux (des embryons polyploïdes, possédant plus de deux lots de

chromosomes, et qui ne sont pas viables) pour les expériences de duplication génétique. Grâce à cette méthode, un couple pourrait décider d’avoir

«un jumeau» après avoir déterminé la nature d’un premier enfant, ou utiliser un embryon cloné à des fins de transplantation d’organes ou de tissus

nécessaires au premier enfant.

Une arrogance

Le rapport conteste l’idée selon laquelle le «gaspillage planifié» d’embryons utilisés pour ces expériences ne soulèvera aucune controverse juridique si les donneurs de gamètes sont consentants, et sera acceptable au

plan éthique si cela est fait pour le bien d’autrui et pour sa santé. Or

considérer un embryon humain comme «un objet pour le bien d’autrui», indique le rapport, signifie «lui refuser la valeur intrinsèque due à toute vie

humaine». Alors qu’»intervenir dans la nature fait partie de notre nature

humaine…, s’arroger le pouvoir suprême et refaçonner les racines de notre

être n’est qu’arrogance, et non sagesse pour l’humanité».

Une des réactions les plus fortes a été celle du Père franciscain Gino

Concetti dans le quotidien du Vatican, «L’Osservatore Romano», pour qui le

clonage d’embryons humains est «un choix pervers». Quant à C. Ben Mitchell,

de l’Eglise baptiste du Sud des Etats-Unis, spécialiste des questions éthiques en médecine, il a rappelé que les êtres humains sont «fait à l’image

et à la ressemblance de notre Créateur», avant de déclarer que «l’idée de

produire un enfant à des fins de remplacement est profondément troublante».

Thom White Wolf Fasset, un des responsables de l’Eglise méthodiste unie,

a de son côté exhorté le président des Etats-Unis Bill Clinton à interdire

le clonage d’embryons humains dans les services bénéficiaires de crédits

fédéraux. La science a «fait un bond gigantesque en avant, dit-il, «en

avance sur la capacité de la société à débattre des implications éthiques

de ces expériences et à établir des règles». Ce point de vue a d’ailleurs

été repris par un des chercheurs ayant participé à l’expérience. Il a proposé de «laisser les directives et l’éthique rattraper un peu» ce qui est

déjà possible en laboratoire.

Le rapport canadien remet aussi en question l’utilisation de la fécondation in vitro. D’après certaines études, malgré les dépenses énormes, les

chances de succès sont extrêmement faibles et les enfants nés ainsi présentent au taux élevé de problèmes de santé. Le rapport réclame dès lors des

lois contre la commercialisation des gamètes et des embryons et l’interdiction des expériences de manipulation de la vie humaine à une fin précise.

Il demande en outre la création d’un organisme de surveillance pour contrôler la pratique et la fécondation in vitro et la recherche dans ce domaine

au Canada. (apic/spi/pr)

26 novembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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