De la même manière qu’elle a regretté d’avoir soutenu l’esclavage
Cantorbéry: L’Eglise regrettera d’avoir exclu les homosexuels, estime Gene Robinson
Cantorbéry, 7 août 2008 (Apic) V. Gene Robinson, l’évêque homosexuel dont la consécration en 2003 aux Etats-Unis a polarisé la Communion anglicane mondiale, pense qu’un jour l’Eglise regrettera d’avoir rejeté les homosexuels, de la même façon qu’elle regrette aujourd’hui d’avoir soutenu l’esclavage dans le passé.
«Nous avons cru en l’esclavage pendant 18 siècles», a déclaré l’évêque Robinson à l’Agence oecuménique ENII sur le campus de l’Université du Kent, à Cantorbéry, en Angleterre, où` près de 650 évêques anglicans du monde entier se sont réunis pour la Conférence de Lambeth, du 16 juillet au 3 août.
L’évêque Robinson n’a pas été convié en tant que délégué officiel à cette réunion qui se tient tous les dix ans. Selon un responsable de la Communion anglicane, ce choix a été fait en raison des «considérables objections» au sein de la Communion, qui rassemble 77 millions d’anglicans, concernant la consécration de Gene Robinson en tant qu’évêque.
«Cela a été plus douloureux que je ne le pensais», a admis l’évêque Robinson au sujet de sa non participation à la réunion. «Je me suis senti profondément exclu. Je comprends que cela doit simplement se passer ainsi, mais c’est un sentiment très bizarre et difficile de devoir être séparé de sa propre chambre des évêques par une force extérieure.»
Néanmoins, l’évêque de 61 ans avait décidé de se rendre en Angleterre sur le campus, et peu après son interview avec le correspondant d’ENI il devait dédicacer des exemplaires de sont dernier livre, «In the Eye of the Storm» (Dans l’oeil du cyclone), dans lequel il expose ses pensées sur sa foi, sa vie et la controverse qui secoue l’Eglise.
Sa présence sur le campus de l’université se veut «un rappel constant et régulier que chaque évêque de la Communion anglicane a des personnes homosexuelles dans son diocèse, qu’ils le sachent ou non, qu’ils sachent qui elles sont ou non, que l’homosexualité soit légale ou non», a déclaré l’évêque Robinson.
La consécration de Gene Robinson en tant qu’évêque de l’Etat du New Hampshire, aux Etats-Unis, a déclenché une vague de protestations de la part d’un grand nombre de leaders anglicans, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique du sud. Environ 250 évêques auraient boycotté la Conférence de Lambeth en raison de la présence des responsables de l’Eglise épiscopale (anglicane) des Etats-Unis, qui ont approuvé l’élection et la consécration de Gene Robinson.
Campagne
L’évêque gay a affirmé comprendre la position des évêques anglicans qui croient que l’ordination et la consécration d’homosexuels est contraire à la Bible et au christianisme. «Je ne les considère pas du tout comme des ennemis, et il n’est pas surprenant que des personnes vivant dans un contexte très différent du notre voient ce problème de façon très différente», a déclaré l’évêque Robinson, père divorcé de deux enfants, vivant en partenariat avec un homme. «Il n’est pas surprenant que beaucoup de ces évêques anglicans et de gens dans ces pays où l’homosexualité est punissable – parfois même passible d’emprisonnement – n’ont pas eu l’expérience que nous avons eue dans l’Eglise américaine, où des fidèles homosexuels se sont fait connaître auprès de nous et où nous avons du nous débattre avec cette question.»
Pourtant, a-t-il ajouté, «cela ne signifie pas que je croie qu’il ne faut pas changer ces attitudes.» L’évêque espérait que les 650 confrères présents à la Conférence résisteraient «à la campagne menée par ceux qui ne sont pas là pour tenter de régler la question une bonne fois pour toute, parce qu’en fin de compte je pense que nous allons regretter d’avoir rejeté les homosexuels, de la même façon que nous en sommes venus à regretter notre soutien à l’esclavage et notre quasi-rejet des femmes.»
Les évêques présents à la Conférence de Lambeth ont entamé, le 31 juillet, des discussions pour établir dans quelle mesure les questions touchant à l’homosexualité au sein de la Communion anglicane ont eu un impact sur leurs diocèses dans la mission de Dieu.
«Ce qui est beau dans l’anglicanisme, c’est que, sous son toit, on peut être en désaccord sur de nombreuses choses tant qu’on est d’accord sur l’essentiel», a expliqué l’évêque Robinson. «Je souhaiterais que cette grande tradition se poursuive, nous permettant de rester ensemble et de rester l’Eglise, malgré nos différences sur cette question, car je ne crois pas qu’elle soit au rang des questions essentielles.»
Un autre climat
Que cela soit possible ou non reste à voir, reconnaît l’évêque du New Hampshire. «C’est là que se trouve le fossé», a-il estimé. «Dans le camp de ceux qui sont en faveur d’une plus grande inclusion des homosexuels, on n’entend personne affirmer que d’autres doivent partir. Personne ne dit que les conservateurs au sein de la Communion doivent partir parce qu’ils ne comprennent pas la volonté de Dieu.» Et d’ajouter: «C’est ce qu’on entend dans l’autre camp, or la difficulté, bien sur, c’est qu’on ne peut forcer quiconque à rester. Je souhaiterais que nous restions ensemble tout en supportant cette tension pendant un temps.»
Pendant presque 18 ans avant d’être élu évêque du New Hampshire, Gene Robinson était l’assistant de son prédécesseur au diocèse. Selon lui, la collégialité entre ordonnés et non ordonnés était «vraiment impressionnante», précisant qu’elle comprenait des personnes qui estimaient que son élection ne serait pas une bonne chose.
«Nous n’avons pas de paroisses qui menacent de faire sécession … J’irais même jusqu’à dire que c’est le seul diocèse dans toute la Communion anglicane qui n’a pas ce problème du tout», a-t-il déclaré. «Je vais être tellement content de rentrer chez moi et de ne pas avoir à parler de mon homosexualité ou des questions homosexuelles», a-t-il expliqué, «parce que, Dieu merci, dans mon diocèse, je suis juste l’évêque, pas ’l’évêque gay’.» (apic/eni/pr)



