de l’état actuel des valeurs chrétiennes en Europe
Canterbury: le cardinal Danneels fait le diagnostic (200993)
«Le souci de l’homme dépasse les barrières confessionnelles»
Bruxelles, 20septembre(APIC) Le cardinal Godfried Danneels, archevêque de
Malines-Bruxelles, estime dans une conférence prononcée vendredi à Canterbury en Angleterre, que le christianisme a largement façonné la culture européenne. Il ne suffit pas que les Eglises en tirent un motif de fierté.
Elles doivent assumer une plus grande responsabilité et s’engager résolument dans la coopération oecuménique.
Invité à participer à un colloque sur les valeurs chrétiennes en Europe,
le cardinal Danneels était l’hôte de l’archevêque George Carey qui préside
à la Communion anglicane. Le cardinal belge a proposé un «diagnostic» de
l’état actuel des valeurs européennes. D’une part, constate-t-il, il règne
dans le continent un «athéisme pratique» qui va souvent de pair avec «une
sorte de vide spirituel et d’indifférence aux questions fondamentales».
D’autre part un grand nombre de valeurs, qui s’enracinaient jadis dans la
foi chrétienne, ont été «sécularisées». Elles ne se réfèrent plus à Dieu,
mais se fondent sur une grande confiance en l’homme, en ses possibilités et
sa liberté». Ce qui les rend plus vulnérables aux «toxines».
Les «toxines du pur individualisme et du nationalisme»
Le cardinal détecte la présence de ces toxines au moment où des valeurs
sont vécues de manière étroite, par exemple quand le souci de la personne
dégénère en pur individualisme ou quand l’attachement à la patrie mène à un
nationalisme ou à un régionalisme exacerbé. Poussée à l’extrême, la revendication de l’autonomie par rapport à l’Infini conduit l’homme à une impasse: l’homme sécularisé n’a plus prise sur les valeurs. L’archevêque ajoute
que la sécularisation pousse souvent l’homme moderne au narcissisme, à la
recherche effrénée d’un épanouissement total et d’une réalisation immédiate
de ses aspirations.
Paradoxalement, le repli actuel sur des valeurs séculières va de pair
avec «une intense fièvre religieuse», qui se manifeste visiblement aux yeux
de tous dans l’engouement pour les sagesses orientales, dans le succès des
sectes, de l’astrologie ou d’autres formes de «religiosité sauvage».
Vaincre le scepticisme
Pour le cardinal Danneels, les remèdes à la contamination des valeurs
européennes par diverses toxines passent d’abord par une «revalorisation de
la pensée». Il est urgent, dit-il, de reprendre une réflexion philosophique
digne de ce nom pour vaincre «le réductionisme et le scepticisme». L’archevêque rappelle en outre, à la suite du pape Paul VI, que la rupture entre
Evangile et culture est sans doute le drame de notre époque. Aussi plaidet-il pour une nouvelle évangélisation des cultures. Dans ce contexte, il
suggère de mieux mettre en valeur «les raisons de croire».
Le rôle des Eglises chrétiennes
Dans la promotion des valeurs authentiques, souligne enfin le cardinal
Danneels, les Eglises ont un rôle éminent à jouer, aux côtés de tous les
hommes de bonne volonté. Elles peuvent notamment miser sur les attentes
nombreuses en matière de réflexion et de repères éthiques.
Pour remplir leur tâche, il est capital que les Eglises chrétiennes organisent leur collabortion. L’archevêque de Malines se réjouit des rassemblements oecuméniques de Bâle et de Séoul pour promouvoir la justice, la
paix et la sauvegarde de la création. Il apprécie les liens tissés entre le
Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE) et la Conférence des
Eglises (non catholiques) européennes (KEK). «Le souci de l’homme, conclutil, nous est confié à tous et dépasse les barrières confessionnelles».
(apic/cip/ba)




