Un néo-colonialisme inacceptable
Caraïbes: Nouvel archevêque contesté
Port of Spain, 3 mai 2001 (APIC) La nomination, le 20 mars, de Mgr Edward Gilbert, évêque rédemptoriste américain, comme archevêque de Port of Spain, est loin de faire l’unanimité à Trinidad et dans le reste des Caraïbes anglophones. Les défenseurs d’une culture et d’une théologie caribéennes parlent de néo-colonisation. Ils s’élèvent contre cette pratique voulue par Rome, et craignent pour l’avenir.
«Je n’ai jamais pensé que je verrais cet archidiocèse soumis au processus de néo-colonisation de notre peuple, selon le modèle américain», écrit le Père Clyde Harvey, prêtre trinitaire, dans sa lettre de démission de coordinateur du clergé diocésain. «Je considère cela comme une insulte aux évêques et au clergé des Caraïbes et au peuple», ajoute-t-il.
Le Père Harvey est l’un des principaux défenseurs d’une théologie caribéenne basée sur la culture de la région. Il a écrit une série d’hymnes populaires sur des rythmes caribéens. Il travaille aussi en contact étroit avec les personnes infectées par le sida et les personnes marginalisées.
Jusqu’au début des années 90, les 18 évêques des pays de langue anglaise, hollandaise et française qui formaient la Conférence épiscopale des Antilles étaient d’origine caribéenne. En 1992, Rome a nommé un évêque américain à la tête du nouveau diocèse de Mandeville, en Jamaïque. En 1994, c’est Mgr Gilbert qui était nommé évêque de Roseau et devenait ainsi le pasteur des 90’000 catholiques de la Dominique, dans les Petites Antilles, d’où il est aujourd’hui transféré sur le siège de Port of Spain.
«Nommer archevêque un Américain sur le siège de Port of Spain, c’est infliger un camouflet au clergé local, car c’est une manière de dire qu’il n’y a ici aucune personne capable de diriger la barque», réagit de son côté le Père Martin Sirju, qui travaille dans une paroisse de Princes Town, au sud-est de Trinidad.
Le Père Keith Hardless, prêtre britannique qui travaille en Guyana depuis 30 ans, a écrit au quotidien local «Catholic Standard» pour dire sa crainte: les trois évêques récemment nommés sont des membres blancs d’ordres religieux des Etats-Unis, et les choses risquent de ne pas s’arranger quand on sait que l’évêque de Guyana et trois autres prélats d’origine caribéenne se retireront au cours des cinq prochaines années. (apic/cip/pr)



