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Cardinal Burke: «Dans certaines circonstances, il faut désobéir au pape»

Le cardinal américain Raymond Leo Burke a remis en question, lors d’un colloque le 7 avril 2018 à Rome, l’autorité absolue du pape sur des questions de doctrine. L’événement était organisé par les milieux traditionalistes proches des auteurs des ‘Dubia’, qui s’opposent à certaines ouvertures exposées dans l’exhortation Amoris laetitia.

«Le pape doit respecter le dépôt de la foi», a soutenu le cardinal Burke. Il s’exprimait lors du rassemblement destiné à «effacer la confusion qui règne dans l’Eglise», rapporte le journal catholique britannique The Tablet. La manifestation, intitulée «Eglise catholique où vas-tu?» a réuni plusieurs dizaines de participants.

«[Le pape] a autorité pour exprimer les principes de la foi d’une manière plus adéquate, mais il ne peut pas agir en contradiction avec ces principes, a soutenu Mgr Burke. Il doit respecter chacun des sacrements; il ne peut par supprimer ou ajouter quoi que ce soit qui va à l’encontre de la substance des sacrements et, finalement, il doit respecter l’autorité ecclésiale de la divine institution (il ne peut pas négliger l’épiscopat et doit partager avec le Collège épiscopal l’exercice du pouvoir plénier et suprême)».

L’épine des divorcés remariés

Pour le prélat américain, l’autorité du pontife n’est ainsi «pas magique» mais vient de «son obéissance au Seigneur». Et il existe même des circonstances où «il peut s’agir d’un devoir de désobéir au pape». Pour affirmer cela, le cardinal s’est référé au professeur d’histoire médiévale John Watts, de l’Université d’Oxford, qui a émis un certain nombre de thèses sur les limites du ministère pétrinien. Sur cette base, Mgr Burke a affirmé que, depuis le début de la chrétienté, le pouvoir du pape était «très bien défini» et qu’il avait toujours été considéré que certaines choses n’étaient pas autorisées aux pontife.

«Ces conservateurs se retrouvent dans la même position que certains progressistes sous les précédents pontificats»

L’actuel Patron de l’Ordre de Malte a répété devant l’assemblée ses «doutes» concernant certains passages d’Amoris laetitia (2016). Il a été en effet l’un des signataires de la lettre détaillant les ‘Dubia’ envers l’exhortation apostolique, en novembre 2016. Les autres cardinaux impliqués étaient Mgr Walter Brandmüller, Mgr Carlo Caffara et Mgr Joachim Meisner. Les deux derniers étant récemment décédés. Ils demandaient principalement au pape François de «clarifier» le point évoquant la possibilité pour les divorcés remariés de recevoir la communion. Une ouverture que les quatre cardinaux percevaient comme une atteinte insupportable au principe de l’indissolubilité du mariage. Le pontife n’a pour l’instant pas apporté de réponse aux demandes de «clarification».

Certains ont accusé les auteurs des «Dubia’ de déloyauté et de mettre à mal l’unité de l’Eglise en rendant public leurs désaccords. Lors du colloque du 7 avril, le cardinal Burke a justifié cette option par le fait qu’il s’agissait d’une démarche légitime face à l’absence de réaction du pape. Il s’est justifié par un «précédent» établi par saint Paul (Galatiens 2:11), qui avait dit à l’apôtre Pierre «en face qu’il avait tort».

Le cardinal Brandmüller critique la consultation des fidèles

Evoquer les limites de l’autorité papale requiert une argumentation prudente de la part du cardinal et des ses sympathisants, relève The Tablet. Mais le cardinal Burke est un fin connaisseur des lois de l’Eglise, puisqu’il a notamment été préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique. En conséquence, il sait que le droit canon donne au pape un pouvoir «universel et suprême», c’est-à-dire qui s’exerce sur toute l’Eglise et n’est subordonné à aucune autre autorité.

Mais selon le cardinal, il est possible de porter un jugement sur les décisions du pontife, si celui-ci dévie de la foi catholique. Mgr Burke affirme ainsi que l’autorité du pape est «restreinte par la loi divine et par la constitution divine inviolable de l’Eglise, contenue dans la Révélation».

Le cardinal Brandmüller s’est également exprimé lors de l’événement du 7 avril. Il a axé son discours sur la place des laïcs dans l’Eglise, appelant à une plus grande sélectivité et restriction dans la consultation des fidèles sur des points de doctrine. Rappelant que l’Eglise «n’est pas une démocratie», il s’est montré sceptique envers les questionnaires envoyés dans le monde entier en préalable aux deux derniers synodes des évêques.

Position inconfortable

Ces critiques du pape se retrouvent ainsi ironiquement dans la même position que certains catholiques progressistes sous les précédents pontificats, remarque le journal britannique. «La difficulté pour eux est que la critique ou la désobéissance au pontife les mettent, selon leur propre logique argumentative, dans une position extrêmement inconfortable», commente The Tablet. (cath.ch/tab/rz)

Le cardinal Raymond Burke est l'un des auteurs des 'Dubia'
8 avril 2018 | 15:04
par Raphaël Zbinden
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