Cannes: 20e anniversaire du Jury oecuménique du Festival (230594)
Hommage à Henri Agel autour du thème «cinéma et spiritualité»
Yvan Stern pour l’Agence APIC
Cannes, 23mai(APIC) Hommage à Henri et Geneviève Hagel et table-ronde sur
le thème «ciméma et spiritualité» ont marqué au Festival de Cannes le 20e
anniversaire du Jury oecuménique. Henri Agel, aujourd’hui âgé de 83 ans, a
reçu des mains des responsables de l’Office catholique international du Cinéma (OCIC) et d’Interfilm, Robert Mohlant et Maurice Terrail le même prix
que le jury oecuménique a décerné à Cannes depuis 20 ans. Ce geste se voulait un signe de reconnaissance pour l’apport unique du professeur français
à une meilleure connaissance du cinéma. Henri et Geneviève Agel qui ont
également été reçus par le président du Festival M. Viot, ont participé en
outre en compagnie du réalisteur polonais Zanussi à une table-ronde présidée par Noël Copin, rédacteur en chef de «La Croix».
Henri Agel, «l’homme qui a introduit la connaissance du Cinéma dans
l’Education nationale» est connu dans le monde francophone pour ses quelque
trente ouvrages traitant du cinéma. C’est en 1938 qu’il introduisit un
cours d’initiation au cinéma dans un lycée de Toulouse puis au collège
Voltaire à Paris. Parmi ses élèves: Roland Joffe, Claude Miller, Alain
Corneau, Yves Boisset, Alain Cavalier, Jacques Dollion… Dès les années 50
Henri et Geneviève Agel organisent des journées d’études et des séminaires
en France et en Suisse «2’000 peut-être 3’000».
Titulaire de la première chaire universitaire de cinéma à Montpellier,
Henri Agel est, avec l’aide de sa femme, un auteur prolixe. Plusieurs de
ses ouvrages traîtent du thème de la spiritualité au cinéma comme «Le
cinéma a-t-il une âme?» «Le cinéma et le sacré» ou «Les visages du Christ à
l’écran». «Au début, rappelle Henri Agel, les gens de cinéma me
m’estimaient pas parce que j’étais catholique et les gens d’Eglise
trouvaient que c’était très risqué de s’occuper de cinéma». Son approche
pédagogique et ses talents d’animateur suffirent cependant bientôt à le
faire apprécier. L’apprentissage de la lecture d’un film ne signifie pas
imposer son point de vue. «L’exégèse cinématographique doit être faite par
tous et non pas par un seul», répète-t-il.
L’amour des choses invisibles
Outre le couple Agel, la table-ronde animée par Noël Copin réunissait le
réalisateur polonasi Krzyzstof Zanussi, Matthias Loretan, responsable du
Bureau catholique du film à Zurich et Mme Morch, pasteure danoise. Un nombreux public – ce qui n’est pas souvent le cas à Cannes pour les colloques
– a suivi la discussion. Pour Henri Agel, un film est un itinéraire poétique qu’il définit comme «du caché qui s’ajoute et du profond qui se déploie» pour reprendre une phrase de Montherlant. L’image cinématographique
qui représente, mais surtout qui exprime des réalités même cachées, doit se
comprendre dans un partage, donc dans un groupe. «Quand on est ensemble et
qu’on partage, on vit ce que saint Paul appelle l’agapé». Par le visible,
nous pouvons arriver à l’amour des choses invisibles. C’est le résumé de
toute démarche cinématographique.
Krzyzstof Zanussi a signalé que recevoir un prix oecuménique, à l’époque
des régimes communistes, était considéré comme une preuve de subversion occidentale. C’est pourtant à l’Est que l’on trouve selon lui l’expression la
plus sophistiquée de la spiritualité au cinéma: Andrei Tarkovski (Andrei
Roublov, Stalker, le Sacrifice…) Depuis, dans la Pologne devenue capitaliste, la question a changé: «Une relfexion spirituelle, est-ce que cela se
vend?» La demande du marché étant minime, la réponse est vite trouvée. Mais
notre humanité pourra-t-elle survivre sans se poser les questions fondamentales, trop souvent absentes de notre société de consommation, interroge le
cinéaste? Et de rompre une lance contre les séries télévisées importées de
pays qui ont crée la ’culture de masse’ et où il n’y a aucun espace pour la
dimension métaphysique.
Toute oeuvre traitant de spiritualité est marginale. Dans le chaos d’un
monde qui cherche son équilibre, les réalisateurs et les artistes peinent à
trouver un langage capable de faire passer le message. Passe encore de se
poser quelques questions essentielles, comme le font les films de Kieslowski, mais pas question de proposer un message éthique clair: le producteur dira non. (apic/ys/mp)



