Canada: Une Eglise protestante canadienne dénonce «la malédiction des casinos»

Autorités fédérales et provinciales visées

Toronto, 24 mai 1998 (APIC) La plus grande Eglise protestante du Canada, l’Eglise unie du Canada (EUC), a lancé une campagne contre le secteur canadien du jeu, dont les gains se chiffrent en milliards de dollars, et contre les autorités fédérales et provinciales, auxquelles l’impôt sur le jeu rapporte d’énormes sommes.

Pour donner suite aux pétitions reçues de paroisses et de consistoires, le Comité exécutif du Conseil général de l’EUC va demander au gouvernement fédéral d’ouvrir une enquête sur les effets sociaux, économiques et juridiques du jeu légal et illégal, ainsi que d’autres formes de jeu, comme la loterie, dont profitent les oeuvres de bienfaisance.

Le Conseil des Eglises du Canada et d’autres groupes religieux ont été invités à faire campagne pour obtenir l’ouverture d’une telle enquête. Bonnie Greene, du département missionnaire de l’EUC, a expliqué à l’Agence œcuménique ENI que de récentes dérogations à la loi de 1892 interdisant le jeu ont entraîné une relance dans le secteur du jeu.

Autrefois, a-t-elle dit, certains groupes avaient la permission d’organiser de petites loteries dans la mesure où ils contribuaient au bien collectif. Maintenant, les recettes que le gouvernement retire du jeu constituent une nouvelle source de revenus qui lui permet d’éviter des augmentations d’impôts impopulaires. «C’est maintenant devenu un cliché, ironise-t-elle, de dire que les gouvernements sont les plus grands «drogués» du jeu au Canada».

Il y a au Canada 55 casinos qui rapportent 2,5 milliards de dollars canadiens (1,75 milliard de dollars EU) par an. Près de la moitié de ce montant va au fisc fédéral et provincial.

Selon Bonnie Greene, l’Eglise est inquiète de voir «le financement des services publics dépendre plus des pertes des joueurs que de l’assiette fiscale». Par ailleurs, a-t-elle ajouté, «les gouvernements font fi de la loi canadienne sur le jeu. En s’associant au secteur privé dans des entreprises communes, le gouvernement enfreint en fait le droit criminel fédéral».

Le jeu rapporte plus que le pétrole

L’EUC n est pas seule à s’alarmer de cette situation. Dans son numéro du 11 mai, l’hebdomadaire national «Maclean’s» a publié un article intitulé «The Curse of Casinos» (La malédiction des casinos), dans lequel il avance que le secteur du jeu a un chiffre d’affaires global de 27 milliards de dollars canadiens par an (19 milliards de dollars EU) et qu’un ménage moyen consacre au jeu 1’200 dollars canadiens par an (840 dollars EU), soit deux fois plus qu’un ménage moyen aux Etats-Unis.

Entre 1992 et 1996, poursuit Bonne Greene, les recettes nettes retirées du jeu au Canada ont augmenté de 64 %. Dans la province de l’Alberta, elles ont augmenté de 85 %. Selon «Maclean’s», le jeu rapporte maintenant plus que le pétrole à cette province, riche en hydrocarbures.

La dépendance des joueurs à l’égard de leur passion cause de grandes difficultés, si l’on en croit un certain nombre de rapports. Selon «Maclean’s», La Gendarmerie royale du Canada attribue au jeu une multitude de problèmes: vols, voies de fait, fraude, faillites, incendies criminels, enfants négligés, personnes disparues et suicides.

Selon Bonnie Greene, l’on estime que chaque fanatique du jeu coûte 56’000 dollars canadiens (40’000 dollars EU) aux contribuables canadiens. La participation des autorités dans des entreprises de jeu est immorale, dit-elle, et elle interpelle tous les croyants. (apic/eni/pr)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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